Le 8 septembre 2026, le président de la Haute autorité de bonne gouvernance (HABG), Zoro Bi Ballo Epiphane, a officiellement engagé son institution aux côtés des PME ivoiriennes, dans le cadre du Plan national de développement (PND) 2026-2030. Un positionnement qui, selon le média ivoirien FratMat, vise à faire des petites et moyennes entreprises, qui représentent plus de 90 % du tissu productif privé, les vecteurs d'une culture d'intégrité financière. Cette initiative s'inscrit dans un contexte régional où la gouvernance économique devient un critère central d'accès aux financements.
des entreprises privées ivoiriennes sont des PME. Elles contribuent à hauteur de 20 % du PIB et représentent 23 % des emplois formels.
Les PME devront porter une large part de cet objectif. La HABG mise sur leur transformation structurelle pour sécuriser ces capitaux.
Rôle des PME dans l'économie ivoirienne
Nous voulons réussir, mais nous voulons réussir dans les règles.
5 contributions de la HABG
Renforcement des mécanismes de contrôle interne dans les PME
Formation des dirigeants aux principes d'intégrité financière
Mise en place d'outils de transparence adaptés aux TPE/PME
Accompagnement dans la conformité aux normes de bonne gouvernance
Sensibilisation à une culture d'intégrité dans la gestion quotidienne
Gouvernance économique en Afrique de l'Ouest
La bonne gouvernance devient un critère central d'accès aux financements dans la région.
Repères macroéconomiques
Selon le FMI — Croissance du PIB réel : 6,5 %
Selon la Banque mondiale — PIB : 99,8 milliards USD
Selon le FMI — Dette publique brute : 56,3 % du PIB
Dans son discours inaugural, rapporté par FratMat, Zoro Bi Ballo Epiphane a inscrit l'action de la HABG dans le cadre du PND 2026-2030, dont l'ambition — « Bâtir une Grande Nation Stable, Ambitieuse et Solidaire » — repose sur six piliers, dont la bonne gouvernance. Il a rappelé que les PME représentent plus de 90 % des entreprises du secteur privé ivoirien, environ 20 % du PIB et près de 23 % des emplois formels, et qu'elles devront porter une large part des 80 500 milliards de FCFA d'investissements privés attendus sur la période du PND. Ce chiffre illustre l'ampleur du défi : sans une transformation en profondeur des pratiques, ces capitaux risquent de se heurter aux fragilités structurelles du tissu entrepreneurial.
Pour le président de la HABG, l'intégrité financière ne se limite pas à des procédures : elle repose sur une culture, celle du dirigeant qui affirme « nous voulons réussir, mais nous voulons réussir dans les règles ». Il a détaillé cinq contributions concrètes de cette culture d'intégrité au développement national — économique, fiscale, liée à la gouvernance, à l'industrialisation et à la durabilité — avant de lancer un appel direct aux chefs d'entreprise présents : « La Côte d'Ivoire que nous voulons bâtir demain dépend aussi des entreprises que nous choisissons de construire aujourd'hui ». Ce discours marque une inflexion : la lutte contre la corruption, longtemps perçue comme une affaire d'État, est désormais présentée comme une responsabilité partagée avec le secteur privé.
Cette orientation s'inscrit dans une tendance régionale plus large. En juillet 2026, alors que l'économie sénégalaise affichait une croissance soutenue, plusieurs médias de la sous-région notaient déjà l'émergence d'un « nouveau paradigme de reconstruction productive », selon le site EnQuêtePlus. Au même moment, la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) discutait à Dakar de nouveaux financements, tandis que Bridge Bank Côte d'Ivoire mobilisait plus de 100 milliards de FCFA de garanties pour financer les PME orientées genre, rapportait FratMat. Autant de signes d'une attention croissante portée à la gouvernance comme condition d'accès aux capitaux, dans un espace CEDEAO/UEMOA où l'intégration régionale se heurte à des disparités de pratiques.
Le coordonnateur de l'ABG-Lac, Coulibaly Tiorna N'Golodin, a rendu hommage à la vision et au leadership du président de la HABG, qui « amènent l'ensemble des acteurs nationaux, notamment du secteur privé, à s'impliquer dans la prévention de la corruption », ajoutant que sa présence « témoigne, une fois de plus, de son engagement à faire de l'action collective une réalité dans le cadre de la lutte contre la corruption ». Cette implication des institutions de contrôle dans la sphère privée est inédite : elle traduit une évolution des approches, passant d'une logique répressive à une logique préventive et partenariale.
