Le Centre de Promotion des Investissements en Côte d'Ivoire (CEPICI) a annoncé avoir recueilli 28 244 milliards de FCFA d'intentions d'investissement lors du Groupe consultatif pour le financement du Plan National de Développement (PND) 2026-2030. Ce montant, équivalant à près de 24,6 % des 114 840 milliards nécessaires, illustre la confiance des investisseurs en même temps qu'il pose la question de leur concrétisation. Dans un contexte où le pays mise sur le secteur privé pour financer 70 % de son développement, cette dynamique s'inscrit dans la lignée des prévisions de croissance de la BAD et de la création récente du Fonds souverain stratégique.

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Un dispositif de promotion international intensif

Pour parvenir à ces 28 244 milliards de FCFA, le CEPICI a déployé une campagne de prospection internationale soutenue. L'institution a multiplié les roadshows, missions économiques, rencontres B2B et consultations avec des banques d’affaires et des fonds d’investissement. Au total, 79 expressions d’intérêt ont été recueillies, dont 72 lettres d’intention fermes et sept manifestations d’intérêt. Ce travail de terrain témoigne d’une stratégie proactive qui dépasse le simple accueil des investisseurs, en allant les chercher sur leurs propres marchés.

Des partenariats bilatéraux concrets : l’exemple de Marchica Med

Parmi les investisseurs présents, la société marocaine Marchica Med a réaffirmé son engagement dans le projet de sauvegarde et de mise en valeur de la Baie de Cocody, à Abidjan. La première phase, réalisée à 90 %, porte sur la réhabilitation écologique et l’aménagement des infrastructures. Ce projet, lancé après la visite officielle du roi Mohammed VI en 2015, illustre une coopération Sud-Sud durable. Les discussions avec le ministre du Tourisme et l’ambassadeur du Maroc ont abouti à la mise en place d’une feuille de route conjointe pour la gestion future du site.

Une stratégie de financement sous tension

Le PND 2026-2030 table sur 114 840 milliards de FCFA, dont 80 600 milliards (70,2 %) à mobiliser auprès du secteur privé. Les intentions enregistrées ne couvrent qu’un quart de ce besoin, ce qui souligne l’ampleur du défi. Par ailleurs, la capacité à transformer ces promesses en investissements réels dépend de la stabilité réglementaire, de la bancabilité des projets et de la gouvernance. La BAD table sur une croissance de 6,4 % pour la Côte d’Ivoire en 2026, mais ces prévisions optimistes cachent des vulnérabilités : dépendance aux matières premières, pression sur les finances publiques et incertitudes sécuritaires régionales. La création du Fonds souverain stratégique pour le développement (FSD-CI) en juin dernier vise à mobiliser les revenus des hydrocarbures et des mines pour compléter le financement privé.

Les conditions de la transformation des intentions en investissements

La réussite de ce plan repose sur plusieurs facteurs. D’abord, la capacité du CEPICI à assurer un suivi rigoureux des lettres d’intention et à faciliter les procédures administratives. Ensuite, la transparence dans l’attribution des projets et la lutte contre la corruption sont des prérequis pour maintenir la confiance. Enfin, la diversification économique est cruciale : les secteurs porteurs comme l’agro-industrie, les énergies renouvelables ou les infrastructures numériques doivent offrir des rendements attractifs. Le projet de la Baie de Cocody montre qu’une approche intégrée, alliant développement urbain et durabilité environnementale, peut séduire les investisseurs.

Une dynamique régionale à confirmer

La Côte d’Ivoire n’est pas seule à chercher des financements privés pour ses infrastructures. Au Sénégal, au Ghana ou au Niger, des stratégies similaires émergent, souvent appuyées par la BAD et d’autres bailleurs. Le succès ivoirien pourrait servir de modèle, mais aussi de révélateur des limites d’un modèle basé sur la promesse. Les 28 244 milliards de FCFA d’intentions sont un signal fort, mais l’histoire économique de la région montre que l’écart entre l’annonce et la réalisation reste un défi majeur.

Ces annonces d’investissement placent la Côte d’Ivoire à un carrefour : soit elles confirment sa capacité à mobiliser le secteur privé pour une croissance inclusive et durable, soit elles révèlent les fragilités d’un modèle qui mise beaucoup sur la confiance. Dans un environnement ouest-africain marqué par des sorties de la CEDEAO et des recompositions sécuritaires, la concrétisation de ces promesses sera un indicateur clé de la résilience économique du pays.