Le FMI conditionne son nouveau programme d’appui au Sénégal à un audit externe par un cabinet privé international, une exigence supplémentaire après les ajustements budgétaires déjà réalisés. Pourtant, Dakar continue d’honorer ses échéances, y compris en devises, et a même procédé à des remboursements anticipés, gage d’une discipline de paiement rare dans la région. Entre une dette publique culminant à 132 % du PIB fin 2024 et un marché international fermé, le pays tente d’équilibrer crédibilité externe et financement domestique.

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Fin juin 2026, le programme du Fonds monétaire international (FMI) avec le Sénégal n’est toujours pas signé, malgré des mois de discussions. La dernière mission de l’institution a quitté Dakar sans accord, réclamant des « actions décisives supplémentaires ». Julie Kozack, directrice de la communication du FMI, a précisé le 25 juin que les échanges se poursuivaient, soulignant la nécessité d’une « compréhension commune des perspectives macroéconomiques, des besoins de financement et des priorités de réforme ». Parmi ces réformes figurent en bonne place le lancement d’un audit confié à un cabinet privé international, la finalisation de l’audit des arriérés de paiement et le renforcement des contrôles budgétaires.

Cette demande d’audit privé intervient dans un contexte de défiance persistante envers les chiffres officiels, depuis la découverte en 2024 d’écarts significatifs entre la dette déclarée et la dette réelle. Les autorités sénégalaises avaient alors entrepris une révision des comptes publics, menant à une perte d’accès aux euro-obligations. Le pays s’est tourné massivement vers le marché régional des titres de l’UEMOA, où il est devenu l’un des plus gros émetteurs. Cette stratégie, si elle évite le défaut, comporte des risques : absorption de l’épargne locale, hausse des taux d’intérêt et effet d’éviction sur l’investissement privé. Le ministre des Finances Cheikh Diba a reconnu en mai un premier trimestre 2026 « difficile », avec des recettes inférieures aux prévisions.

Paradoxalement, le FMI a salué la capacité du Sénégal à respecter ses échéances de dette, y compris en devises étrangères. Le pays a procédé à des remboursements anticipés : un coupon de 53,75 millions d’euros sur ses obligations 2037 et un paiement de 38,8 millions de dollars sur les obligations 2031, en plus d’une échéance majeure honorée en mars. Ce respect des deadlines contraste avec la situation d’autres pays africains comme le Ghana, qui vient de sortir de deux ans de programme FMI. La discipline de paiement sénégalaise renforce sa crédibilité, mais n’a pas suffi à débloquer l’accès aux marchés internationaux ni à lever l’exigence d’audit externe.

La situation sénégalaise illustre les attentes croissantes des institutions financières internationales en matière de transparence budgétaire en Afrique de l’Ouest. Le Ghana a dû se soumettre à des audits approfondis, et le Congo-Brazzaville sollicite un nouveau programme dans un climat similaire. Pour Dakar, l’enjeu est double : rassurer les créanciers multilatéraux tout en conservant une marge de manœuvre sur le marché régional. Le nouveau Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo, nommé en mai 2026, connaît bien ces négociations, ayant déjà accompagné des programmes FMI par le passé.

Au-delà des conditions posées, l’audit exigé ouvre un chantier technique complexe : il s’agit de certifier l’exhaustivité du stock de dettes, y compris celles contractées par les entreprises publiques et les collectivités locales. Un travail de longue haleine, alors que le pays doit aussi gérer un ratio dette/PIB de 132 % fin 2024, l’un des plus élevés d’Afrique subsaharienne. La poursuite du dialogue avec le FMI conditionne en partie la confiance des autres partenaires, qu’il s’agisse de la Banque africaine de développement (BADEA) ou des créanciers privés.

Le Sénégal navigue entre des exigences contradictoires : prouver sa solvabilité par des paiements réguliers tout en satisfaisant des appels à la transparence qui prennent du temps. Ce double impératif n’est pas propre à Dakar : dans une région où plusieurs pays (Ghana, Congo) sont engagés dans des programmes de normalisation budgétaire, la question de la confiance entre États africains et institutions multilatérales reste centrale. Le calendrier sénégalais – entre audits, élections et pression sociale – pourrait offrir un test grandeur nature des nouvelles conditions imposées par le FMI en Afrique de l’Ouest.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI) · Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI)