La Loterie nationale du Bénin (LNBB) a vu son bénéfice net chuter de 36 % en 2025, une baisse que la direction attribue sans détour à la prolifération des machines à sous et sites de paris non agréés. Alors que le secteur informel du jeu prospère aux dépens du monopole public, l'entreprise mise sur une plateforme numérique unifiée pour reprendre la main. Ce cas illustre les défis de la régulation dans une région où l'économie numérique accélère mais où l'État peine à faire respecter ses prérogatives.

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La Loterie nationale du Bénin (LNB) n'a pas masqué sa déception. Le 28 avril dernier, la direction a annoncé un bénéfice net de seulement 12,4 milliards de FCFA en 2025, en recul de 36 % par rapport à l'année précédente. Les recettes totales ont fléchi de 4 % pour atteindre 98,6 milliards de FCFA. La cause, clairement identifiée, est la concurrence déloyale d'opérateurs illégaux qui écument le Bénin, des machines à sous non déclarées aux sites de paris en ligne sans agrément.

Ces acteurs informels jouissent d'avantages décisifs : ils ne paient pas d'impôts et ne sont soumis à aucun plafond de paiement. Ils peuvent donc offrir aux joueurs des cotes bien plus attractives que celles que la LNB est légalement autorisée à proposer. La société a recensé plus de dix sites illégaux en un seul trimestre, mais les autorités de régulation tardent à agir. Ce phénomène n'est pas propre au Bénin : dans toute l'UEMOA, la frontière entre le formel et l'informel s'estompe à mesure que le numérique permet aux opérateurs d'exercer depuis l'étranger ou sans immatriculation.

Pourtant, l'activité sous-jacente de la LNB n'est pas en panne. La valeur ajoutée a progressé de 22 % et l'excédent brut d'exploitation a bondi de 34 %. Les jeux en ligne, qui représentent désormais 68 % des recettes, ont crû de 18 %. Ces chiffres indiquent que la demande pour les jeux de hasard reste vigoureuse, mais qu'elle se détourne vers des circuits non régulés. La baisse du bénéfice net s'explique aussi par des effets comptables : l'absence d'un élément exceptionnel qui avait gonflé le résultat 2024, et une charge fiscale qui a plus que doublé, passant de 3,2 à 6,7 milliards de FCFA.

La LNB, qui détient un monopole légal depuis une loi de 2004, doit donc faire face à une concurrence que le cadre juridique ne parvient pas à endiguer. Ses 3 000 points de vente physiques assurent une présence territoriale, mais le basculement vers le numérique expose ses faiblesses. La direction annonce pour 2026 le lancement d'une plateforme en ligne unifiée couvrant casinos, paris sportifs et jeux virtuels, avec intégration des paiements mobiles pour élargir l'accès. C'est une tentative de rattraper son retard technologique et de reconquérir des joueurs attirés par les sites étrangers.

Le dilemme dépasse la simple concurrence déloyale. La LNB reverse une partie de ses recettes au Trésor public, ce qui en fait un outil de financement de l'État. Chaque pari illégal équivaut à une perte de recettes fiscales et de contribution sociale. Dans un contexte où le Bénin, comme ses voisins, cherche à accroître ses ressources intérieures, la régulation des jeux de hasard devient un enjeu budgétaire. L'incapacité à faire respecter le monopole affaiblit non seulement l'entreprise publique, mais aussi la crédibilité de l'État de droit.

La période de stabilité des prix au Maroc, évoquée en début de mois dans d'autres analyses, n'a pas de lien direct, mais elle rappelle que la maîtrise des circuits informels est un défi commun à plusieurs économies de la région. Les mesures de soutien aux ménages peuvent atténuer les tensions sociales, mais elles ne résolvent pas le problème de fond : comment un État peut-il capter les rentes d'une activité en pleine expansion numérique s'il ne dispose pas des outils de contrôle adaptés ? La LNB est à la croisée des chemins : son redressement dépendra de sa capacité à innover, mais aussi de la volonté politique de faire appliquer la loi.

La Loterie nationale du Bénin incarne un paradoxe ouest-africain : une entreprise publique en bonne santé opérationnelle mais asphyxiée par un marché parallèle que la régulation n'atteint pas. Alors que le numérique ouvre des perspectives de croissance et de modernisation, il exacerbe aussi les fragilités institutionnelles. La réussite de sa plateforme unifiée sera un test de la capacité de l'État béninois à conjuguer innovation et contrôle.