Le 8 mai 2026, l’Observatoire national de la communication (ONC) du Niger a annoncé la suspension de neuf médias étrangers, dont France 24, RFI, TV5 Monde et Jeune Afrique, accusés de diffuser des contenus « susceptibles de mettre gravement en péril l’ordre public ». Cette mesure intervient quelques jours après une interdiction similaire de TV5 Monde au Burkina Faso. Elle marque une nouvelle étape dans le durcissement du contrôle de l’information par les régimes militaires de la région, qui cherchent à verrouiller le récit sur leur transition politique et sécuritaire.
Un nouveau tour de vis sur l’information
L’Observatoire national de la communication (ONC) suspend neuf médias étrangers, accusés de menacer « l’ordre public ». Une mesure qui s’inscrit dans une dynamique régionale de contrôle du récit politique.
Arrivée des autorités militaires — Suspension de RFI et France 24.
Interdiction de la BBC — la liste des médias étrangers bannis s’allonge.
France 24 et RFI interdites par les autorités militaires maliennes.
Suspension de TV5 Monde pour « désinformation ».
Suspension de 9 médias étrangers dont France 24, RFI, TV5 Monde, Jeune Afrique, Mediapart, TF1 Info, AFP.
Les ressorts du contrôle
France 24, RFI, TV5 Monde, Jeune Afrique, Mediapart, TF1 Info, AFP, BBC (déc. 2024) et d’autres.
Mali (2022), Burkina Faso (mai 2026), Niger (2023-2026) : les juntes verrouillent le récit.
Aucun contenu précis cité. Les ONG (RSF) dénoncent une tentative d’étouffer les voix critiques.
Acteurs & tensions
« Une tentative d’étouffer toute voix critique face à un régime qui peine à légitimer son pouvoir. »
— Reporters sans frontières (RSF), à propos de la suspension
Cette décision n’est pas une surprise. Dès leur arrivée au pouvoir en juillet 2023, les autorités nigériennes avaient suspendu RFI et France 24, avant d’interdire la BBC en décembre 2024. La liste s’allonge aujourd’hui avec des médias français, mais aussi d’autres comme Mediapart, TF1 Info ou encore l’agence AFP. Le motif invoqué – la préservation de l’ordre public et de la cohésion sociale – reste vague, aucun contenu précis n’étant cité. Les ONG de défense de la liberté de la presse, comme Reporters sans frontières, y voient une tentative d’étouffer toute voix critique face à un régime qui peine à légitimer son pouvoir.
Le geste nigérien s’inscrit dans une dynamique régionale. Au Burkina Faso, les autorités militaires ont suspendu TV5 Monde le 5 mai 2026 pour « désinformation ». Au Mali, France 24 et RFI ont été interdites dès 2022. Ces trois pays, dirigés par des juntes militaires issues de coups d’État, partagent une défiance commune envers les médias occidentaux, perçus comme relais d’une influence étrangère hostile, notamment française. Cette convergence traduit une volonté de construire un espace médiatique « souverain » aligné sur les priorités des régimes – lutte antiterroriste, discours nationaliste et rapprochement avec de nouveaux partenaires comme la Russie.
Au-delà de la question de la liberté de la presse, ces suspensions soulèvent des enjeux économiques et politiques. La région sahélienne est déjà fragilisée par une insécurité persistante et une crise humanitaire. La restriction de l’accès à une information indépendante peut dégrader davantage la perception des investisseurs et des bailleurs de fonds internationaux, déjà réticents à s’engager dans des contextes où l’État de droit est malmené. Par ailleurs, ces mesures accentuent la rupture diplomatique avec la France et l’Union européenne, dont les médias sont les premiers visés, compromettant tout dialogue sur des dossiers clés comme la coopération sécuritaire ou le développement économique.
Cette nouvelle salve de suspensions interroge sur l’avenir de l’espace médiatique en Afrique de l’Ouest. Alors que la CEDEAO et l’UEMOA peinent à faire respecter leurs principes démocratiques, le verrouillage de l’information par les régimes militaires sahéliens pourrait s’étendre à d’autres pays, redessinant les équilibres régionaux autour d’un modèle autoritaire de communication.