Le vendredi 12 juin 2026, l'Assemblée nationale mauritanienne a adopté une modification de la loi n° 2024-045 relative au contenu local dans les industries extractives et l'énergie. Le texte remplace l'« Unité du contenu local » par un « Secrétariat national du contenu local », placé sous l'autorité directe du Premier ministre. Cette réorganisation institutionnelle intervient dans un contexte d'accélération de la valorisation des ressources gazières, comme l'avait annoncé le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko début mai, et alors que la Mauritanie démarre sa production de gaz naturel sur le champ Grand Tortue Ahmeyim (GTA).

Infographie — Économie · Mauritanie

Une réforme pour accompagner le démarrage gazier

L’amendement de la loi de décembre 2024 ne change pas les objectifs de fond du texte : il vise à accroître la part des entreprises locales et la main-d'œuvre nationale dans les projets miniers, pétroliers et gaziers. Mais en élevant le niveau de pilotage du dispositif – du rang d’« unité » à celui de « secrétariat national » et en le rattachant au Premier ministre – les autorités mauritaniennes cherchent à donner au contenu local une capacité d’action transversale et une autorité politique accrue.

Le ministre de l’Énergie et du Pétrole, Mohamed Ould Khaled, a justifié cette évolution par les « profondes transformations » des secteurs énergétique et extractif, avec l’entrée en production gazière et l’afflux d’investissements dans les mines et les énergies renouvelables, notamment l’hydrogène vert. La réforme vise à coordonner les multiples acteurs impliqués – administrations, entreprises publiques, opérateurs privés – et à renforcer les mécanismes de suivi et d’évaluation.

Une adaptation juridique en temps réel

La loi initiale de 2024 était déjà une réponse aux critiques récurrentes sur le faible taux de contenu local dans le secteur minier mauritanien, malgré des décennies d’exploitation du fer. L’arrivée du gaz, avec des projets comme GTA (développé par BP, Kosmos Energy, la Société des pétroles du Sénégal et la Société mauritanienne des hydrocarbures), a créé une fenêtre d’opportunité pour renégocier les règles du jeu. Le gouvernement mauritanien, sous la pression de la société civile et des partenaires internationaux, a voulu montrer sa détermination à ce que la manne gazière profite à l’économie nationale.

Le timing de cet amendement n’est pas anodin. Il fait suite à la déclaration du 7 mai du Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko, qui insistait sur l’urgence d’accélérer la valorisation des ressources gazières. Cette coordination sous-régionale suggère une volonté commune de ne pas répéter les erreurs du passé – où les richesses extractives ont peu irrigué les économies locales. Le choix de placer le secrétariat sous l’autorité du Premier ministre, et non plus d’un simple ministère, renforce la dimension politique du dossier.

Un enjeu régional : la montée en puissance des législations de contenu local

La Mauritanie s’inscrit dans un mouvement plus large en Afrique de l’Ouest. Le Nigeria, avec le Nigerian Content Development and Monitoring Board (NCDMB), est un modèle ancien mais perfectible. Le Ghana a renforcé ses exigences de contenu local dans le pétrole depuis 2013. Et le Sénégal, voisin et co-partenaire du projet GTA, a également adopté une loi sur le contenu local en 2020. Toutefois, la mise en œuvre reste le défi commun : les clauses juridiques butent souvent sur le manque de capacités des PME locales, la faiblesse des systèmes de formation professionnelle et la complexité des chaînes d’approvisionnement.

En plaçant le secrétariat au sommet de l’exécutif, Nouakchott espère briser ces blocages. Mais la réussite dépendra de la composition et des pouvoirs réels du « Conseil de gouvernance et de gestion », dont les modalités doivent être précisées par décret. Les observateurs seront attentifs à la place accordée aux entreprises locales, aux syndicats et à la société civile.

Les défis de la transformation structurelle

Au-delà du cadre institutionnel, l’efficacité de la réforme se heurtera à des obstacles structurels : l’économie mauritanienne reste peu diversifiée, avec une main-d’œuvre encore insuffisamment qualifiée dans les métiers techniques du gaz. Le secteur privé local est dominé par des PME fragiles, souvent incapables de répondre aux normes exigeantes des majors pétrolières. Pour que le contenu local passe des textes à la réalité, des investissements massifs dans la formation et le financement des entreprises seront nécessaires.

Le gouvernement mise aussi sur l’hydrogène vert comme vecteur de diversification et de contenu local, puisque la production d’hydrogène repose sur des infrastructures nouvelles (électrolyseurs, pipelines) qui pourraient être en partie réalisées par des entreprises nationales. Mais cette filière en est encore à ses balbutiements.

En réformant son cadre institutionnel du contenu local, la Mauritanie témoigne d’une volonté politique de ne pas laisser échapper les retombées de ses ressources extractives. Cette démarche s’inscrit dans un contexte régional de durcissement des exigences de contenu local, mais aussi de concurrence entre pays pour attirer les investissements. L’équilibre entre attractivité et souveraineté reste à trouver – une question que se posent tous les pays producteurs de la zone CEDEAO-UEMOA face à la transition énergétique.