La Société nationale d’opérations pétrolières de la Côte d’Ivoire (PETROCI) a annoncé le 8 mai 2026 un résultat net de 34,5 milliards de FCFA pour 2025, malgré la baisse des cours du brut. Pour 2026, elle vise 50 milliards, soit une progression de 45 %. Cette performance intervient dans un contexte régional marqué par l’irruption du Sénégal comme exportateur de pétrole, où l’excédent commercial de mars 2026 atteignait 183,8 milliards FCFA. Deux visions du pétrole ouest-africain se dessinent.

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Les résultats annoncés par PETROCI illustrent une stratégie de résilience et d’optimisation. Alors que les prix du pétrole brut oscillaient autour de 80 dollars en 2025, la compagnie ivoirienne a réussi à dégager un bénéfice en croissance, porté par une gestion rigoureuse des coûts et une amélioration de ses marges de raffinage. L’objectif 2026, fixé à 50 milliards FCFA, témoigne d’une confiance dans la poursuite de cette dynamique, même si le marché reste incertain.

Ce contraste avec le Sénégal est frappant. Le pays voisin a enregistré un excédent commercial record en mars 2026 grâce à l’envolée des exportations de pétrole brut, mais sa dépendance aux cours mondiaux et les subventions aux carburants pèsent sur les finances publiques. La Côte d’Ivoire, sans nouvelle production majeure, mise sur l’existant : sa raffinerie de la SIR, ses gisements gaziers et sa position de hub régional pour les produits pétroliers.

L’écart entre les deux modèles s’explique aussi par la structure des industries. La Côte d’Ivoire dispose d’un réseau de raffinage et de distribution mature, tandis que le Sénégal, avec le démarrage du champ Sangomar, exporte du brut mais importe toujours des produits raffinés. PETROCI, en tant qu’intégrateur vertical, capte de la valeur tout au long de la chaîne, des permis d’exploration à la commercialisation.

Le plan stratégique 2024-2028 de PETROCI, articulé autour de la gouvernance, de la performance opérationnelle, de la solidité financière et de la durabilité, reflète une approche prudente. La compagnie cherche à consolider ses acquis avant de se lancer dans des projets d’expansion majeurs. Cette prudence est d’autant plus justifiée que la transition énergétique impose des contraintes à long terme sur les investissements pétroliers.

Au niveau régional, les dynamiques sont complexes. La Côte d’Ivoire développe le gaz de Baleine pour l’exportation et la production électrique, tandis que le Sénégal prépare le mégaprojet Grand Tortue Ahmeyim. PETROCI pourrait tirer parti de son expérience pour jouer un rôle dans la coopération énergétique ouest-africaine, notamment via le gazoduc régional.

L’optimisme affiché par la direction de PETROCI, appelant à une « mobilisation renforcée », suggère que la compagnie veut accélérer son développement sans prendre de risques inconsidérés. Mais la question demeure : dans un environnement dominé par les volumes sénégalais, la stratégie ivoirienne de la valeur ajoutée suffira-t-elle à maintenir sa pertinence régionale ?

L’annonce de PETROCI souligne un paradoxe ouest-africain : alors que les nouvelles découvertes attirent les regards, certains opérateurs historiques misent sur l’efficacité plutôt que sur l’abondance. À l’heure où le Sénégal jongle avec les excédents et les subventions, la Côte d’Ivoire avance à son rythme, rappelant que dans le pétrole, la performance ne se mesure pas toujours en barils.