Le Togo a achevé l’exercice 2025 sans aucun arriéré de capital envers la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC), une performance qui le place aux côtés de la Côte d’Ivoire et du Ghana. Cette annonce, extraite du rapport d’activité 2025 de l’institution, intervient alors que l’Afrique de l’Ouest peine à concrétiser son intégration économique, comme en témoignent les 10 milliards de dollars de pertes annuelles liées au commerce informel. Au-delà du simple constat comptable, ce résultat interroge sur la capacité des États à honorer leurs engagements financiers régionaux.

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Le Togo, la Côte d’Ivoire et le Ghana sont les trois seuls États membres de la CEDEAO à afficher un bilan sans arriérés de capital auprès de la BIDC à fin 2025. Ce cercle restreint, issu du rapport d’activité 2025 de la banque, témoigne d’une discipline budgétaire remarquable dans un environnement ouest-africain marqué par des finances publiques souvent fragiles. Pour le Togo, qui accueille le siège de la BIDC à Lomé, cette performance renforce sa crédibilité auprès des investisseurs et consolide son positionnement comme hub financier régional.

Cette situation contraste fortement avec celle des douze autres pays de la communauté. Si la BIDC ne publie pas le détail des arriérés, l’écart suggère que de nombreux États peinent à respecter leurs échéances. Les causes sont multiples : déficits budgétaires chroniques, instabilité politique dans certains pays sahéliens, ou encore priorisation d’autres créanciers. Ce déséquilibre fragilise l’objectif même de la banque, conçue pour financer des projets structurants et soutenir le secteur privé.

Un contexte d’intégration laborieuse

Le rapport de la BIDC intervient dans un climat régional contrasté. D’un côté, la Banque affiche des indicateurs encourageants : son revenu d’exploitation a progressé de 17,12 %, son bénéfice de 13,28 % et le total de ses actifs de 21,15 %. De l’autre, l’intégration économique de la CEDEAO reste entravée par des barrières non tarifaires, des infrastructures défaillantes et un commerce informel qui représenterait près de 10 milliards de dollars de pertes annuelles pour les États. Le 51e anniversaire de la Communauté, célébré le 28 mai 2026, a rappelé ces défis persistants.

Le fait que seuls trois pays soient à jour de leurs remboursements à la BIDC révèle une fracture au sein de l’organisation. D’un côté, un pôle de stabilité relative — Togo, Côte d’Ivoire, Ghana — qui bénéficie d’une croissance soutenue et d’une gestion macroéconomique plus rigoureuse. De l’autre, des économies plus vulnérables, souvent dépendantes des matières premières ou secouées par des crises politiques. Cette dichotomie pourrait entraîner une intégration à deux vitesses, où les pays les plus solides avancent plus vite, creusant l’écart avec leurs voisins.

La BIDC comme levier de développement

La banque se veut le bras financier de la CEDEAO pour promouvoir le secteur privé, lutter contre la pauvreté et créer des emplois. Sa santé financière est donc cruciale. La progression de ses actifs et de ses bénéfices est un signal positif, mais sa capacité à prêter dépend du remboursement des emprunteurs. Si un nombre croissant d’États se retrouvent en défaut, la banque pourrait devoir restreindre ses financements, compromettant son ambition de devenir la première institution régionale d’investissement en Afrique.

Une opportunité pour le Togo

Pour Lomé, ce statut de bon payeur est un atout. Le pays a multiplié les réformes pour améliorer son climat des affaires et attirer les capitaux. La BIDC, basée dans la capitale, est un partenaire naturel. En étant exemplaire, le Togo espère renforcer son rôle de plaque tournante financière et logistique, à l’instar de ce qu’a réalisé le Ghana avec son port ou la Côte d’Ivoire avec son secteur bancaire. Cependant, cette stratégie pourrait être compromise si la communauté dans son ensemble ne suit pas, car l’intégration régionale reste une condition de la prospérité.

Au-delà des chiffres, la performance de la BIDC et le cas des trois États sans arriérés posent la question de la gouvernance régionale. Pour que la CEDEAO réalise ses objectifs, il faudra non seulement plus de discipline budgétaire, mais aussi des mécanismes de solidarité et de soutien aux pays en difficulté. L’année 2026, marquée par des échéances électorales et des tensions sécuritaires dans le Sahel, dira si la région parvient à conjuguer rigueur et cohésion.

L’exemple du Togo, de la Côte d’Ivoire et du Ghana montre que la discipline financière est possible, même dans un environnement complexe. Mais il souligne aussi le chemin qui reste à parcourir pour une véritable intégration régionale. La BIDC, en croissance, a les moyens de ses ambitions ; encore faut-il que tous les États membres s’engagent à respecter leurs devoirs, sous peine de voir le projet commun se fragmenter.