Le Sénégal a lancé ce mercredi 29 avril à Paris la première édition du Forum sur la Promotion des Investissements et la Compétitivité Économique (PRICE). L'événement vise à mobiliser la diaspora sénégalaise et les investisseurs français autour de la Vision 2050, dans un contexte de ralentissement des investissements directs étrangers en Afrique de l'Ouest. Ce déplacement du dialogue économique au cœur de l'Europe révèle les nouvelles priorités de Dakar en matière de diversification et de souveraineté économique.

Organisé par l'ambassade du Sénégal en France, le forum PRICE réunit membres du gouvernement, chefs d'entreprise et institutions financières autour d'un objectif : transformer les transferts de fonds de la diaspora en investissements productifs. Bakary Séga Bathily, directeur général de l'APIX, a insisté sur la nécessité de connecter les talents sénégalais de l'étranger aux opportunités offertes par les pôles économiques territoriaux en développement. Cette approche marque un tournant dans la politique d'attractivité du pays, qui cherche à dépasser le modèle traditionnel des transferts de fonds pour bâtir des projets durables.

Ce forum s'inscrit dans un contexte économique régional complexe. Si le Sénégal a enregistré une croissance soutenue ces dernières années, portée par les infrastructures et les services, les investissements directs étrangers (IDE) restent concentrés dans les secteurs extractifs. La mise en production des champs gaziers de GTA (Grand Tortue Ahmeyim) promet des recettes substantielles, mais le gouvernement souhaite éviter une dépendance excessive aux hydrocarbures. Le PRICE vise donc à attirer des capitaux dans l'agriculture, les technologies et l'industrie manufacturière, où la diaspora dispose d'une expertise souvent sous-estimée.

Le choix de Paris n'est pas anodin. La France demeure le premier investisseur étranger au Sénégal, et la communauté sénégalaise y est l'une des plus importantes d'Europe. En organisant ce forum hors du territoire national, Dakar envoie un signal : la diplomatie économique s'adapte aux réalités d'une mondialisation où les diasporas sont des vecteurs de soft power et d'investissement. Mais cette stratégie comporte des risques. Les attentes sont élevées, et la concurrence est rude : d'autres pays africains comme le Ghana ou le Rwanda multiplient aussi les rendez-vous avec leurs diasporas.

Au-delà du symbole, la réussite du PRICE dépendra de sa capacité à déboucher sur des projets concrets. Les autorités sénégalaises ont promis un mécanisme de suivi pour transformer les engagements pris à Paris en réalisations sur le terrain. Les obstacles sont nombreux : complexité administrative, accès au foncier, crédibilité des institutions. Pourtant, l'enthousiasme des premiers échanges suggère une attente réelle de la part de la diaspora, qui aspire à jouer un rôle plus actif dans le développement économique du pays.

Cette offensive diplomatique reflète aussi une évolution plus large de la stratégie sénégalaise. Sous l'impulsion de la Vision 2050, le gouvernement cherche à diversifier ses partenariats tout en renforçant sa souveraineté. Le forum PRICE illustre une approche pragmatique : utiliser les réseaux existants pour capter des investissements, sans attendre passivement les flux internationaux. Reste à savoir si cette initiative parviendra à inverser la tendance, alors que les IDE en Afrique de l'Ouest peinent à retrouver leur niveau d'avant la pandémie.

Le forum PRICE s'inscrit dans une dynamique régionale où les États ouest-africains tentent de mobiliser leurs diasporas comme leviers de développement. Du Ghana au Nigeria, les initiatives similaires se multiplient, mais leur succès repose sur la confiance et la stabilité politique. Pour le Sénégal, l'enjeu est double : prouver que la diaspora peut devenir un acteur économique majeur, et démontrer que le pays offre un environnement propice à l'investissement productif. L'avenir dira si cette offensive diplomatique portera ses fruits, mais elle marque d'ores et déjà une inflexion dans la manière dont Dakar conçoit son attractivité.