Le directeur du Centre de suivi écologique, Cheikh Mbow, a appelé le 10 juin 2026 à Dakar à voir le Sahel non comme une calamité, mais comme un réservoir d’opportunités. Cette intervention, à l’ouverture du Conseil scientifique du pôle pastoralisme et zones sèches (PPZS), intervient alors que l’organe dresse le bilan de son programme 2022-2025 et prépare la feuille de route 2026-2029. Derrière ce discours volontariste se joue une réflexion plus large sur la place des espaces arides dans l’économie ouest-africaine.
Sahel : un patrimoine à reconquérir
« Voir le Sahel non comme une calamité, mais comme un réservoir d’opportunités » — Cheikh Mbow, directeur du Centre de suivi écologique
Valorisation productive des terres arides, au-delà de l’aide d’urgence.
Gestion des ressources hydriques comme actif stratégique pour l’économie sahélienne.
Capital humain et savoirs pastoraux comme leviers de développement.
« Dépasser les schémas d’aide d’urgence pour envisager une valorisation productive de ces zones. »
— Cheikh Mbow, directeur du Centre de suivi écologique
Pôle pastoralisme et zones sèches
Communauté économique régionale
Vision continentale
Direction Cheikh Mbow
Réorientation des politiques vers des approches fondées sur les actifs, plutôt que sur les seuls déficits.
Un changement de paradigme dans la lecture du Sahel
Cheikh Mbow a livré une analyse qui tranche avec le récit dominant de crise et de vulnérabilité qui colle au Sahel. En insistant sur la dotation du territoire en sols, en eau et en ressources humaines, il invite à dépasser les schémas d’aide d’urgence pour envisager une valorisation productive de ces zones. Ce recentrage s’inscrit dans une tendance régionale où plusieurs États et institutions – de la CEDEAO à l’Union africaine – tentent de réorienter les politiques vers des approches fondées sur les actifs, plutôt que sur les seuls déficits.
Le PPZS, dispositif de recherche et d’enseignement créé il y a près de trois décennies, constitue un cadre de référence pour documenter ces mutations. Son conseil scientifique 2026 a pour mission d’établir un bilan critique du programme 2022-2025, période marquée par des sécheresses récurrentes et des tensions sécuritaires dans la bande sahélienne. Les chercheurs y ont observé des transformations profondes des systèmes pastoraux et agro-pastoraux, avec des avancées en matière de gestion des ressources mais aussi des signaux alarmants de dégradation des terres.
La dualité opportunité-dégradation, clé de lecture
« Ces mutations entraînent la dégradation des terres », a reconnu Cheikh Mbow, rappelant que la capacité de charge des écosystèmes n’est pas infinie. Le pastoralisme, pourvoyeur de viande et de produits animaux pour les marchés ouest-africains, se trouve à la croisée des chemins. D’un côté, il représente un levier de souveraineté alimentaire dans une région où la demande en protéines animales croît rapidement sous l’effet de l’urbanisation et de la hausse des revenus. De l’autre, la pression sur les pâturages, exacerbée par le changement climatique et l’extension des terres agricoles, menace la pérennité même de ce mode de production.
Cette tension est au cœur des réflexions du PPZS pour le prochain cycle 2026-2029. Les orientations futures devront concilier la mise en valeur des « opportunités » soulignées par Mbow – notamment l’accès à l’eau et aux sols – avec des mécanismes de régulation et de restauration écologique. Le conseil scientifique servira de plateforme de concertation entre chercheurs, institutions partenaires et organisations professionnelles pastorales, dans l’objectif de fournir des recommandations aux politiques publiques.
Un enjeu régional au-delà du Sénégal
Le Sénégal, pays sahélien par sa frange nord, illustre une dynamique qui concerne l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. La CEDEAO, dans son « Pacte d’avenir » dévoilé en mai 2026, a placé l’intégration économique et la résilience climatique parmi ses six piliers. Le pastoralisme transfrontalier, qui mobilise des millions d’éleveurs du Sénégal au Niger, y trouve un écho : la libre circulation des animaux et l’accès aux marchés restent des défis quotidiens. Les initiatives comme le PPZS fournissent une base scientifique pour éclairer ces politiques régionales, en reliant observations de terrain et décisions stratégiques.
En parallèle, la formation d’ingénieurs autour du barrage de Souapiti en Guinée, signalée en mai 2026, témoigne d’une volonté d’investir dans le capital humain pour accompagner les grands projets d’infrastructure en zone sahélienne. La conjonction de ces signaux – recherche pastorale, formation technique, pacte régional – dessine une séquence où le Sahel cesse d’être un simple problème à gérer pour devenir un espace de projets.
Vers une programmation scientifique au service du développement
Le PPZS, fort de trente années d’existence, a accumulé une connaissance fine des dynamiques sahéliennes. Le passage au programme 2026-2029 sera l’occasion de capitaliser sur ces acquis tout en innovant dans les méthodes, notamment l’usage des données satellitaires et des modèles prédictifs. La participation des communautés pastorales, mentionnée par Cheikh Mbow, indique une volonté de co-construction qui pourrait renforcer l’appropriation locale des solutions.
Ce travail de recherche-action intervient dans un contexte où les financements climatiques et la coopération sud-sud gagnent en importance. Le Sahel, trop souvent réduit à ses crises sécuritaires et alimentaires, pourrait devenir un laboratoire de résilience économique. À condition que la lecture en termes d’« opportunités » ne se fasse pas au détriment d’une gestion rigoureuse des ressources.
Au-delà du Sénégal, la réhabilitation du récit sahélien comme espace de potentialités interroge les modèles de développement dominants en Afrique de l’Ouest. Le Conseil scientifique du PPZS ouvre une fenêtre pour repenser le pastoralisme non comme un secteur résiduel, mais comme un maillon clé de la sécurité alimentaire et de l’intégration régionale. Reste à savoir si les décideurs traduiront ces analyses en investissements durables, dans un contexte de compétition accrue sur les terres et les ressources.