L’élection de Mme Léna Tall Faye à la présidence du Syndicat National des Bâtiments et Travaux Publics (SNBTP) le 21 juillet 2026 marque une première dans l’histoire du patronat du BTP au Sénégal. Cette nomination intervient dans un contexte de renouvellement des instances patronales, avec la promotion du président sortant Abdel Kader Ndiaye à la tête de la Confédération Nationale des Employeurs du Sénégal (CNES). Au-delà du symbole, ce changement révèle les dynamiques de diversification et de féminisation des élites économiques sénégalaises.
Une femme à la tête du BTP sénégalais
Le patronat se réinvente : féminisation et renouvellement des élites économiques
Les acteurs du renouveau patronal
🔑 Les enjeux du mandat
- ➜ Compétitivité face aux grands projets (TER, autoroutes, nouvelles villes)
- ➜ Normalisation et durabilité du secteur
- ➜ Féminisation des instances patronales : une première historique
Chronologie du renouvellement
Avant juillet 2026
Abdel Kader Ndiaye préside le SNBTP (plusieurs mandats)
Juillet 2026
Ndiaye promu à la tête de la CNES (confédération patronale)
21 juillet 2026
Léna Tall Faye élue présidente du SNBTP
Première femme à diriger le syndicat du BTP
« Au-delà du symbole, ce changement révèle les dynamiques de diversification et de féminisation des élites économiques sénégalaises. »
— Extrait de l’article Cauris
6,3%
IDE (% du PIB)
7,9%
Croissance du PIB réel
Le SNBTP, affilié à la CNES, regroupe les entreprises du bâtiment et des travaux publics, un secteur stratégique pour l’économie sénégalaise, représentant environ 8 % du PIB et employant des milliers de travailleurs. L’élection de Léna Tall Faye, PDG de Delta Sa, à sa tête est donc un événement qui dépasse le simple remplacement d’un dirigeant. Elle s’inscrit dans une logique de continuité et de renouvellement : Abdel Kader Ndiaye, après plusieurs mandats à la tête du SNBTP, a été promu à la présidence de la CNES, laissant la place à une figure reconnue pour son expertise sectorielle et son leadership.
Cette succession intervient alors que le secteur de la construction sénégalais connaît une phase de transformations profondes. Porté par les grands projets d’infrastructure – autoroutes, train express régional, nouvelles villes – le BTP fait face à des défis de compétitivité, de normalisation et de durabilité. La nouvelle présidente aura pour mission de piloter les chantiers stratégiques du syndicat, de renforcer la dynamique de croissance des entreprises membres et de défendre leurs intérêts dans un environnement marqué par une concurrence accrue, notamment chinoise et marocaine.
Mais c’est surtout la dimension de genre qui retient l’attention. Dans un secteur historiquement masculin, l’accession d’une femme à la présidence du SNBTP constitue une rupture. Si les femmes entrepreneurs sont de plus en plus visibles au Sénégal – notamment dans le commerce, les services ou l’agriculture – leur présence dans les instances dirigeantes du BTP restait marginale. Léna Tall Faye rejoint ainsi un cercle encore restreint de femmes à la tête d’organisations patronales en Afrique de l’Ouest, où les exemples demeurent rares.
Ce phénomène s’inscrit dans une évolution plus large du patronat sénégalais. La CNES elle-même, désormais présidée par Abdel Kader Ndiaye, cherche à rajeunir et diversifier ses instances. L’élection de Tall Faye pourrait encourager d’autres secteurs à suivre cette voie, d’autant que les politiques publiques, notamment le Plan Sénégal Émergent, intègrent des objectifs de parité et d’inclusion.
Dans la sous-région, cette nomination envoie un signal positif. Au sein de l’UEMOA, les organisations patronales peinent encore à refléter la diversité de leurs membres. Si la Côte d’Ivoire a vu émerger des femmes à la tête de certaines fédérations, le BTP reste dominé par des hommes. Le Sénégal, avec cette première, pourrait devenir un exemple de bonne pratique dans un secteur clé pour l’intégration régionale et le développement des infrastructures.
En accédant à la présidence du SNBTP, Léna Tall Faye ne fait pas seulement tomber un plafond de verre : elle ouvre la voie à une conception plus inclusive du leadership dans le BTP. Reste à voir comment cette impulsion se traduira concrètement dans les politiques du syndicat, notamment en matière de formation, d’accès au financement et de représentation des femmes dans la filière. Une question qui dépasse le seul Sénégal et interroge l’ensemble des pays de la région sur leur capacité à intégrer pleinement la moitié de leur population active dans les rouages de l’économie.