Le collectif budgétaire 2026 du Gabon a officiellement approuvé les avantages fiscaux et douaniers accordés à six grands groupes internationaux de BTP, dont China Overseas Engineering Group, EBOMAF, SINOHYDRO et le turc SUMMA. Cette régularisation, qui couvre des chantiers stratégiques comme la route Ndendé-Tchibanga ou le siège de l'ONU à Libreville, met en lumière les tensions entre attrait des investissements et équilibre des finances publiques. Alors que le pays cherche à diversifier son économie après des années de dépendance pétrolière, ce mouvement interroge sur la transparence et la soutenabilité de ces dérogations.

Infographie — Économie · Afrique de l'Ouest

Une régularisation sous conditions

Le collectif budgétaire 2026 dresse une cartographie précise des régimes dérogatoires consentis aux grands groupes de BTP. Chaque approbation est plafonnée au montant du marché concerné, exclut les impôts propres de l'entreprise, les charges sociales et les pénalités. Ce cadre, bien que strict, n'en révèle pas moins l'ampleur des avantages accordés : exonérations de droits de douane, franchises sur carburants, abattements de 75 % sur la base imposable pour SUMMA sur trois marchés emblématiques. Cette régularisation intervient dans un contexte où le Gabon, sous pression du FMI, tente de réduire ses déficits et d'assainir ses finances publiques.

Des acteurs chinois et régionaux en première ligne

La part des entreprises chinoises est significative : China Overseas Engineering Group (filiale de CREC), SINOHYDRO (filiale de PowerChina) et China First Highway Engineering (filiale de CCCC) figurent parmi les bénéficiaires. Ces groupes, déjà très présents en Afrique centrale, confirment leur rôle central dans les infrastructures gabonaises. À leurs côtés, le burkinabè EBOMAF, fondé par Mahamadou Bonkoungou, et le turc SUMMA illustrent une diversification des partenaires. Cette présence renforcée de la Chine et d'acteurs émergents s'inscrit dans une tendance plus large en Afrique de l'Ouest et centrale, où la concurrence pour les marchés de construction s'intensifie.

Un équilibre délicat entre attractivité et soutenabilité

Cette régularisation pose la question de l'équilibre entre la nécessité d'attirer des investisseurs pour moderniser les infrastructures et la soutenabilité budgétaire à long terme. En effet, ces avantages fiscaux représentent un manque à gagner pour l'État, alors que le Gabon cherche à élargir sa base fiscale et à améliorer la mobilisation des recettes. Le précédent sénégalais, où le Plan de redressement économique et social (PRES) a mobilisé 54,2 milliards FCFA à fin mars 2026 contre une cible de 94,8 milliards, illustre les difficultés de nombreux pays de la région à atteindre leurs objectifs fiscaux. Dans ce contexte, la régularisation des avantages consentis aux grands groupes pourrait être perçue comme un signal de bonne gouvernance, mais aussi comme une concession nécessaire pour éviter des contentieux.

Un précédent pour la transparence ?

En formalisant ces régimes dérogatoires, le Parlement gabonais crée un précédent en matière de transparence. Cette démarche contraste avec les pratiques souvent opaques qui prévalent dans la région. Elle pourrait inspirer d'autres pays de la CEDEAO et de l'UEMOA, où la gestion des avantages fiscaux reste un défi. Cependant, la question de fond demeure : ces incitations sont-elles efficaces pour stimuler le développement économique ? Les études montrent que leur impact est mitigé si elles ne sont pas accompagnées de réformes structurelles.

Vers une remise en cause du modèle ?

Au-delà du cas gabonais, cette régularisation intervient dans un contexte régional marqué par des tensions budgétaires et une pression accrue des institutions financières internationales. La Banque mondiale a récemment approuvé un financement de 525 millions de dollars pour le corridor Douala-Bangui, témoignant de l'importance des infrastructures pour l'intégration régionale. Mais ces investissements nécessitent des ressources que les États peinent à mobiliser. La régularisation des avantages fiscaux au Gabon pourrait être le signe d'une prise de conscience : il est temps de clarifier les règles du jeu pour attirer les investissements tout en préservant les équilibres macroéconomiques.

Cette régularisation des avantages fiscaux au Gabon s'inscrit dans une dynamique plus large où les États d'Afrique de l'Ouest et centrale cherchent à concilier attractivité pour les investisseurs et discipline budgétaire. Alors que la CEDEAO et l'UEMOA promeuvent une intégration économique renforcée, la gestion des incitations fiscales devient un enjeu clé. Le Gabon, en formalisant ces régimes, pourrait ouvrir la voie à une plus grande transparence, mais aussi à une réflexion sur l'efficacité de ces outils. L'avenir dira si cette approche permettra de financer durablement les infrastructures nécessaires au développement régional.