Le ministre guinéen du Plan, Ismaël Nabé, a ouvert mercredi 10 juin 2026 à Conakry la première édition du Business Forum Guinée-Côte d'Ivoire, une rencontre de trois jours destinée à densifier les échanges commerciaux et les investissements entre les deux pays. Organisé par le Groupement Ivoirien du Bâtiment et des Travaux Publics (GIBTP), ce forum survient dans un contexte où plusieurs économies ouest-africaines cherchent à diversifier leurs partenariats, entre sortie du programme FMI pour le Ghana et offensive diplomatique ivoirienne pour attirer les capitaux. L'enjeu est de transformer une déclaration d'intention en décisions concrètes, dans les secteurs porteurs des infrastructures, du bâtiment et des services financiers.
Passer des discours aux actes
Conakry accueille la 1ʳᵉ édition du Business Forum Guinée-Côte d’Ivoire. L’objectif : transformer les intentions en investissements concrets, dans les infrastructures, le bâtiment et les services financiers.
« Ce forum ne doit pas être un simple espace d’échange. Il doit être un espace de décision, d’affaires, de partenariat concret. »
— Ismaël Nabé, ministre guinéen du Plan, à l’ouverture du forum
Densifier les échanges
Trois jours pour multiplier les rencontres B2B et lever les obstacles administratifs aux investissements transfrontaliers.
Infrastructures & bâtiment
Le GIBTP (Groupement Ivoirien du Bâtiment et TP) pilote le forum, avec un focus sur les grands chantiers et les services financiers.
Contexte régional porteur
La Côte d’Ivoire multiplie les initiatives (Africa CEO Forum, diplomatie économique) alors que le Ghana sort du programme FMI.
Côte d’Ivoire – indicateurs clés
Croissance PIB réel
6,5%
Selon le FMI
Inflation
3,5%
Selon la Banque mondiale
Dette publique brute
56,3%
du PIB – Selon le FMI
Exportations
22,7 Md USD
Selon la Banque mondiale
Dynamique régionale ouest-africaine
EN BREF — Le Business Forum Guinée-Côte d’Ivoire veut accélérer l’intégration économique bilatérale. Porté par le GIBTP, il réunit gouvernements, entreprises et investisseurs autour de projets concrets dans le bâtiment, les infrastructures et les services financiers. La Côte d’Ivoire affiche une croissance solide (6,5% selon le FMI) et une inflation maîtrisée (3,5% Banque mondiale), des atouts pour attirer les capitaux.
Les discours ont été à la hauteur des attentes. « Le présent forum de coopération ne doit pas être un simple espace d'échange. Il doit être un espace de décision, un espace d'affaires, un espace de partenariat concret », a martelé Ismaël Nabé en ouverture. Un ton résolu qui tranche avec la lenteur habituelle des processus d'intégration régionale en Afrique de l'Ouest. Le ministre a invité les participants – représentants gouvernementaux, chefs d'entreprise et investisseurs – à formuler des propositions pratiques pour lever les obstacles aux investissements transfrontaliers et simplifier les procédures administratives.
Une rencontre qui s'inscrit dans un mouvement régional plus large
La tenue de ce forum n'est pas un événement isolé. Elle s'inscrit dans une séquence où la Côte d'Ivoire multiplie les initiatives pour promouvoir son attractivité économique. Le mois dernier, le Premier ministre Beugré Mambé s'est adressé aux opérateurs économiques lors de l'Africa CEO Forum à Kigali, les invitant à faire de son pays « une destination privilégiée pour leurs investissements ». Parallèlement, le Ghana a officialisé le 15 mai la conclusion de son programme avec le FMI, signalant un retour à une gestion autonome de sa politique économique. Ces dynamiques suggèrent que les pays de la région, tout en restant intégrés aux circuits financiers internationaux, explorent des voies de coopération Sud-Sud.
Le pari de l'expertise ivoirienne dans le BTP
Le choix du GIBTP comme organisateur est significatif. Le groupement regroupe les professionnels du bâtiment et des travaux publics de Côte d'Ivoire, un secteur qui a connu un essor remarquable ces dernières années, porté par les grands projets d'infrastructures à Abidjan et dans l'intérieur du pays. En venant à Conakry, ces entreprises cherchent à exporter leur savoir-faire et à capter une partie des besoins massifs de la Guinée en routes, ponts, logements et équipements publics. Pour la Guinée, c'est l'opportunité d'accélérer son rattrapage infrastructurel sans dépendre uniquement des financements chinois ou des partenaires traditionnels.
Des obstacles persistants à surmonter
Si la volonté politique est affichée, les défis opérationnels restent considérables. Les disparités réglementaires entre les deux pays, la lourdeur des procédures douanières et le coût élevé du crédit constituent des freins récurrents aux échanges. Le ministre Nabé a d'ailleurs insisté sur la nécessité de « renforcer l'accès au financement des projets structurants », un point qui sera probablement au cœur des discussions des trois jours. Par ailleurs, la Guinée sort d'une décennie de transition politique, et la stabilité institutionnelle demeure un facteur clé pour rassurer les investisseurs.
Un signal fort pour l'intégration africaine
Au-delà des aspects bilatéraux, ce forum illustre une tendance plus profonde : la multiplication des initiatives économiques directes entre pays africains, en marge des grands ensembles régionaux comme la CEDEAO ou l'UEMOA. « L'Afrique doit bâtir avec l'Afrique, l'Afrique doit investir en Afrique et l'Afrique doit faire émerger ses propres champions industriels », a résumé Ismaël Nabé. Une philosophie qui rencontre un écho croissant sur le continent, alors que les chocs externes (inflation, dette, tensions géopolitiques) poussent à rechercher des relais de croissance endogènes.
Le Business Forum Guinée-Côte d'Ivoire n'en est qu'à sa première édition, mais il cristallise une aspiration régionale à une coopération économique plus pragmatique et plus rapide. Reste à savoir si les discussions de Conakry déboucheront sur des contrats et des projets concrets, ou si elles resteront lettre morte. L'évolution des échanges entre les deux pays dans les prochains mois sera un indicateur à suivre, de même que la capacité des acteurs à surmonter les obstacles administratifs et financiers qui entravent encore l'intégration ouest-africaine.