La Côte d’Ivoire a officialisé le 26 avril 2026 le potentiel du gisement gazier Calao, estimé à 5 000 milliards de pieds cubes, lors des réunions de printemps de la Banque mondiale à Washington. Le gouvernement ambitionne de tripler la production nationale d’électricité et de consolider son rôle de fournisseur régional, rompant avec le schéma historique d’exportation brute des hydrocarbures. Cette annonce s’inscrit dans une dynamique ouest-africaine où plusieurs pays misent sur le gaz comme énergie de transition, tout en cherchant à capter davantage de valeur localement.
Selon le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, le gisement Calao représente un « tournant majeur » pour le pays. Avec des réserves équivalant à environ 140 milliards de mètres cubes, il pourrait non seulement sécuriser l’approvisionnement intérieur mais aussi alimenter les pays voisins via le pool énergétique ouest-africain. Cette stratégie intervient dans un contexte de forte croissance de la demande en électricité, portée par la démographie, l’urbanisation et la numérisation des économies régionales.
Le ministre a également rappelé le paradoxe africain : le continent exporte 70 à 80 % de son pétrole brut et plus de la moitié de son gaz, avant de réimporter des produits raffinés à des coûts élevés. En Côte d’Ivoire, la totalité du gaz découvert à ce jour est désormais dédiée à la production d’électricité, marquant une rupture avec les pratiques antérieures. Ce choix reflète une volonté politique de valoriser les ressources naturelles pour le développement local, plutôt que de les céder aux marchés internationaux sans transformation.
Cette orientation s’inscrit dans une tendance régionale observée au Sénégal (projet Grand Tortue Ahmeyim) et au Ghana (champ Jubilee), où les États cherchent à maximiser les retombées locales des hydrocarbures. La Côte d’Ivoire, déjà premier producteur d’électricité de l’UEMOA avec une capacité installée de près de 2 500 MW, pourrait voir sa capacité doubler ou tripler grâce à Calao. Cela renforcerait son rôle de hub énergétique, notamment vis-à-vis du Mali, du Burkina Faso et du Niger, pays fragiles en matière d’accès à l’électricité.
Cependant, des défis subsistent. La transformation locale du gaz nécessite des investissements massifs dans les infrastructures de transport, de traitement et de distribution. Par ailleurs, le contexte international de transition énergétique pousse les bailleurs de fonds à conditionner leurs financements à des critères environnementaux stricts, ce qui pourrait ralentir le développement des projets gaziers. Enfin, la question de la gouvernance des ressources et de la répartition des bénéfices avec les populations locales reste un enjeu central pour la stabilité sociale.
Le gisement Calao illustre la montée en puissance d’une approche plus souveraine et intégrée des ressources énergétiques en Afrique de l’Ouest. Alors que la région fait face à une demande croissante et à des défis climatiques, ce projet pose la question du rôle du gaz comme énergie de transition et des conditions nécessaires pour que les peuples en tirent un bénéfice durable. Les prochains mois seront décisifs pour juger de la capacité de la Côte d’Ivoire à concrétiser cette ambition dans un environnement global incertain.