Le 5 juin 2026, la Guinée a officiellement lancé le pilier agricole du programme Simandou 2040, marquant une inflexion majeure dans la stratégie de développement du pays. Alors que le mégaprojet d’extraction de fer suscitait jusqu’ici toutes les attentions, ce volet agricole témoigne d’une volonté de bâtir une économie plus équilibrée. La ministre de l’Agriculture, Aminata Kaba, a dévoilé cinq programmes structurants pour valoriser les 13,7 millions d’hectares de terres arables du pays, dans le sillage des accords récents avec Rio Tinto et Chinalco.

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L’événement s’est tenu au Palais du Peuple à Conakry, en présence de membres du gouvernement et du Guinea Development Board. Il officialise l’intégration de l’agriculture dans le cadre de Simandou 2040, un programme qui dépasse désormais le seul secteur minier pour embrasser une vision de développement national. La ministre Aminata Kaba a insisté sur le lien entre souveraineté alimentaire et souveraineté nationale, reprenant un discours porté par le président Mamadi Doumbouya. Ce recentrage intervient alors que les premiers jalons du projet Simandou se concrétisent, avec des événements marquants en mai 2026 : le forum de la coentreprise Rio Tinto SimFer le 14 mai et la signature d’un protocole d’accord avec l’Agence Guinéenne d’Électrification Rurale le 11 mai.

De la mine aux champs : la logique d’un virage stratégique

L’extension du programme Simandou à l’agriculture n’est pas anodine. Elle traduit une prise de conscience que les richesses minières, si elles ne sont pas réinvesties dans d’autres secteurs, risquent de perpétuer une économie de rente vulnérable aux chocs externes. Les 13,7 millions d’hectares de terres arables guinéennes, largement sous-exploités, offrent un potentiel considérable pour réduire la dépendance aux importations alimentaires et créer des emplois. La ministre a ainsi présenté cinq programmes visant à moderniser les filières rizicole, maraîchère, arboricole et d’élevage, avec un accent sur l’industrialisation et la compétitivité.

Cependant, la mise en œuvre de ces ambitions se heurte à des défis structurels bien connus en Afrique de l’Ouest : faible mécanisation, accès limité au crédit, déficits d’infrastructures rurales et foncier souvent non sécurisé. La Guinée pourra-t-elle s’appuyer sur les revenus du fer pour financer cette transformation ? Les partenaires internationaux, notamment le consortium dirigé par Chinalco et Rio Tinto, sont déjà impliqués dans des projets connexes comme l’électrification rurale, ce qui laisse entrevoir une synergie possible entre les volets minier et agricole.

Dans un contexte régional marqué par les crises alimentaires et les tensions sur les chaînes d’approvisionnement, la CEDEAO et l’UEMOA multiplient les initiatives pour promouvoir la souveraineté alimentaire. La Guinée, en tant que membre de ces organisations, s’inscrit dans cette dynamique, mais avec un atout unique : la perspective de flux financiers massifs issus de l’exploitation du fer de Simandou. Le pari est de transformer cette manne en capital productif pour l’agriculture, tout en évitant les écueils de la malédiction des ressources.

Le discours politique, centré sur la vision du président Doumbouya, souligne l’ambition de faire de Simandou 2040 un catalyseur de développement inclusif. Reste à savoir si les réformes annoncées seront accompagnées d’une gouvernance transparente et d’une participation effective des communautés locales. Les observateurs notent que la réussite de ce virage agricole dépendra autant de la volonté politique que de la capacité à attirer des investissements privés dans des filières encore risquées.

Au-delà du cas guinéen, ce mouvement interroge les modèles de développement des pays africains riches en ressources minières. Peut-on concilier industrialisation minière et transformation agricole ? La Guinée tente une réponse originale, qui pourrait inspirer d’autres nations de la sous-région confrontées à des dilemmes similaires.

Alors que la CEDEAO promeut l’agriculture comme levier d’intégration régionale, la Guinée tente de conjuguer rente minière et développement agricole. Le succès de ce pari dépendra de la capacité à transformer les promesses en réalisations concrètes, dans un contexte où la transparence et la gouvernance restent des enjeux majeurs. L’Afrique de l’Ouest observe avec attention ce laboratoire grandeur nature.