Le Front pour une révolution anti-impérialiste populaire et panafricaine (FRAPP) a interpellé les députés sénégalais à la veille du Débat d’orientation budgétaire, exigeant que la dette publique, les relations avec le FMI et la monnaie soient au centre des discussions. Cette intervention survient alors que le Document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle (DPBEP) 2027-2029 prévoit un remboursement de 18 709,7 milliards de francs CFA, fragilisant les capacités d’investissement de l’État. Depuis la révélation des révisions budgétaires de 2024, le Sénégal a perdu l’accès aux eurobonds et se tourne désormais massivement vers le marché régional de l’UEMOA, renforçant les interrogations sur sa souveraineté financière.

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Un débat qui cristallise les tensions budgétaires

Le timing du communiqué du FRAPP n’est pas anodin. Alors que le gouvernement s’apprête à présenter le projet de loi de finances rectificative, l’organisation remet en cause la sincérité des prévisions budgétaires, qu’elle juge « trop optimistes » depuis l’examen de la loi de finances 2026. Cette défiance fait écho aux révisions comptables de 2024, qui avaient révélé un déficit bien plus lourd que celui annoncé, privant le Sénégal de l’accès aux eurobonds et le contraignant à se refinancer sur le marché des titres publics de l’UEMOA. En quelques mois, le pays est passé d’un emprunteur international solvable à un acteur dépendant des liquidités régionales, un basculement qui alimente les craintes sur sa marge de manœuvre.

Le lourd héritage des révisions budgétaires

Les 18 709,7 milliards de francs CFA de remboursement prévus sur 2027-2029 illustrent le poids de cet héritage. Ce montant, issu du DPBEP, représente près de trois fois le budget annuel de l’État. Selon le FRAPP, il « réduit considérablement les marges de manœuvre de l’État pour financer les investissements publics » dans la santé, l’éducation ou l’agriculture. Le report à 2029 de l’objectif de déficit à 3 % du PIB est perçu comme un aveu d’échec, tandis que le gouvernement mise sur un nouvel accord avec le FMI pour restaurer la crédibilité. Mais les conditions posées par l’institution – ajustements budgétaires, réformes structurelles – pourraient entrer en conflit avec les priorités sociales.

La stratégie gouvernementale sous pression du FMI

Le FRAPP accuse le FMI de « multiplier les exigences » et redoute qu’il ne prépare une restructuration de la dette sénégalaise. Cette crainte n’est pas isolée : au Congo-Brazzaville, une demande de nouveau programme a été officiellement adressée au FMI en mai 2026, tandis que le Ghana sortait tout juste de sa facilité de crédit. Dans ce contexte régional contrasté, le Sénégal semble pris entre deux logiques : d’un côté, la nécessité de rassurer les créanciers par une discipline budgétaire ; de l’autre, la pression sociale pour maintenir les dépenses. L’absence de référence à un projet monétaire dans le DPBEP, déplorée par le FRAPP, ajoute une dimension politique : la souveraineté monétaire, dans une zone CFA encore largement dépendante de la France, devient un enjeu central.

Une souveraineté monétaire en question

L’appel du FRAPP à défendre la souveraineté nationale contre une « restructuration pilotée par le FMI » dépasse le simple cadre budgétaire. Il s’inscrit dans un mouvement plus large de contestation des conditionnalités du FMI en Afrique de l’Ouest, où plusieurs pays – Mali, Burkina Faso – ont pris leurs distances avec les institutions de Bretton Woods. Si le Sénégal reste encore engagé dans une relation de coopération, la virulence du ton suggère que l’équilibre pourrait basculer. La transformation du marché de l’UEMOA en une « bouée de sauvetage » pourrait à terme renforcer la dépendance régionale, mais aussi ouvrir la voie à des réformes monétaires que certains appellent de leurs vœux.

Le débat d’orientation budgétaire qui s’ouvre à Dakar dépasse ainsi les seuls chiffres. Il pose la question de la capacité d’un État endetté à préserver ses marges de décision face aux créanciers internationaux et aux institutions financières. À l’heure où le Ghana tourne la page du FMI et où d’autres pays de la région négocient de nouveaux accords, le Sénégal cherche sa voie entre austérité et souveraineté. L’issue de ce bras de fer pourrait redéfinir les relations entre les États ouest-africains et les bailleurs de fonds pour les années à venir.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI)