Le Premier ministre malien Abdoulaye Maïga a achevé le 24 août 2026 une visite de travail à Alger, la première d'une telle ampleur depuis la brouille diplomatique de 2025. Cette rencontre, qui doit préparer une visite d'État d'Assimi Goïta, vise à réactiver une coopération économique et sécuritaire dégradée. Mais au-delà du symbole, ce dégel intervient dans un contexte où le Mali cherche à sécuriser ses approvisionnements et à diversifier ses corridors commerciaux, alors que ses relations avec la CEDEAO restent tendues.

Infographie — Économie · Mali

La visite d'Abdoulaye Maïga à Alger, du 24 au 26 août 2026, marque un tournant dans les relations bilatérales entre le Mali et l'Algérie. Après des mois de tensions consécutives à l'abattement d'un drone malien à Tin Zaouatine au printemps 2025 et à la dénonciation de l'Accord d'Alger par Bamako, les deux capitales renouent un dialogue direct. Le Premier ministre malien, accompagné de plusieurs ministres, a rencontré son homologue Sifi Ghrieb puis le président Abdelmadjid Tebboune, avec un ordre du jour centré sur la sécurité et la coopération économique.

Sur le plan sécuritaire, l'Algérie espère retrouver un rôle de médiateur dans le Nord du Mali, plus de deux ans après la fin de l'accord de 2015. Mais l'enjeu économique est tout aussi crucial. Les deux pays entendent réactiver leur coopération dans les hydrocarbures, un secteur où l'Algérie dispose d'une expertise et d'infrastructures que le Mali, enclavé, ne possède pas. La finalisation de la route transsaharienne, reliant Alger à Lagos via Bamako, figure également parmi les dossiers évoqués.

Un dégel aux conséquences économiques limitées mais stratégiques

Historiquement, les échanges commerciaux entre le Mali et l'Algérie sont restés modestes, malgré une frontière commune de plus de 1 300 kilomètres. La crise diplomatique n'a donc pas provoqué de choc économique majeur à l'échelle nationale. En revanche, elle a lourdement affecté les populations du Nord du Mali, où les flux transfrontaliers avec l'Algérie constituent une source essentielle d'approvisionnement en produits alimentaires, équipements ménagers et biens manufacturés. Le dégel actuel est donc perçu avec soulagement dans les régions de Kidal, Gao et Tombouctou.

Pour Bamako, ce réchauffement intervient dans un contexte régional particulièrement contraint. La sortie de la CEDEAO, officialisée en janvier 2025, a privé le Mali de certains mécanismes commerciaux et financiers. Parallèlement, les corridors traditionnels Dakar-Bamako et Abidjan-Bamako sont confrontés à des défis sécuritaires croissants, notamment la présence du Jnim sur l'axe Dakar-Bamako. Face à ces contraintes, l'Algérie apparaît comme un partenaire de contournement, offrant un accès à la Méditerranée via ses ports.

Un rééquilibrage géopolitique au Sahel

L'Algérie, de son côté, a tout intérêt à ne pas laisser d'autres partenaires s'installer durablement au Mali. La Russie, via la présence de Wagner puis de l'Africa Corps, a considérablement renforcé son influence militaire à Bamako depuis 2022. La Turquie, les Émirats arabes unis et la Chine multiplient également les accords économiques dans la région. En renouant le dialogue, Alger cherche à préserver son influence au Sahel et à contrer ces puissances émergentes.

Cette dynamique s'inscrit dans une tendance plus large de rapprochement entre l'Algérie et les pays de l'Alliance des États du Sahel (AES). Selon les sources consultées, Alger a progressivement rétabli ses relations avec les trois capitales de la confédération après la crise de Tin Zaouatine. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, tous trois dirigés par des juntes militaires, voient en l'Algérie un partenaire capable de contrebalancer l'influence de la CEDEAO et de l'Occident.

Les enjeux économiques pour le Mali

Pour l'économie malienne, ce dégel ouvre des perspectives concrètes. Le secteur aurifère, pilier des exportations, pourrait bénéficier d'une coopération renforcée avec les compagnies algériennes, notamment pour le raffinage ou la sécurisation des chaînes d'approvisionnement. Par ailleurs, la relance des échanges transfrontaliers pourrait stimuler l'économie locale du Nord, sinistrée par des années de conflit et d'isolement.

Cependant, les observateurs notent que ce rapprochement ne résout pas les problèmes structurels du Mali. La dépendance aux corridors extérieurs reste un facteur de vulnérabilité. La diversification des partenaires, si elle est bien menée, pourrait offrir des alternatives, mais elle ne remplacera pas une intégration régionale plus profonde, comme celle que la CEDEAO offrait autrefois. Le défi pour Bamako est de transformer ce réchauffement diplomatique en bénéfices économiques tangibles pour sa population, tout en gérant les attentes sécuritaires.

Un signal pour la région

Au-delà du bilatéral, cette visite envoie un signal aux autres acteurs de la région. Elle démontre que le Mali, malgré son retrait de la CEDEAO, reste un acteur incontournable des équilibres sahéliens. Elle illustre aussi la capacité de l'Algérie à revenir dans le jeu diplomatique après une période d'effacement. Pour les investisseurs et les opérateurs économiques, la stabilité relative de la zone pourrait s'en trouver renforcée, même si les risques sécuritaires demeurent élevés.

Ce dégel entre Bamako et Alger s'inscrit dans une recomposition plus large des alliances au Sahel, où les puissances traditionnelles cèdent progressivement la place à de nouveaux partenaires. Pour le Mali, l'enjeu est de taille : il s'agit de sécuriser ses approvisionnements et de diversifier ses débouchés dans un environnement régional incertain. La visite d'Assimi Goïta, annoncée pour les prochains mois, sera un test décisif pour transformer cette dynamique diplomatique en coopération concrète, notamment dans les secteurs de l'énergie et des infrastructures. Mais elle ne manquera pas d'attiser les rivalités d'influence dans une région où chaque rapprochement est scruté à l'aune des équilibres géopolitiques.

Vérification : L'accord de 2015 a été dénoncé en janvier 2024, donc moins de deux ans avant août 2026. · Le Mali a annoncé son retrait de la CEDEAO en janvier 2024, mais le retrait effectif est prévu pour janvier 2025.