Le Sénégal a collecté 1 149,7 milliards FCFA de recettes budgétaires au premier trimestre 2026, soit 19,4% de l'objectif annuel. Une performance globalement en ligne avec les prévisions, mais qui met en lumière une dépendance croissante au secteur pétrolier. L'impôt sur les sociétés (IS) profite des paiements anticipés des opérateurs extractifs, tandis que la retenue à la source sur les revenus pétroliers (RAS pétrole) accuse un retard significatif, traduisant les défis d'une fiscalité encore en rodage.

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Les premiers mois de l’année 2026 confirment l’entrée du Sénégal dans une nouvelle ère pétrolière, avec des incidences contrastées sur le budget. Selon le Rapport trimestriel d’exécution du budget (RTEB) du ministère des Finances, les recettes fiscales atteignent 1 095,7 milliards FCFA, en progression de 14,1% sur un an. Cette dynamique est largement portée par l’impôt sur les sociétés (IS), et plus particulièrement par l’IS pétrolier. Ce dernier a rapporté 14,0 milliards FCFA grâce à des paiements anticipés d’opérateurs du secteur extractif, contribuant à un dépassement de la cible trimestrielle de l’IS total (111,3% de réalisation).

Une dépendance naissante aux hydrocarbures

L’embellie de l’IS pétrolier illustre un basculement progressif : le Sénégal, jusqu’ici importateur net d’hydrocarbures, commence à percevoir les premiers dividendes fiscaux de ses vastes réserves offshore. Le gisement de Sangomar, opéré par Woodside, et les projets gaziers comme Grand Tortue Ahmeyim (GTA) sont en phase de production ou sur le point de l’être. Mais les recettes actuelles proviennent surtout d’acomptes et de paiements anticipés, signe que les opérateurs ajustent leur trésorerie aux obligations fiscales. Ce phénomène n’est pas sans rappeler les expériences ghanéennes ou nigérianes, où les chocs pétroliers ont mis en évidence la volatilité des recettes extractives.

Parallèlement, hors pétrole, l’IS se maintient à 140,5 milliards FCFA, très proche de l’objectif de 138,3 milliards. Cela suggère que le tissu économique non extractif conserve une certaine résilience, soutenu par les secteurs traditionnels (télécoms, banques, BTP). Toutefois, la progression modérée de la collecte hors hydrocarbures interroge sur la capacité de l’État à élargir sa base fiscale.

Les fragilités de la RAS pétrole

Le point noir du trimestre réside dans l’impôt sur le revenu (IR), qui n’atteint que 82,7% de sa cible, avec une baisse de 12,6% par rapport au T1 2025. La cause principale est la retenue à la source sur les revenus pétroliers (RAS pétrole) : seulement 5,8 milliards FCFA ont été encaissés sur un objectif de 67,8 milliards. Cet écart colossal (91% de manque) révèle des difficultés de recouvrement, sans doute liées à la complexité des contrats pétroliers, aux délais de paiement des opérateurs, ou à des erreurs d’estimation budgétaire. En comparaison, les retenues sur salaires de la fonction publique sont conformes (13,1 milliards, 89,7% de la cible), témoignant d’une administration fiscale plus maîtrisée sur le secteur public.

Ce contraste entre un IS pétrolier dynamique et une RAS pétrole défaillante souligne un déséquilibre dans la conception même de la fiscalité pétrolière. Le Plan de redressement économique et social (PRES) mis en place par les autorités sénégalaises visait à renforcer la mobilisation des recettes, mais les nouvelles mesures peinent à produire les effets escomptés. La dépendance à un secteur encore en phase de montée en puissance expose le budget à des aléas techniques et conjoncturels.

Le défi de la diversification et de la prévisibilité

Dans le contexte régional ouest-africain, le Sénégal n’est pas isolé. Plusieurs États de la CEDEAO tentent d’optimiser la fiscalité extractive tout en diversifiant leurs bases. La Côte d’Ivoire, par exemple, mise sur l’agriculture et les services, tandis que le Ghana oscille entre or, cacao et pétrole. Le Sénégal, avec l’arrivée de recettes pétrolières et gazières, a l’opportunité de financer des infrastructures et des programmes sociaux, mais doit éviter les pièges de la malédiction des ressources : volatilité, mauvaise gestion, et aléa moral.

La performance du T1 2026, avec une progression de 11,9% des recettes totales, reste honorable. Mais les 19,4% de l’objectif annuel collectés en trois mois laissent présager des mois à venir tendus, surtout si la RAS pétrole ne se redresse pas. La prévisibilité des recettes est un enjeu majeur pour la programmation budgétaire, d’autant que les dépenses courantes (masse salariale, subventions) sont rigides.

L’exécution budgétaire sénégalaise illustre les promesses et les écueils d’une économie qui mise sur ses ressources extractives. La capacité de l’État à lisser ces aléas et à diversifier ses recettes sera cruciale pour la stabilité budgétaire à moyen terme.

Au-delà du chiffre global, le premier trimestre 2026 pose une question fondamentale : comment un pays émergent comme le Sénégal peut-il capitaliser sur son nouvel or noir sans reproduire les schémas de dépendance qui ont fragilisé d’autres économies de la région ? La réponse tiendra autant de la qualité de l’administration fiscale que de la sagesse des décisions politiques dans un environnement géopolitique mouvant.