La 10ᵉ édition de la Conférence Euro-Africaine en Finance et Économie (CEAFE) se tiendra les 5 et 6 juin 2026 à Settat, au Maroc, réunissant chercheurs et décideurs autour des transformations économiques contemporaines. Dans un contexte ouest-africain marqué par la fin du programme FMI au Ghana, les tensions inflationnistes et la quête de nouveaux moteurs de croissance, cet événement académique offre une grille de lecture pour décrypter les enjeux régionaux. Alors que les économies de la CEDEAO et de l’UEMOA cherchent à conjuguer stabilité macroéconomique et transformation structurelle, les thématiques de la conférence – politique monétaire, soutenabilité des finances publiques, transition numérique – résonnent directement avec les priorités des États côtiers.
Académie & défis économiques
La 10ᵉ édition de la CEAFE (5-6 juin 2026, Settat) décrypte les transformations ouest-africaines : fin du programme FMI au Ghana, tensions inflationnistes, quête de croissance.
Un rendez-vous académique au cœur des mutations régionales
La CEAFE 2026, organisée par l’Université Hassan Premier de Settat, se présente comme un espace de réflexion sur les « grands défis économiques et financiers » de l’Afrique, de l’Europe et du bassin méditerranéen. Son programme, qui aborde aussi bien la politique monétaire que la modélisation des cycles économiques, intervient à un moment charnière pour l’Afrique de l’Ouest. Le Ghana vient de conclure son programme de Facilité élargie de crédit avec le FMI, officialisant une sortie sous conditions qui laisse entrevoir les fragilités persistantes de l’endettement public. Simultanément, la Côte d’Ivoire poursuit sa stratégie de promotion des investissements, comme en témoigne l’invitation lancée par le Premier ministre Beugré Mambé lors de l’Africa CEO Forum 2026 à Kigali.
Ces deux mouvements illustrent une tension régionale : d’un côté, la nécessité de rétablir des équilibres budgétaires et monétaires ; de l’autre, l’ambition d’attirer des capitaux pour financer une croissance durable. Les travaux de la CEAFE, en croisant approches théoriques et expériences concrètes, offrent un cadre pour évaluer la pertinence des politiques menées. Les sessions consacrées à l’économie publique et à la soutenabilité des finances publiques devraient notamment éclairer comment les États ouest-africains peuvent concilier désendettement et investissement.
Inflation, numérique et résilience : les nouveaux chantiers ouest-africains
Les tensions inflationnistes, qui ont frappé l’ensemble de la zone UEMOA ces dernières années, figurent au cœur des discussions. La politique monétaire de la BCEAO, confrontée à la hausse des prix alimentaires et énergétiques, sera questionnée à l’aune des expériences européennes et méditerranéennes. Parallèlement, la transition numérique, thème récurrent de la conférence, trouve un écho particulier dans les initiatives ivoiriennes récentes, comme le lancement du salon des téléphones et applications mobiles à Abidjan. Ce dernier vise à structurer une filière numérique mobile, tandis que le Sénégal cherche à dynamiser son tourisme via des répertoires culturels.
La conférence aborde également les défis environnementaux et l’économie verte, des sujets encore émergents dans les politiques ouest-africaines. Alors que les pressions sur les ressources naturelles s’intensifient – l’orpaillage illégal en Côte d’Ivoire en est une illustration –, les chercheurs présents à Settat pourront apporter des éléments de modélisation pour évaluer l’impact des activités extractives et proposer des trajectoires de transition. L’économétrie appliquée, mentionnée dans le programme, pourrait ainsi servir à mieux anticiper les risques financiers liés au changement climatique.
En définitive, la CEAFE 2026 ne se limite pas à un exercice académique : elle entend « produire un impact réel » sur les décisions publiques. Pour les économies ouest-africaines, cette ambition est d’autant plus pertinente que les politiques de relance post-pandémie et de réforme structurelle sont aujourd’hui à un tournant. L’événement de Settat pourrait contribuer à affiner les diagnostics et à éclairer les choix stratégiques, dans une région où la croissance démographique et les aspirations sociales imposent une recherche permanente de nouveaux modèles.
La tenue de cette dixième édition au Maroc, pays-pont entre l’Afrique et l’Europe, souligne l’importance des passerelles académiques dans la compréhension des dynamiques régionales. Pour l’Afrique de l’Ouest, confrontée à des défis conjoncturels immédiats (dette, inflation) et structurels (numérique, climat), les échanges de Settat pourraient nourrir une réflexion collective sur la résilience et l’innovation institutionnelle. Reste à savoir si ces recommandations académiques trouveront un écho dans les politiques concrètes menées à Dakar, Abidjan ou Accra.