La Banque ouest-africaine de développement (BOAD) a accordé au Mali 92,36 milliards FCFA pour des projets d’infrastructures scolaires et une centrale solaire, tandis que le Sénégal accélère la réforme de son administration douanière avec l’appui de la Banque mondiale. Ces annonces, intervenues début juillet 2026, illustrent deux approches complémentaires de la planification du développement en Afrique de l’Ouest : l’investissement direct dans les secteurs sociaux et énergétiques, et le renforcement des capacités de mobilisation des ressources intérieures.

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## Des investissements structurants pour le capital humain et l’énergie

Le 3 juillet, en marge du conseil des ministres de l’UEMOA à Ouagadougou, la BOAD a signé avec les autorités maliennes deux accords de prêt totalisant 92,36 milliards FCFA. Le premier volet, d’un montant de 48 milliards FCFA, vise à améliorer l’accès et la qualité de l’éducation secondaire et technique. Il prévoit la construction de 15 lycées, l’extension de 12 établissements existants, la création de cinq instituts de formation des maîtres, ainsi que la fourniture de près de 13 400 tables-bancs. À terme, ce programme générera plus de 43 500 places dans le secondaire général et 5 500 dans l’enseignement technique et professionnel, tout en créant plus de 3 500 emplois directs pendant les travaux. Le second projet, doté de 44,36 milliards FCFA, concerne la construction d’une centrale solaire photovoltaïque de 50 MWc avec stockage à Tiétiguila, dans la région de Koulikoro. Ces investissements portent le total des engagements de la BOAD au Mali à 1 077,629 milliards FCFA, soulignant le rôle clé de l’institution régionale dans le financement des infrastructures de base.

## La réforme douanière sénégalaise : un levier de souveraineté financière

Parallèlement, le Sénégal poursuit la modernisation de son administration douanière dans le cadre du Programme de financement axé sur les résultats (PforR) soutenu par la Banque mondiale. Le 3 juillet, à Dakar, le directeur général des Douanes, Babacar Mbaye, et la directrice régionale de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, Yaye Seynabou Sakho, ont fait le point sur ce dispositif qui lie les décaissements à l’atteinte d’indicateurs de performance. L’objectif est d’accroître la mobilisation des recettes intérieures, un enjeu crucial pour réduire la dépendance aux financements extérieurs et assurer la soutenabilité des finances publiques. Cette réforme s’inscrit dans une tendance régionale où plusieurs États cherchent à améliorer l’efficacité de leur fiscalité, confrontés à des marges de manœuvre budgétaires limitées par un endettement croissant et des chocs exogènes.

## Complémentarité et défis de la planification

Ces deux annonces, bien que distinctes, révèlent une stratégie de développement à plusieurs vitesses. D’un côté, le Mali mise sur des investissements lourds dans l’éducation et l’énergie, secteurs qui conditionnent la productivité future et l’attractivité du pays. De l’autre, le Sénégal privilégie l’amélioration de la gouvernance fiscale pour financer ses propres politiques. La combinaison de ces approches est nécessaire : sans réformes internes, l’aide extérieure risque de créer une dépendance ; sans investissements structurants, les réformes fiscales peinent à trouver un débouché économique. La présence de la BOAD et de la Banque mondiale dans ces deux projets illustre le rôle central des institutions multilatérales dans l’accompagnement des États ouest-africains, mais pose aussi la question de la coordination entre les différents bailleurs et de l’alignement sur les priorités nationales.

## Une insertion dans les dynamiques régionales

Ces initiatives s’inscrivent dans un contexte régional marqué par une inflation persistante (15,7 % en avril 2026 selon la Banque mondiale) et des tensions sur les finances publiques. Le lancement du gazoduc atlantique Nigeria-Maroc, évoqué en mai 2026, renforce l’importance de la transformation énergétique, tandis que l’appel de la BAD à mobiliser davantage d’investissements privés, lors du Tunisia Investment Forum, souligne le besoin de diversifier les sources de financement. La réforme douanière sénégalaise et les projets maliens répondent à des urgences différentes, mais participent d’un même mouvement : renforcer la résilience des économies ouest-africaines face aux chocs extérieurs et aux défis démographiques.

Alors que la zone UEMOA cherche à harmoniser ses politiques économiques, les choix du Mali et du Sénégal montrent que la planification du développement emprunte des voies multiples. L’efficacité de ces stratégies dépendra de leur capacité à attirer des financements complémentaires, à générer des retombées locales et à s’inscrire dans une vision régionale cohérente. La question demeure de savoir si ces efforts parviendront à inverser les tendances structurelles qui limitent la transformation économique de l’Afrique de l’Ouest.