Le 29 avril 2026 s’est ouvert à Paris le premier Forum sur la Promotion des Investissements et la Compétitivité Économique (PRICE), organisé par l’ambassade du Sénégal en France. Pendant deux jours, décideurs publics et investisseurs explorent les moyens de transformer le potentiel économique du pays en projets structurants. L’événement révèle une volonté de repositionnement stratégique, où la diaspora et la compétitivité territoriale sont placées au cœur des réflexions.

Ce forum intervient dans un contexte où le Sénégal, après le début de l’exploitation de ses hydrocarbures, cherche à éviter le syndrome hollandais. Les discours des responsables, dont le ministre d’État Al Aminou Lo et le directeur général de l’APIX, Bakary Séga Bathily, insistent sur la nécessité de diversifier les moteurs de croissance. L’accent mis sur la diaspora constitue un changement de paradigme. Longtemps perçue principalement comme une source de transferts financiers – environ 2,4 milliards de dollars par an selon la Banque mondiale –, elle est désormais appelée à jouer un rôle dans l’investissement productif et le transfert de compétences. Cette évolution s’inscrit dans une tendance régionale : plusieurs pays ouest-africains, comme le Ghana ou la Côte d’Ivoire, multiplient les initiatives pour capter l’épargne et l’expertise de leurs diasporas.

Le deuxième axe du forum, la compétitivité économique, révèle une ambition de transformation structurelle. Les panels ont mis en avant l’innovation, les partenariats franco-sénégalais et le développement de champions économiques africains. Derrière ces thèmes, se dessine une volonté de réduire la dépendance aux ressources extractives et de construire une économie plus résiliente. L’intervention de Bara Diouf, délégué général de la Délégation générale à la Promotion des pôles urbains (DGPU), a introduit une rupture conceptuelle : la croissance ne doit plus être concentrée sur quelques pôles, mais s’appuyer sur une dynamique territoriale inclusive. Cette approche, qui lie urbanisme, mobilité et économie, rejoint les réflexions en cours dans l’UEMOA sur l’aménagement du territoire comme levier de développement.

Ce repositionnement intervient alors que le Sénégal fait face à des défis macroéconomiques. Le taux de chômage reste élevé, notamment chez les jeunes, et la pression sur les finances publiques est forte après la crise de la Covid-19 et la guerre en Ukraine. Dans ce contexte, mobiliser la diaspora et améliorer l’attractivité des territoires apparaissent comme des leviers moins coûteux que de grands investissements publics. Le choix de Paris comme lieu du forum n’est pas anodin : la France abrite la plus importante communauté sénégalaise à l’étranger, estimée à plus de 150 000 personnes. C’est aussi un signal adressé aux investisseurs français, qui restent parmi les premiers partenaires économiques du Sénégal.

L’événement s’inscrit dans la Vision Sénégal 2050, un plan à long terme qui vise à faire du pays un émergent. Mais les défis sont nombreux : la concurrence des autres destinations d’investissement en Afrique de l’Ouest, la fragilité des infrastructures, et la nécessité de réformes structurelles pour améliorer le climat des affaires. Le forum PRICE agit comme un test : sa capacité à déboucher sur des projets concrets déterminera si cette nouvelle approche peut vraiment transformer le tissu économique sénégalais.

Le forum PRICE illustre une inflexion dans la stratégie économique sénégalaise, qui cherche à conjuguer ressources locales, diaspora et compétitivité territoriale. Cette démarche, commune à plusieurs pays de la région, pose la question de l’efficacité des modèles de développement fondés sur l’attractivité des investissements et la valorisation des compétences expatriées. Reste à savoir si les discours se traduiront en actes, dans un environnement ouest-africain marqué par une concurrence accrue et des vulnérabilités structurelles.