Le Sénégal et le Fonds monétaire international ont annoncé, mardi 1er septembre, un accord préliminaire portant sur un programme de 2,2 milliards de dollars sur trois ans, marquant la fin de deux années de gel des financements. Cet accord, conclu au terme d'une mission de deux semaines à Dakar, intervient après la découverte en 2024 d'une dette cachée de plus de 11 milliards de dollars. Il représente un test décisif pour la crédibilité retrouvée du pays, qui s'engage également dans une restructuration de sa dette via le Cadre commun du G20.

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L'accord conclu entre Dakar et Washington met un terme à vingt-deux mois de négociations difficiles. La mission conduite par Mercedes Vera Martin, cheffe de mission du FMI pour le Sénégal, a duré deux semaines, soit près du triple de la précédente, signe de la complexité des discussions. Le programme, qui sera soumis au conseil d'administration du FMI, prévoit un décaissement de 2,2 milliards de dollars au titre de la Facilité élargie de crédit, représentant 475 % de la quote-part du Sénégal. Il succède à la facilité de 1,8 milliard suspendue en 2024, lorsque l'administration de Bassirou Diomaye Faye a révélé l'existence d'engagements financiers non déclarés contractés entre 2019 et 2024 par le pouvoir précédent.

Cette révélation avait porté la dette publique réelle à environ 132 % du PIB fin 2024, plaçant le Sénégal parmi les États les plus endettés du continent. Les montants dissimulés, estimés par le FMI à plus de 11 milliards de dollars, ont provoqué une perte d'accès aux marchés de capitaux internationaux et contraint le pays à recourir à des financements régionaux et structurés, notamment des swaps à rendement total. L'accord actuel, qui intervient après des mois de discussions sur les conditions, est assorti de mesures correctives décisives, notamment une dérogation pour la déclaration incorrecte, condition préalable à l'approbation du conseil d'administration.

Une économie à deux vitesses

L'accord intervient dans un contexte économique contrasté. L'économie sénégalaise a progressé de 6,7 % en 2025, portée par la première année complète de production pétrolière. Toutefois, la croissance hors hydrocarbures a ralenti à 2,2 % en 2025, avant de rebondir à 4,7 % au premier trimestre 2026, soutenue par une forte consommation privée. Cette reprise, bien que réelle, reste fragile et dépend largement des secteurs non pétroliers. Le FMI souligne la nécessité de mesures correctives pour consolider la soutenabilité budgétaire et restaurer la confiance des investisseurs.

Le gouvernement sénégalais a parallèlement annoncé son intention de recourir à une version améliorée du Cadre commun du G20 pour restructurer sa dette. Cette décision, qui s'inscrit dans la lignée des mécanismes de traitement de la dette mis en place pour les pays à faible revenu, vise à alléger un fardeau devenu insoutenable. Elle reflète une tendance plus large en Afrique de l'Ouest, où plusieurs pays cherchent à rééquilibrer leurs relations financières avec les institutions de Bretton Woods et les créanciers privés.

Un signal pour la région

Cet accord intervient dans un contexte régional marqué par une intensification des partenariats stratégiques. La tournée africaine du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, en juillet 2026, a confirmé l'évolution de la stratégie de Moscou sur le continent, notamment dans le domaine minier. Parallèlement, la Guinée s'impose comme une économie prometteuse, attirant des investissements dans les barrages hydroélectriques. Ces dynamiques redessinent la carte des alliances économiques en Afrique de l'Ouest, où la CEDEAO cherche à renforcer son intégration régionale.

La Banque d'investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC) a d'ailleurs vu sa note relevée par Moody's de B2 à B1 en août 2026, avec une perspective stable, signe d'une amélioration de la confiance dans les institutions régionales. Ce relèvement, couplé à l'accord Sénégal-FMI, pourrait encourager d'autres pays de la zone à s'engager dans des réformes similaires, dans un contexte de resserrement des conditions financières mondiales.

Les enjeux de la crédibilité

L'accord préliminaire n'est toutefois qu'une première étape. Il reste subordonné à l'approbation du conseil d'administration du FMI, qui examinera la mise en œuvre des mesures correctives. La dérogation demandée par les autorités sénégalaises dans le dossier de la déclaration incorrecte sera un test décisif de la volonté de transparence du gouvernement. Si elle est accordée, elle enverra un signal fort aux investisseurs et aux partenaires financiers, mais elle exigera aussi des réformes structurelles profondes, notamment en matière de gouvernance et de gestion de la dette.

Le Sénégal, qui a longtemps été considéré comme un modèle de stabilité en Afrique de l'Ouest, joue ici sa crédibilité. La réussite de ce programme pourrait non seulement rétablir l'accès aux marchés internationaux, mais aussi renforcer la position du pays comme hub régional. À l'inverse, un échec pourrait avoir des répercussions sur l'ensemble de la région, où la confiance des investisseurs reste fragile, comme en témoigne la prudence des agences de notation et des bailleurs de fonds.

L'accord préliminaire entre le Sénégal et le FMI s'inscrit dans un mouvement plus large de normalisation des relations financières en Afrique de l'Ouest, où la transparence et la soutenabilité de la dette deviennent des critères centraux. Alors que la CEDEAO renforce son intégration économique et que de nouveaux partenaires stratégiques émergent, la capacité des États à restaurer leur crédibilité déterminera leur capacité à attirer des financements durables. L'issue des négociations avec le FMI, et la mise en œuvre des réformes qui en découleront, seront observées de près par l'ensemble des acteurs économiques de la région.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI)