Le Port autonome de Dakar (PAD) a décroché la première place en Afrique subsaharienne et en Afrique de l'Ouest dans l'Indice de performance des ports à conteneurs (CPPI) 2025 de la Banque mondiale et S&P Global. Une reconnaissance qui intervient alors que le port affiche un bénéfice record de 27 milliards FCFA et engage des travaux de modernisation du Môle 4. Mais ce leadership régional se double d'un recul au classement mondial, passant de la 108e à la 144e place, signe que la compétitivité portuaire est un défi permanent dans un contexte de mutations logistiques accélérées.
Port de Dakar : n°1 en Afrique subsaharienne, mais un recul mondial
Le Port autonome de Dakar (PAD) décroche la première place en Afrique subsaharienne au classement CPPI 2025, avec un bénéfice record de 27 milliards FCFA. Pourtant, son rang mondial chute de 36 places. Un paradoxe qui illustre la pression concurrentielle sur les hubs ouest-africains.
- N°1 Afrique subsaharienne
- Bénéfice record : 27 milliards FCFA
- Modernisation Môle 4 en cours
- Port d’entrée stratégique ouest-africain
- Recul de 36 places au classement mondial
- Concurrence accrue (Tanger, Port Saïd, Djibouti)
- Critères d’efficacité plus exigeants
- Mutations logistiques accélérées
« Faire du Sénégal la porte d’entrée logistique de l’Afrique de l’Ouest »
Un classement qui distingue Dakar en Afrique subsaharienne
Le rapport CPPI 2025, qui évalue 403 ports à conteneurs dans le monde, place le Port de Dakar au 7e rang africain, derrière Tanger (Maroc), Port Saïd (Égypte) et Djibouti, mais en tête de l'Afrique subsaharienne. Cette performance, basée sur l'analyse de plus de 175 000 escales et 247 millions de mouvements de conteneurs, mesure le temps total passé au port, indicateur clé d'efficacité. Pour le PAD, ce résultat consacre sa stratégie d'investissement et d'innovation visant à faire du Sénégal « la porte d'entrée logistique de l'Afrique de l'Ouest ».
Des résultats financiers solides mais un recul mondial
L'exercice 2025 s'est soldé par un bénéfice de 27 milliards FCFA pour le PAD, témoignant d'une santé économique robuste. Pourtant, le rang mondial du port a chuté de 36 places par rapport à 2024 (108e à 144e). Ce paradoxe apparent s'explique par une concurrence accrue dans d'autres régions et par l'évolution des critères de l'indice, qui intègre désormais plus de ports et des benchmarks plus exigeants. Dakar reste performant en Afrique, mais doit accélérer sa modernisation pour ne pas perdre du terrain à l'échelle globale.
Les chantiers de modernisation : Môle 4 et Ndayane
Pour répondre à ces défis, le PAD a lancé en avril 2025 les travaux de modernisation du Môle 4, en partenariat avec le consortium Jambaar TPM. Ce chantier de 56 milliards FCFA, étalé sur douze mois, vise à transformer ce terminal, qui concentre déjà 20 % du trafic, en un hub logistique polyvalent et multimodal. L'objectif est de désengorger les services portuaires actuels et d'anticiper le transfert progressif des activités vers le futur port de Ndayane, dont les travaux se poursuivent. Ce nouveau port en eau profonde, situé à 50 km de Dakar, doit à terme absorber une part croissante du trafic et renforcer la capacité d'accueil de très grands porte-conteneurs.
Une dynamique régionale à deux vitesses
Le leadership de Dakar intervient dans un contexte ouest-africain contrasté. La Banque africaine de développement dessine une région à deux vitesses : les pays côtiers comme le Sénégal et la Côte d'Ivoire progressent, tandis que les pays enclavés peinent à attirer les investissements logistiques. Le port sénégalais capitalise sur sa position géographique et sur des réformes structurelles (modernisation douanière, numérisation des processus). Mais la concurrence d'Abidjan, de Lomé et de Tema (Ghana) reste vive. La récente décision du Togo de supprimer le visa pour tous les Africains pourrait faciliter le transit de marchandises vers les pays de l'hinterland, renforçant indirectement l'attractivité de son port.
Le défi de l'intégration régionale
Au-delà des performances individuelles, le classement de Dakar pose la question de l'intégration logistique en Afrique de l'Ouest. Si le port améliore sa connectivité, les corridors routiers et ferroviaires vers le Mali, le Burkina Faso ou le Niger restent sous tension. La Banque mondiale souligne que l'efficacité portuaire ne profite pleinement que si les maillons terrestres sont fluides. Le Sénégal mise sur le Train express régional (TER) et l'autoroute à péage pour fluidifier les liaisons, mais les goulets d'étranglement persistent, notamment aux postes frontières.
Une reconnaissance à consolider
Pour maintenir son rang, le PAD devra achever rapidement la modernisation du Môle 4 et accélérer le port de Ndayane, dont la mise en service est attendue d'ici 2028. Parallèlement, la digitalisation des procédures (guichet unique, tracking) et la formation des opérateurs sont des leviers essentiels. Le bénéfice record de 2025 offre une marge de manœuvre financière, mais les investissements à venir (estimés à plus de 300 milliards FCFA pour l'ensemble du projet Ndayane) nécessiteront un financement public-privé maîtrisé.
Le Port de Dakar illustre les paradoxes de la compétitivité portuaire africaine : leader régional mais en recul mondial, rentable mais sous pression d'investissements colossaux. Son avenir dépendra de sa capacité à conjuguer modernisation rapide et intégration régionale, alors que l'Afrique de l'Ouest cherche à structurer ses chaînes logistiques pour capter une part des échanges mondiaux. Le classement 2025 est un signal fort, mais la course contre la montre ne fait que commencer.