Un sommet inédit réunit à Nairobi chefs d'État, dirigeants d'entreprises et responsables de banques de développement pour poser les bases d'un 'partenariat renouvelé' entre la France et l'Afrique. Alors que Paris a perdu pied au Sahel et cédé sa dernière grande base au Sénégal, cette initiative reflète un repositionnement stratégique, bien loin des promesses de rupture de 2017.
La date du sommet – lundi et mardi prochains – n'est pas anodine. Elle intervient à un an de la fin du mandat d'Emmanuel Macron, qui avait fait de la refonte des relations franco-africaines l'un de ses marqueurs. Depuis, la donne a radicalement changé : une série de coups d'État au Sahel a porté au pouvoir des régimes militaires hostiles à l'ancienne puissance coloniale, tandis que les troupes françaises ont été contraintes au départ du Mali, du Burkina Faso, du Niger et du Tchad.
Le conseiller de l'Élysée cité par nos confrères de Zonebourse évoque un 'partenariat renouvelé', mais la formule peine à masquer l'urgence d'une reconquête d'influence. La France n'a plus de présence militaire significative en Afrique de l'Ouest depuis juillet 2025, date de la rétrocession de sa dernière base sénégalaise. Le président Bassirou Diomaye Faye, attendu à Nairobi, avait clairement lié cette décision à l'exigence de souveraineté.
Ce sommet, organisé au Kenya, illustre ce basculement géographique. Comme le relève Beverly Ochieng, analyste chez Control Risks, la France s'éloigne de ses anciens partenaires coloniaux et sécuritaires pour se tourner vers des pays où son empreinte est différente – anglophones, culturellement plus distants. Le choix de Nairobi n'est pas neutre : le Kenya est un hub diplomatique et économique, et un allié traditionnel des États-Unis.
Mais le succès de ce pivot reste suspendu à plusieurs inconnues. Macron avait promis en 2017 de mettre fin à la 'Françafrique', mais les actes ont tardé. Les tensions avec l'Algérie et le Rwanda n'ont pas été complètement apaisées, et la société civile africaine demeure sceptique. Ce sommet, voulu comme une plateforme d'échanges avec la jeune génération, devra prouver sa capacité à dépasser le simple exercice de communication.
Pour l'Afrique de l'Ouest, les enjeux sont immédiats. La France reste un partenaire commercial important, notamment via le franc CFA et les liens financiers au sein de l'UEMOA. Mais la défiance politique s'accompagne d'une recherche de diversification des alliances, notamment vers la Russie, la Chine et les Émirats. Le sommet de Nairobi pourrait soit accélérer cette émancipation, soit poser les bases d'une coopération plus équilibrée.
En toile de fond, la question sécuritaire demeure. Le retrait militaire français n'a pas été compensé, et les groupes djihadistes continuent de gagner du terrain dans le Sahel. Le 'partenariat renouvelé' devra intégrer une dimension sécuritaire crédible, sans reproduire les schémas d'ingérence qui ont nourri le ressentiment.
Ce sommet s'inscrit enfin dans un contexte global de recomposition des relations internationales. La guerre en Ukraine, les tensions en Asie et la rivalité sino-américaine redessinent les priorités. Pour la France, l'Afrique reste un terrain majeur d'influence, mais les marges de manœuvre se réduisent. Le pari de Nairobi est de montrer que Paris a entendu les critiques et peut construire un dialogue dépassionné.
Ce sommet de Nairobi ne marque pas une rupture mais une étape dans une évolution plus large : celle d'un continent qui négocie ses partenariats avec davantage d'exigence. La France, comme les autres puissances, doit désormais composer avec des États africains plus assertifs et une opinion publique vigilante. L'avenir dira si ce 'partenariat renouvelé' est une formule vide ou l'amorce d'une véritable refondation.