Le Zimbabwe envisage de financer ses infrastructures par des prêts adossés à ses réserves de lithium, de platine et d'or. Un schéma qui, sous d'autres cieux ouest-africains, a déjà montré ses failles. Alors que la région renforce son intégration économique et multiplie les projets miniers et énergétiques, la tentation de la ressource comme monnaie d'échange refait surface, malgré les leçons du passé.

Infographie — Économie · Afrique de l'Ouest

La nouvelle venue de Harare a le mérite de la clarté : en échange de la modernisation de ses routes et de son réseau ferroviaire, le Zimbabwe propose à China Railway d'adosser le financement à ses richesses minières. Un montage dont la simplicité apparente cache des précédents douloureux. En Afrique de l'Ouest, des accords similaires ont été conclus par le passé, notamment dans le secteur minier et pétrolier, avec des résultats souvent opaques et des bénéfices mal répartis. Le spectre du « prêt chinois sur ressources » ressurgit, alors même que les institutions régionales tentent d'établir des cadres plus transparents.

Le précédent ouest-africain

Dans la région, plusieurs États ont expérimenté des financements gagés sur leurs matières premières. Le Ghana, avec son or et son cacao, le Niger avec l'uranium, ou encore la Côte d'Ivoire avec le cacao et le pétrole, ont vu des accords de ce type se multiplier dans les années 2010. Si certains ont permis de construire des routes ou des barrages, ils ont aussi alourdi le service de la dette et réduit la marge de manœuvre budgétaire des pays, surtout en période de baisse des cours. L'exemple du Togo, qui a utilisé ses recettes du phosphate pour garantir des prêts, a montré que la volatilité des prix peut rapidement transformer une aubaine en piège.

Un contexte régional en mutation

Aujourd'hui, l'Afrique de l'Ouest connaît une accélération de ses projets d'infrastructures, portés par les institutions régionales (CEDEAO, UEMOA) et des partenaires comme la Banque africaine de développement. Le Port de Lomé, hub logistique majeur, a traité 30,6 millions de tonnes en 2024, tandis que des projets hydroélectriques comme Souapiti en Guinée forment une nouvelle génération d'ingénieurs. Dans le même temps, les cours de l'or restent élevés, attisant l'intérêt pour les ressources du sous-sol. La tentation de monétiser ces actifs pour financer le développement est donc forte, d'autant que les besoins sont immenses : la BAD estime le déficit d'infrastructures en Afrique à plus de 100 milliards de dollars par an.

Les risques documentés

Les prêts adossés aux ressources présentent plusieurs dangers, bien identifiés par les économistes. D'abord, ils créent une dépendance aux cours des matières premières, exposant les États à des chocs exogènes. Ensuite, leur complexité contractuelle limite le contrôle parlementaire et citoyen, comme l'a souligné Akinwumi Adesina, ancien président de la BAD. Enfin, ils peuvent hypothéquer les revenus futurs sur des décennies, réduisant la capacité à financer d'autres priorités. En Afrique de l'Ouest, où la transparence des contrats miniers reste inégale, le risque de dérive est particulièrement élevé.

Une réaction régionale attendue

La CEDEAO, qui vient de dévoiler un « Pacte d'avenir » en six piliers pour consolider l'intégration, pourrait être amenée à encadrer ces pratiques. L'organisation a déjà œuvré pour harmoniser les politiques minières et pourrait imposer des clauses de transparence ou des plafonds d'endettement sur ressources. Le sujet devrait être discuté lors des prochaines réunions des ministres des Finances de l'UEMOA, d'autant que plusieurs pays, comme le Mali et le Burkina Faso, voient leurs recettes minières augmenter.

Une équation toujours actuelle

L'équation reste pourtant séduisante : des infrastructures contre des ressources. Mais l'expérience montre que le résultat est rarement à la hauteur des promesses. Les populations ouest-africaines, qui ont vu des routes se dégrader avant même la fin du remboursement des prêts, ou des mines exploitées sans retombées locales, méritent mieux. La vigilance est de mise pour que les leçons du passé ne soient pas oubliées.

Alors que le Zimbabwe s'engage dans cette voie, l'Afrique de l'Ouest observe avec attention. Les schémas de financement adossés aux ressources ne sont pas condamnables en soi, mais leur mise en œuvre exige des garde-fous robustes. Dans une région en plein essor, où l'intégration économique et la transparence sont des priorités, le débat sur la meilleure façon de mobiliser les richesses du sous-sol est loin d'être clos. La réponse ne viendra pas seulement des institutions financières, mais aussi d'une société civile de plus en plus exigeante.