Du 8 au 11 juin 2026, São Tomé-et-Príncipe organise un atelier de renforcement des capacités sur le traitement des données touristiques, en partenariat avec la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA). L’objectif : installer des comptes satellites du tourisme (CST) afin de quantifier précisément la contribution du secteur à la croissance, à l’emploi et aux investissements. Cette initiative s’inscrit dans une dynamique régionale où États et institutions cherchent à affiner leurs instruments de pilotage économique, entre gestion de la dette et valorisation des secteurs porteurs.

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Une donnée devenue clé de voûte de la planification économique

Dans un contexte de resserrement des financements internationaux et de volatilité des marchés, les petits États insulaires comme São Tomé-et-Príncipe redoublent d’efforts pour structurer leur économie autour de secteurs mesurables et attractifs. Le tourisme, qui représente déjà une part significative du PIB et de l’emploi, souffre encore d’un déficit de statistiques fiables. Or, sans données robustes, il est difficile de convaincre les investisseurs ou d’orienter les politiques publiques.

L’atelier prévu en juin ambitionne de former les agents des ministères du Tourisme, de l’Économie et des Finances, ainsi que de l’Institut national de la statistique, à la collecte, au traitement et à l’analyse des données issues des établissements touristiques. L’enjeu dépasse la simple compétence technique : il s’agit de produire des indicateurs harmonisés avec les normes internationales, faciles à comparer et à intégrer dans les comptes nationaux.

Le comptes satellites du tourisme, un outil de souveraineté statistique

Les CST permettent de ventiler la contribution du tourisme par branche d’activité (hébergement, restauration, transport, loisirs) et d’estimer son effet multiplicateur sur l’ensemble de l’économie. Pour São Tomé-et-Príncipe, archipel de 220 000 habitants aux ressources limitées, disposer d’un tel outil est un préalable à toute stratégie de diversification. Les autorités espèrent ainsi mieux cibler les investissements, négocier des financements climatiques ou des appuis bilatéraux, et renforcer leur crédibilité auprès des agences de notation.

La CEA, qui pilote le projet à travers son Bureau sous-régional pour l’Afrique centrale, insiste sur l’articulation entre données et décision. « On ne peut transformer ce que l’on ne peut pas mesurer », a rappelé Jean-Luc Mastaki, directeur du bureau. Une phrase qui résonne particulièrement alors que plusieurs pays africains, dont la Côte d’Ivoire et le Sénégal, viennent de lancer des opérations de gestion active de leur dette souveraine.

Un contraste avec les stratégies de dette de la zone UEMOA

La même semaine, la Côte d’Ivoire a annoncé un échange d’eurobonds assorti d’une offre de rachat partiel sur son obligation 2032, tandis que le Sénégal levait 92,5 milliards de FCFA sur le marché de l’UEMOA. Ces opérations, rapportées dans les médias économiques, témoignent d’une sophistication croissante des instruments de financement des États ouest-africains. Or, une gestion efficace de la dette suppose une connaissance fine de la capacité de remboursement, elle-même dépendante de la solidité des secteurs productifs.

Dans cette chaîne, le tourisme apparaît comme un secteur sous-estimé dans les statistiques officielles de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest et centrale. L’initiative santoméenne pourrait donc servir de modèle pour d’autres États membres de la CEDEAO ou de la CEMAC qui cherchent à mieux valoriser leur potentiel touristique.

Vers une régionalisation des bonnes pratiques statistiques

La CEA, en accompagnant São Tomé-et-Príncipe, espère créer un effet de démonstration. L’organisation multiplie les ateliers similaires dans la région, souvent en partenariat avec l’Organisation mondiale du tourisme et la Banque africaine de développement. L’objectif est de standardiser les nomenclatures et de favoriser les comparaisons entre pays, condition nécessaire pour attirer des investissements transfrontaliers ou négocier des corridors touristiques.

L’archipel, de son côté, y voit une occasion de sortir de l’invisibilité statistique. Si les données récoltées confirment le poids réel du tourisme, le gouvernement pourrait réorienter ses politiques budgétaires et fiscales en conséquence. Un pas de plus vers une diversification économique longtemps promise mais encore fragile.

Au-delà du cas santoméen, cette initiative pose une question centrale pour l’Afrique de l’Ouest et centrale : comment passer d’une économie administrée par des approximations à une économie pilotée par des données fiables ? Les États qui parviendront à transformer leur appareil statistique en outil stratégique disposeront d’un avantage décisif, tant pour attirer les investisseurs que pour négocier leur endettement. São Tomé-et-Príncipe, avec l’appui de la CEA, ouvre une piste que d’autres pourraient bientôt emprunter.