La Côte d’Ivoire affiche une enveloppe de 4 195 milliards de FCFA pour ses investissements publics en 2026, selon les données budgétaires récentes. Ce montant, le plus élevé de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), représente près de la moitié des programmes régionaux. Il contraste fortement avec les capacités des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), dont les efforts cumulés atteignent à peine 2 100 milliards. L’écart, déjà significatif, tend à se creuser dans un contexte de tensions géopolitiques et de fragilités sécuritaires.
Investissements publics : la Côte d’Ivoire creuse l’écart
En 2026, Abidjan concentre 44 % des dépenses d’investissement de l’UEMOA, loin devant ses voisins du Sahel.
4 195 milliards FCFA programmés par Abidjan en 2026, soit près de la moitié du total régional.
⚡ Les atouts d’Abidjan
« La Côte d’Ivoire lève des fonds à des conditions plus favorables que ses voisins. »
— Nouvou Berté, économiste
L’écart d’investissement entre la Côte d’Ivoire et les pays de l’AES (Alliance des États du Sahel) se creuse dans un contexte de tensions géopolitiques et de fragilités sécuritaires. Abidjan confirme son rôle de locomotive régionale, tandis que ses voisins sahéliens peinent à maintenir leurs programmes.
Une hégémonie budgétaire confirmée
Avec plus de 4 195 milliards de FCFA d’investissements publics programmés, la Côte d’Ivoire confirme son statut de locomotive économique de l’UEMOA. Ce volume représente 44 % du total des investissements de l’Union, soit une part sans équivalent chez ses partenaires. À titre de comparaison, le Bénin, deuxième du classement, mobilise trois fois moins, et le Sénégal quatre fois moins. Cette concentration des ressources illustre la capacité d’Abidjan à financer de grands projets dans les transports, l’énergie ou l’aménagement urbain, là où d’autres États peinent à maintenir leurs programmes.
Ce leadership repose sur des bases structurelles solides. La Côte d’Ivoire dispose du PIB le plus important de l’Union, de recettes fiscales élevées et d’un accès privilégié aux marchés financiers régionaux et internationaux. Comme le souligne l’économiste Nouvou Berté, ces atouts lui permettent de lever des fonds à des conditions plus favorables que ses voisins. En ramenant cet effort à la population, le pays affiche environ 116 500 FCFA par habitant, devant le Togo et le Bénin, ce qui reflète une capacité d’investissement à la fois massive et relativement répartie.
Un contraste saisissant avec les pays de l’AES
Le tableau est tout autre pour les trois États de l’Alliance des États du Sahel : le Mali, le Burkina Faso et le Niger totalisent à eux trois environ 2 100 milliards de FCFA, soit la moitié de l’effort ivoirien. Cette asymétrie n’est pas nouvelle, mais elle s’est accentuée depuis la création de l’AES en 2023 et la rupture avec la CEDEAO. Les difficultés d’accès aux marchés financiers, la pression sécuritaire et la baisse des recettes fiscales limitent leurs marges de manœuvre.
En mai dernier, le ministre nigérien de l’Économie et des Finances, Laouali Abdou Rafa, présentait des chiffres provisoires sur la dette publique, révélant une situation tendue. Les économies sahéliennes, autrefois intégrées dans les dynamiques régionales de l’UEMOA, subissent aujourd’hui les conséquences de leur isolement diplomatique et de l’instabilité chronique. Pendant ce temps, la Côte d’Ivoire poursuit son programme d’investissement, soutenue par une croissance stable et une demande intérieure dynamique.
Ce décrochage pose la question du développement à deux vitesses au sein de l’UEMOA. Alors que certains pays, comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Ghana (hors zone), accélèrent leurs transformations structurelles, d’autres, notamment ceux du Sahel central, peinent à maintenir le rythme. La divergence des trajectoires pourrait à terme fragiliser la cohésion régionale, déjà mise à l’épreuve par les recompositions géopolitiques en cours. L’investissement public, indicateur clé de la capacité d’un État à projeter son développement, devient ainsi un marqueur des nouvelles hiérarchies économiques en Afrique de l’Ouest.
Dans ce contexte, l’hégémonie ivoirienne ne se mesure pas seulement en milliards de FCFA. Elle traduit une réalité plus profonde : celle d’un État qui, malgré les chocs globaux, a su préserver ses capacités d’action et d’investissement. Pour les pays de l’AES, le défi ne se limite pas à combler l’écart budgétaire ; il s’agit de reconstruire les conditions d’un développement endogène, dans un environnement régional de plus en plus fragmenté. L’évolution de cet équilibre sera déterminante pour l’avenir de l’intégration ouest-africaine.