Le 15 août 2026, le Sénégal a augmenté les prix de l'essence et du gasoil de 70 et 75 francs CFA le litre, invoquant la flambée des cours mondiaux liée au conflit au Moyen-Orient. Cette décision, alors que le pays exploite le gisement de Sangomar depuis deux ans, relance le débat sur la souveraineté économique et la redistribution des revenus pétroliers. Elle illustre les contraintes structurelles qui pèsent sur les États ouest-africains, même producteurs d'hydrocarbures.

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Une hausse des prix qui interroge la souveraineté économique

L'ajustement des prix à la pompe, entré en vigueur le 15 août 2026, a été justifié par le gouvernement sénégalais par la hausse des cours mondiaux du pétrole, elle-même provoquée par le conflit déclenché au Moyen-Orient le 28 février 2026. Cette référence aux tensions géopolitiques internationales n'est pas anodine : elle rappelle que le Sénégal, malgré sa production pétrolière, reste dépendant des importations pour satisfaire sa consommation intérieure. Le gisement de Sangomar, opéré par Woodside, a certes permis au pays de devenir exportateur de brut, mais la capacité de raffinage locale demeure limitée, et les prix intérieurs suivent mécaniquement les cours mondiaux.

Un débat politique qui dépasse les clivages

La polémique politique qui a suivi cette hausse illustre les tensions entre le discours souverainiste du pouvoir et les réalités économiques. Le journaliste Idrissa Benjamin Sané, membre du parti Kiiraay, a vivement critiqué l'ancien Premier ministre Amadou Ba, qui imputait cette hausse au FMI et à un renoncement du gouvernement. Sané rappelle que même sous Ousmane Sonko, une hausse avait été jugée inévitable, et que la nationalisation des puits n'aurait pas mis le Sénégal à l'abri des fluctuations du marché. Cette prise de position, qui émane d'un parti proche de l'opposition, révèle les divisions internes sur la gestion des ressources naturelles et la stratégie économique à adopter.

L'or et le lithium : des trajectoires contrastées

Au-delà du pétrole, la région connaît une recomposition majeure de son secteur extractif. Les cours de l'or demeurent soutenus, et la production aurifère malienne a connu un redressement spectaculaire : 23,5 tonnes au premier semestre 2026, soit une hausse de 30 % sur un an, dépassant les prévisions gouvernementales. Ce rebond fait suite à une année 2025 difficile, où la production industrielle était tombée à 42,2 tonnes, contre un record de 66,5 tonnes en 2023. La reprise de Loulo-Gounkoto, le complexe de Barrick, après un différend avec l'État malien sur l'application du Code minier de 2023, a été déterminante : le site a produit 6,9 tonnes au premier semestre 2026, plus que sur l'ensemble de l'année précédente.

À l'inverse, le lithium, après une chute entre 2023 et 2025, a rebondi de plus de 30 % avant de refluer à nouveau. Les dernières prévisions de BMI, filiale de Fitch Solutions, tempèrent l'optimisme : un recul des cours est attendu dès le second semestre 2026, et Benchmark Mineral Intelligence anticipe un retournement du marché à partir de 2027. L'Afrique accélère pourtant sa montée en puissance dans la production mondiale, portée par des gisements au Mali, en Côte d'Ivoire et au Ghana. Cette embellie pourrait être de courte durée, alors que l'offre mondiale de lithium devrait progresser de 13,2 % en 2026, contre une demande en hausse de seulement 5,8 %, selon Fitch.

Hydrocarbures : une nouvelle donne régionale

Parallèlement, la montée en puissance de la production de gaz naturel GTA Sénégal Mauritanie et le pétrole Sénégal Sangomar transforment les perspectives économiques de la sous-région. Le Sénégal, qui a lancé l'exploitation de son champ pétrolier en 2024, voit ses revenus pétroliers alimenter un fonds intergénérationnel, mais aussi des débats sur la redistribution. La Mauritanie, de son côté, mise sur le gaz pour diversifier son économie et attirer les investissements étrangers. Ces projets, longtemps retardés, sont désormais à un stade où les enjeux de souveraineté énergétique régionale deviennent centraux.

Une concurrence accrue pour les investissements

Le regain d'intérêt des compagnies internationales pour le sous-sol ouest-africain, visible depuis juin, confirme l'importance stratégique de la région. Les acquisitions de permis d'exploration par les majors, notamment dans l'or, exacerpent les tensions autour de l'orpaillage illégal au Burkina Faso et au Mali, qui échappe aux circuits officiels et prive les États de recettes substantielles. Cette ruée vers les ressources naturelles, qu'il s'agisse d'hydrocarbures ou de métaux, s'accompagne de revendications de souveraineté accrues, comme en témoigne le différend entre le Mali et Barrick.

Ces évolutions contrastées – hausse des prix à la pompe au Sénégal, rebond de l'or malien, volatilité du lithium – dessinent un tableau nuancé de l'Afrique de l'Ouest. La région cherche à convertir ses ressources en leviers de développement, mais elle reste exposée aux fluctuations des marchés mondiaux et aux tensions géopolitiques. La question de la redistribution des revenus extractifs et de la souveraineté économique demeure centrale, et les choix opérés dans les prochaines années détermineront si ces richesses profitent durablement aux populations.