L'Association des Bourses Africaines (ASEA) a officialisé le lancement de la Phase 2 du Projet d'Interconnexion des Bourses Africaines (AELP) lors de son séminaire annuel Building Africa Financial Markets (BAFM). Cette initiative, portée conjointement avec la Banque Africaine de Développement (BAD), intègre quatre nouvelles bourses, portant à onze le nombre de places financières interconnectées. Pour la BRVM, déjà membre de la Phase 1 depuis 2022, cette expansion représente une étape supplémentaire dans la fluidification des transactions transfrontalières et l'accès à de nouveaux marchés.
Onze bourses africaines désormais interconnectées
La BRVM, déjà connectée depuis 2022, étend son accès à 11 marchés via plus de 50 courtiers. Une fluidification des transactions transfrontalières en monnaies locales.
Phase 1 · 7 bourses connectées
BRVM, Nigeria, Johannesburg, Kenya, et trois autres places financières inaugurent le réseau AELP. Première interconnection opérationnelle.
Phase 2 · +4 nouvelles bourses
Rwanda, Tanzanie, Ouganda et Zambie rejoignent le réseau. Total : 11 bourses, plus de 50 courtiers, exécution en monnaies locales.
BRVM · Indice composite en hausse
L'indice composite de la BRVM a progressé de près de 2% en mai 2026. L'interconnexion draine des capitaux étrangers vers les titres cotés à Abidjan.
Acteurs du projet
Côte d'Ivoire
Croissance PIB : 6,5 %
Inflation : 0,1 %
11 bourses
+ de 50 courtiers
Transactions en monnaies locales
Le lancement de cette Phase 2 marque une accélération tangible du processus d'intégration des marchés financiers africains. Après une première phase qui avait connecté sept bourses – dont la BRVM, le Nigerian Stock Exchange, la Bourse de Johannesburg ou encore celle du Kenya – quatre nouvelles venues rejoignent le réseau : les bourses du Rwanda, de Tanzanie, d'Ouganda et de Zambie. Ce maillage croissant permet désormais aux investisseurs de la zone UEMOA d'accéder directement à onze marchés africains via un réseau de plus de 50 courtiers, avec une exécution en monnaies locales.
Cette initiative s'inscrit dans un contexte où les bourses régionales cherchent à gagner en profondeur et en liquidité. La BRVM, qui a vu son indice composite progresser de près de 2% en mai 2026 selon les données récentes, bénéficie directement de cette dynamique. L'interconnexion permet non seulement de drainer des capitaux étrangers vers les titres cotés à Abidjan, mais aussi d'offrir aux investisseurs locaux une diversification géographique sans sortir du cadre réglementaire UEMOA.
Au-delà de l'aspect technique, l'AELP Phase 2 soulève des questions sur l'harmonisation des règles de marché et des systèmes de compensation. Chaque bourse conserve ses propres règles de fonctionnement, mais l'infrastructure technologique commune impose un alignement progressif des procédures de trading et de post-marché. Les régulateurs de la zone franc, notamment le Conseil régional de l'épargne publique et des marchés financiers (CREPMF), devront accompagner cette évolution pour garantir la sécurité des transactions.
Pour les investisseurs ouest-africains, l'intégration de bourses comme celle du Rwanda ou de la Tanzanie ouvre des perspectives nouvelles. Ces économies est-africaines, en forte croissance, offrent des secteurs sous-représentés dans le portefeuille régional – comme les technologies financières ou l'agro-industrie. À l'inverse, les entreprises cotées à la BRVM, notamment dans les télécommunications (Sonatel) ou la banque (Ecobank, NSIA), gagnent en visibilité auprès d'une base d'investisseurs élargie.
Une intégration financière au service de la Zone de libre-échange continentale
Le rapprochement des bourses africaines n'est pas un phénomène isolé. Il s'inscrit dans la logique de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui vise à créer un marché unique pour les biens et services. La fluidité des mouvements de capitaux est un prérequis pour que les entreprises puissent lever des fonds au-delà des frontières nationales. L'AELP agit ainsi comme un catalyseur de l'intégration économique, en facilitant le financement des chaînes de valeur régionales.
Sur le plan macroéconomique, cette interconnexion pourrait contribuer à réduire la fragmentation des marchés obligataires, un enjeu crucial pour les États de la zone UEMOA qui cherchent à diversifier leurs sources de financement. En offrant un accès simplifié à une base d'investisseurs plus large, la BRVM et les autres bourses interconnectées peuvent améliorer les conditions de levée de fonds pour les entreprises et les États.
Néanmoins, des défis persistent. La disparité des niveaux de développement des marchés participants – certains sont encore peu liquides – pourrait limiter les effets escomptés. De plus, la volatilité des taux de change et les contraintes de convertibilité dans certaines monnaies locales ajoutent une couche de complexité. La Phase 3, déjà évoquée par l'ASEA, devra probablement intégrer des mécanismes de couverture de change pour sécuriser les flux transfrontaliers.
L'extension du réseau AELP à onze bourses africaines constitue une avancée majeure pour l'intégration financière du continent. Pour les acteurs de la zone UEMOA, elle offre un nouveau cadre pour diversifier leurs investissements et attirer des capitaux. Reste à savoir si les bourses ouest-africaines, et en particulier la BRVM, sauront tirer pleinement parti de cette infrastructure pour renforcer leur compétitivité face aux grandes places émergentes. L'évolution des volumes d'échanges transfrontaliers dans les mois à venir fournira un premier indicateur de la réussite de ce pari d'intégration.