Le Sénégal a placé les PME-PMI au cœur de sa coopération avec l'Allemagne, à l'occasion de la journée des PME allemandes à Berlin. Cette initiative, portée par le secrétaire d'État Ibrahima Thiam, s'inscrit dans la Vision Sénégal 2050 et vise à transformer un tissu entrepreneurial atomisé en levier d'industrialisation. Mais le modèle allemand du Mittelstand, souvent cité en exemple, pose la question de son applicabilité dans un contexte ouest-africain marqué par des défis énergétiques et de financement.
Le choix de l'Allemagne comme partenaire privilégié n'est pas fortuit. Le Mittelstand, qui regroupe les PME allemandes, est reconnu pour sa capacité à innover et à exporter, constituant l'épine dorsale de l'économie allemande. En affichant son ambition de s'en inspirer, le Sénégal reconnaît implicitement les limites de ses politiques passées, souvent centrées sur les grands projets et les infrastructures. Les PME sénégalaises, qui représentent 99,8 % des entreprises et contribuent à 35,7 % du PIB, peinent à décoller en raison d'un accès limité au financement, d'une faible formalisation et d'une intégration insuffisante dans les chaînes de valeur mondiales.
La visite à Berlin intervient dans un contexte où le Sénégal cherche à accélérer sa transformation structurelle, portée par l'exploitation prochaine des hydrocarbures et la Vision 2050. Le discours du secrétaire d'État Ibrahima Thiam a mis l'accent sur la nécessité d'un mix énergétique compétitif pour réduire les coûts de production, un enjeu crucial dans une région où l'électricité reste l'un des intrants les plus chers. Ce plaidoyer reflète une préoccupation partagée par l'ensemble de la zone UEMOA, où les PME peinent à rivaliser face aux importations asiatiques.
Ce choix stratégique soulève cependant des interrogations. Le modèle Mittelstand repose sur un écosystème de financement bancaire patient, un système de formation dual et une forte culture de l'innovation, autant d'éléments qui font défaut au Sénégal. Les autorités sénégalaises comptent sur la coopération technique allemande pour combler ces lacunes, mais le succès dépendra de leur capacité à réformer l'environnement des affaires et à stabiliser le cadre macroéconomique.
Au-delà de la relation bilatérale, ce partenariat illustre une tendance plus large en Afrique de l'Ouest : la recherche de modèles de développement endogènes, loin des prescriptions standardisées des institutions financières internationales. Le Sénégal n'est pas le seul pays à se tourner vers l'Allemagne ; d'autres États de la région, comme le Ghana et la Côte d'Ivoire, explorent des voies similaires. Cette évolution pourrait redessiner les flux d'investissement et de coopération technique dans la zone CEDEAO, à condition que les réformes structurelles suivent.
Le pari sénégalais sur les PME comme moteur de transformation industrielle est ambitieux et s'inscrit dans une dynamique régionale de quête de modèles alternatifs. Reste à savoir si la greffe du Mittelstand prendra dans un contexte où les contraintes énergétiques, financières et institutionnelles demeurent prégnantes, et si cette coopération bilatérale pourra inspirer des politiques coordonnées au sein de l'UEMOA.