Le 8 juillet 2026, le président kényan William Ruto a signé le Sovereign Wealth Fund Act, créant un fonds souverain national structuré en trois compartiments : stabilisation budgétaire, infrastructures stratégiques et épargne intergénérationnelle. Le texte interdit notamment les investissements dans le private equity, les produits dérivés spéculatifs et les matières premières. Cette approche prudentielle intervient alors que plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, comme le Burkina Faso, envisagent des fonds souverains adossés à leurs ressources minières, mais avec des philosophies d’investissement moins restrictives.

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Une architecture tripartite au service de la résilience

Le Sovereign Wealth Fund Act signé par William Ruto institue un mécanisme à trois guichets : un compartiment de stabilisation budgétaire destiné à lisser les chocs macroéconomiques, un fonds d’investissement dans les infrastructures stratégiques, et un fonds pour les générations futures alimenté par les revenus pétroliers et miniers. Cette structure vise à transformer une partie des recettes de ressources naturelles en actifs financiers de long terme, tout en offrant des filets de sécurité face à la volatilité des cours. Les autorités kényanes insistent sur la nécessité de sanctuariser ces placements pour éviter que les fluctuations des matières premières ne compromettent la stabilité budgétaire.

L’exclusion du private equity : un choix de prudence ou de défiance ?

Le texte encadre strictement l’univers d’investissement du fonds : il interdit les placements dans des produits dérivés spéculatifs, le private equity, les matières premières, l’art et certains actifs non cotés. Cette restriction est inhabituelle pour un fonds souverain, dont la plupart, comme le norvégien GPFG, diversifient largement y compris en private equity. Nairobi justifie cette prudence par la volonté de limiter les risques de pertes et de préserver la transparence. Mais ce choix reflète aussi une méfiance vis-à-vis de circuits d’investissement opaques et de la volatilité des marchés non cotés, dans un contexte où plusieurs scandales financiers ont éclaté en Afrique de l’Est.

Le précédent burkinabè : une approche minière et expansionniste

En mai 2026, le Burkina Faso annonçait la création d’un fonds souverain minier alimenté par les recettes supplémentaires issues de la hausse des cours des minerais. Contrairement au Kenya, Ouagadougou ne prévoit pas d’exclure a priori le private equity ou d’autres classes d’actifs risqués. L’objectif est de maximiser le rendement pour financer le développement, quitte à prendre plus de risques. Cette divergence illustre deux écoles de pensée en Afrique : l’une, prudente et intergénérationnelle, incarnée par le Kenya ; l’autre, offensive et tournée vers l’investissement immédiat, représentée par le Burkina Faso et d’autres pays miniers d’Afrique de l’Ouest.

Quelles leçons pour la CEDEAO et l’UEMOA ?

Plusieurs États ouest-africains, du Sénégal au Niger en passant par la Côte d’Ivoire, étudient des mécanismes de fonds souverains pour gérer leurs ressources en hydrocarbures et en minerais. Le modèle kényan pourrait inspirer ceux qui redoutent une mauvaise allocation des fonds ou une capture par les élites. Mais il pourrait aussi être jugé trop conservateur dans une région où les besoins d’infrastructures et de transformation structurelle sont urgents. Le débat dépasse la simple gestion de portefeuille : il touche à la conception même du rôle de l’État dans l’accumulation et la répartition de la richesse. Entre préservation et risque, les décideurs ouest-africains devront arbitrer.

Vue d’ensemble : une dynamique régionale en accélération

La promulgation de la loi kényane s’inscrit dans un mouvement plus large de structuration de fonds souverains en Afrique. Depuis 2020, au moins six pays du continent ont adopté ou renforcé leur cadre légal en la matière. En Afrique de l’Ouest, le Ghana, le Nigeria et la Côte d’Ivoire disposent déjà de fonds opérationnels, mais leur performance et leur gouvernance restent inégales. Le choix kényan d’exclure le private equity et les dérivés pourrait alimenter une réflexion sur les normes de bonne pratique à l’échelle régionale, notamment au sein de l’UEMOA et de la CEDEAO, où l’harmonisation des cadres d’investissement souverains est encore embryonnaire.

Alors que l’Afrique de l’Ouest multiplie les projets de fonds souverains adossés aux ressources extractives, le choix kényan de brider les placements risqués offre un contrepoint. Il soulève une question centrale pour les décideurs régionaux : comment concilier la nécessaire préservation intergénérationnelle des richesses avec l’urgence des besoins d’investissement actuels ?