Depuis l'entrée en guerre des États-Unis contre l'Iran fin février, le baril de pétrole s'échange régulièrement au-dessus de 100 dollars, provoquant une hausse mécanique des coûts d'importation pour les pays de l'UEMOA. Face à cette pression, la Côte d'Ivoire et le Bénin viennent de relever leurs prix à la pompe, rejoignant le Mali et la Guinée-Bissau. Ce choc pétrolier expose les fragilités structurelles de l'Union économique et monétaire ouest-africaine et met à l'épreuve sa cohésion.

Le 30 avril 2026, deux arrêtés distincts ont officialisé la hausse des tarifs des produits pétroliers en Côte d'Ivoire et au Bénin, applicables dès le 1er mai. En Côte d'Ivoire, le super sans-plomb passe de 820 à 875 FCFA le litre, une augmentation de 6,7 %. Au Bénin, l'essence et le gasoil ne grimpent que de 30 FCFA chacun (soit environ 4 %), tandis que le pétrole lampant bondit de 639 à 1 040 FCFA, soit une hausse de près de 63 %. Ces ajustements interviennent alors que, depuis le déclenchement du conflit en Iran, les prix du Brent et du WTI ont progressé d'environ 60 %, la perturbation du trafic dans le détroit d'Ormuz – par lequel transitait près de 20 % de la consommation mondiale de pétrole – ayant accentué la volatilité.

Cette flambée place les gouvernements de l'UEMOA face à un arbitrage classique mais douloureux entre équilibre budgétaire et préservation du pouvoir d'achat. Les caisses des États, déjà mises à rude épreuve par la pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine, supportent mal une hausse des subventions implicites ou explicites aux carburants. Pourtant, maintenir les prix artificiellement bas expose à un alourdissement de la dette publique et à des tensions fiscales. Le choix de la Côte d'Ivoire et du Bénin de procéder à des hausses contrastées – modérées pour les carburants courants, forte pour le pétrole lampant utilisé par les ménages les plus modestes – reflète une tentative de dosage social, mais aussi une absence de coordination régionale.

Au sein de l'UEMOA, seuls quatre États sur huit ont jusqu'à présent ajusté leurs prix. Le Sénégal, le Burkina Faso, le Niger et le Togo n'ont pas encore annoncé de révision, ce qui creuse un écart de facto entre les politiques énergétiques nationales. Cette divergence n'est pas nouvelle : la structure des prix à la pompe relève de la souveraineté nationale, et les critères de fixation varient d'un pays à l'autre (subventions, marges des distributeurs, taxes). Mais elle prend une acuité particulière dans le contexte actuel, car elle pourrait fragiliser la convergence macroéconomique nécessaire à la solidité de la zone monétaire. Un pays qui subventionne lourdement ses carburants voit ses comptes publics se dégrader, tandis que celui qui répercute la hausse risque de peser sur la consommation et la compétitivité.

Au-delà de l'urgence conjoncturelle, ce choc pétrolier interroge la dépendance quasi totale de l'UEMOA aux importations d'hydrocarbures – à l'exception notable du Sénégal, qui a commencé à produire du pétrole et du gaz en 2024. La région importe environ 70 % de ses besoins en produits pétroliers, et le baril à 100 dollars accroît mécaniquement le déficit courant. Les réserves de change, déjà sous pression, sont mises à contribution. Or, la banque centrale, la BCEAO, ne dispose que d'une marge de manœuvre limitée pour amortir le choc sans remettre en cause la parité fixe du franc CFA avec l'euro.

Les perspectives à moyen terme sont incertaines. Si le conflit iranien s'installe dans la durée, les prix du pétrole pourraient rester élevés, forçant les États à choisir entre des hausses plus marquées ou un recours accru à l'endettement. Certains analystes évoquent la possibilité d'une révision des mécanismes de fixation des prix dans le cadre de l'Union, mais une telle harmonisation se heurte aux différences de structures fiscales et à la sensibilité politique du carburant. Dans l'immédiat, la divergence des réponses nationales pourrait exacerber les disparités de pouvoir d'achat entre les citoyens de l'UEMOA et alimenter des tensions sociales, comme on l'a vu au Sénégal en 2023 lors de précédentes hausses.

La flambée pétrolière de 2026 agit comme un révélateur des fragilités de l'UEMOA : dépendance extérieure, hétérogénéité des politiques budgétaires, et limites de la coordination en période de stress. Au-delà des arbitrages immédiats, elle pose la question de la capacité de la région à construire une résilience énergétique collective, alors que la transition vers les énergies renouvelables reste balbutiante et que l'exploitation des hydrocarbures locaux (Sénégal, possiblement Côte d'Ivoire) ne suffira pas à court terme à inverser la tendance.