La présidente du Mouvement des PME, Patricia Zoundi Yao, est allée plus loin, rappelant que la HABG n'est « pas un simple partenaire institutionnel », mais « le garant d'une nouvelle éthique des affaires ». Ce faisant, elle pointe un enjeu crucial : la confiance. Dans un environnement où les PME peinent souvent à accéder au crédit bancaire, la certification éthique pourrait devenir un levier de financement. Les chiffres avancés par la HABG — 90 % des entreprises, 20 % du PIB, 23 % des emplois formels — rappellent que sans ces entreprises, aucun des objectifs du PND ne pourra être atteint.
Un pari sur la culture d'entreprise
Au-delà des déclarations, la démarche de la HABG repose sur un postulat : la bonne gouvernance se construit d'abord dans les entreprises, par des choix quotidiens. Zoro Bi Ballo Epiphane l'a résumé avec force : « Le développement durable de la Côte d'Ivoire ne se construira pas seulement à travers les grandes décisions de l'État, il se construira également dans nos entreprises et dans les choix quotidiens de ceux et celles qui les dirigent ». Ce faisant, il déplace le curseur de la responsabilité, des seules institutions publiques vers les acteurs privés.
Cette approche pourrait avoir des répercussions au-delà des frontières ivoiriennes. Dans une région où la CEDEAO et l'UEMOA peinent à harmoniser les règles de gouvernance, l'expérience ivoirienne pourrait servir de modèle. Mais elle soulève aussi des questions : comment mesurer l'impact d'une telle culture ? Quels mécanismes concrets seront mis en place pour accompagner les PME ? La HABG, jusqu'ici connue pour ses missions de contrôle, devra développer des outils de formation et de certification pour que ce discours ne reste pas lettre morte.
La période est charnière. Alors que le Sénégal, sous la houlette de Bassirou Diomaye Faye, négocie de nouveaux partenariats avec la BADEA, et que la Côte d'Ivoire prépare le lancement effectif de son PND, la question de la gouvernance économique s'impose comme un fil conducteur. Les investissements privés attendus — 80 500 milliards de FCFA en Côte d'Ivoire — ne viendront que si les bailleurs et les investisseurs internationaux ont confiance dans la transparence des circuits. La HABG, en s'alliant aux PME, tente de répondre à cette exigence.
Vers une régionalisation de l'éthique des affaires ?
L'initiative ivoirienne intervient dans un contexte où les institutions financières internationales conditionnent de plus en plus leurs appuis à des critères de bonne gouvernance. La mobilisation de Bridge Bank Côte d'Ivoire en juillet 2026, qui a réuni plus de 100 milliards de FCFA de garanties pour les PME orientées genre, montre que le secteur bancaire régional est lui-même en train d'intégrer ces dimensions. La HABG pourrait devenir un interlocuteur clé pour certifier les entreprises et faciliter leur accès à ces financements.
Il reste à voir comment cette stratégie sera déclinée sur le terrain. Les PME ivoiriennes, souvent informelles, devront être accompagnées pour adopter des normes de transparence parfois lourdes. La réussite de ce pari dépendra de la capacité de la HABG à proposer des incitations concrètes — accès facilité aux marchés publics, taux préférentiels, labels — plutôt que des contraintes supplémentaires. L'avenir dira si cette « culture d'intégrité » pourra s'exporter dans l'espace UEMOA, où les disparités de gouvernance restent un frein à l'intégration économique régionale.
Alors que la Côte d'Ivoire s'apprête à mobiliser 80 500 milliards de FCFA d'investissements privés d'ici 2030, la HABG fait le pari que la bonne gouvernance peut devenir un avantage compétitif pour ses PME. Une approche qui pourrait redéfinir les relations entre État et secteur privé dans l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest, où la confiance des investisseurs reste le maillon faible d'une intégration régionale encore inachevée.
Données de référence : Croissance du PIB réel : 6.5% (FMI) · Croissance du PIB réel : 6.5% (FMI) · Croissance du PIB réel : 6.5% (FMI) · Croissance du PIB réel : 6.5% (FMI) · Croissance du PIB réel : 6.5% (FMI)