Le Conseil ghanéen du Cacao (COCOBOD) accuse des entreprises agréées d'utiliser des fonds publics pour acheter des fèves de cacao introduites clandestinement depuis la Côte d'Ivoire. Cette pratique prive les producteurs locaux de revenus et menace la prime de qualité dont bénéficie le cacao ghanéen sur les marchés internationaux. Elle révèle une inversion des flux de contrebande traditionnels et aggrave une crise de liquidité déjà profonde dans la filière.
Les révélations de la direction des services spéciaux du COCOBOD mettent en lumière un détournement des mécanismes de financement du secteur cacaoyer. Selon Jake Kudjo Semahar, des agents et employés de sociétés d'achat agréées utilisent des fonds destinés à l'achat local de cacao pour se procurer, via des intermédiaires, des fèves ivoiriennes à bas prix. Ce schéma, désormais observé dans quatre régions frontalières, constitue un renversement notable : par le passé, c'était le Ghana qui voyait ses fèves partir en contrebande vers la Côte d'Ivoire et le Togo.
Cette fraude intervient dans un contexte de tensions financières persistantes. Depuis fin 2025, de nombreux producteurs ghanéens subissent des retards de paiement pour les fèves livrées, symptôme d'une contrainte de liquidité au sein de la filière. Le recours à des fonds publics pour des achats transfrontaliers illégaux aggrave cette situation en détournant des ressources qui devaient revenir aux planteurs locaux. Or, le Ghana dépend du cacao pour une part significative de ses recettes d'exportation et pour assurer les revenus de centaines de milliers de familles.
La prime de qualité accordée au cacao ghanéen, fondée sur des contrôles rigoureux et une traçabilité stricte, est directement menacée. Si les fèves ivoiriennes de qualité moindre se mélangent aux lots exportés, le label ghanéen pourrait perdre de sa valeur. Les observateurs du secteur soulignent que toute érosion de cette réputation diminuerait le pouvoir de négociation du pays face aux acheteurs internationaux. Cela survient alors que la demande mondiale se tourne vers des cacaos certifiés durables, dont la traçabilité est un atout clé.
Le COCOBOD a renforcé ses mesures de contrôle et son unité anti-contrebande a effectué des arrestations et des saisies de plus de 100 sacs. Mais l'efficacité de ces actions reste à prouver face à un système qui implique des intermédiaires et des agents corrompus. La lutte contre ce commerce illégal nécessite une coordination transfrontalière avec les autorités ivoiriennes, d'autant que la Côte d'Ivoire applique un prix garanti aux producteurs différent de celui du Ghana, ce qui crée des incitations aux arbitrages.
Ce scandale révèle les fragilités structurelles d'une filière cacaoyère ouest-africaine confrontée à des défis de gouvernance, de financement et de coordination régionale. Il intervient aussi alors que le Ghana tente de restructurer sa dette et de retrouver la confiance des investisseurs. La tentation de recourir à des circuits parallèles pour obtenir du cacao à moindre coût traduit une pression sur les marges des acheteurs agréés, elle-même liée aux difficultés de trésorerie du COCOBOD.
Au-delà du cas ghanéen, ces pratiques interrogent la gestion des filières d’exportation dans la CEDEAO, où les différentiels de prix et les contrôles nationaux créent des opportunités de contrebande. La confiance dans les mécanismes de financement et de traçabilité est un enjeu commun aux deux premiers producteurs mondiaux de cacao. Si la tendance se confirme, l’image de qualité du cacao ouest-africain pourrait s’en trouver durablement altérée.