Le 16 juillet 2026, le président ghanéen John Dramani Mahama a posé la première pierre d’un marché modèle fonctionnant 24 heures sur 24 à Juapong, dans la région de la Volta. Ce projet, classé au plus haut niveau du programme gouvernemental « Économie 24h/24 », intervient quelques semaines après la sortie officielle du Ghana du programme de sauvetage de 3 milliards de dollars du FMI et le relèvement de sa note souveraine par Fitch Ratings. Il traduit une ambition : passer de la stabilisation macroéconomique à une relance fondée sur des infrastructures capables d’accélérer les échanges et l’emploi.

Infographie — Économie · Ghana

Le futur marché de Juapong n’est pas un simple espace de vente. Il est conçu comme une plateforme intégrée comprenant des unités de stockage, de transformation, de conditionnement et de distribution, ainsi qu’un accès au commerce numérique et à des services financiers. L’objectif affiché est de renforcer les chaînes de valeur locales, en particulier dans les secteurs agricole et commercial, et de soutenir les petites entreprises, les agriculteurs et les entrepreneurs. Le projet s’inscrit dans le programme « Économie 24h/24 », qui vise à développer des pôles économiques capables de fonctionner en continu, stimulant ainsi l’activité privée au-delà des horaires traditionnels.

Un projet inscrit dans la relance post-FMI

Ce lancement intervient dans un contexte marqué par l’achèvement officiel du programme de sauvetage du FMI en mai 2026, une sortie anticipée saluée par les deux parties. Quelques jours plus tard, Fitch Ratings relevait la note de crédit souverain du Ghana de B- à B, signe d’une confiance retrouvée dans la trajectoire économique du pays. Le marché de Juapong illustre ainsi le passage d’une phase de consolidation budgétaire et de restructuration de la dette – le Ghana a finalisé en 2025 l’échange de ses obligations SADEREA – à une phase d’investissement dans des infrastructures structurantes. Le gouvernement utilise l’espace fiscal dégagé par la sortie du programme pour lancer des projets à fort impact local.

Le concept de l’économie 24h/24 comme levier de développement

Le choix de Juapong, ville moyenne de la région de la Volta, n’est pas anodin. Il s’inscrit dans une stratégie de décentralisation des pôles économiques, afin de réduire la pression sur Accra et de créer des opportunités dans les régions périphériques. Le modèle du marché ouvert en continu, déjà expérimenté dans certaines capitales africaines, vise à fluidifier les chaînes d’approvisionnement, à réduire les pertes post-récolte et à offrir des horaires flexibles aux commerçants. En intégrant le numérique et les services financiers, le projet cherche aussi à formaliser une partie de l’économie informelle. Cette approche rappelle des initiatives similaires dans la sous-région, comme les marchés modernes de Dakar ou d’Abidjan, mais avec une dimension 24h/24 encore rare en Afrique de l’Ouest.

Un test pour la résilience de l’économie ghanéenne

Au-delà de son aspect concret, le marché de Juapong est un indicateur de la capacité du Ghana à maintenir le cap des réformes tout en répondant aux attentes sociales. Le pays a traversé une grave crise de la dette en 2022-2023, avec un défaut partiel et une inflation galopante. La sortie du programme FMI et le relèvement de la note suggèrent une amélioration des fondamentaux, mais les défis restent nombreux : le chômage des jeunes, le coût de la vie et la vulnérabilité aux chocs extérieurs. Le succès de ce projet dépendra de sa mise en œuvre effective, de l’entretien des infrastructures et de la capacité à attirer les investisseurs privés dans un environnement encore marqué par une dette publique élevée.

Quelle dynamique régionale ?

Dans une perspective ouest-africaine, le Ghana cherche à renforcer son rôle de hub commercial, face à la concurrence de la Côte d’Ivoire et du Nigeria. La région de la Volta est proche du Togo, ce qui pourrait faciliter les échanges transfrontaliers. Par ailleurs, le marché 24h/24 s’inscrit dans une tendance plus large de modernisation des infrastructures de marché en Afrique de l’Ouest, portée par des institutions comme la CEDEAO et la BOAD. Toutefois, le financement de tels projets reste un défi dans un contexte de resserrement budgétaire régional. Le Ghana mise sur un modèle de partenariat public-privé, mais la viabilité économique de ces marchés ouverts en continu devra être prouvée.

Le marché de Juapong n’est qu’un maillon d’une stratégie plus large visant à faire du Ghana une économie résiliente et compétitive en Afrique de l’Ouest. Il pose une question centrale : comment concilier la relance infrastructurelle avec la soutenabilité de la dette, alors que plusieurs pays de la région cherchent eux aussi à attirer des investissements dans les infrastructures commerciales ? La réponse ghanéenne, centrée sur l’économie 24h/24, sera observée de près par ses voisins.