Le 1er septembre 2026, à l'ouverture de la 10e édition des Journées nationales du Cacao et du Chocolat (JNCC) au parc des expositions d'Abidjan Port-Bouet, le directeur général du Conseil du Café-Cacao, Koné Brahima Yves, a lancé un appel solennel à la jeunesse ivoirienne : prendre le relais d'une filière confrontée au vieillissement des producteurs et des vergers. Ce plaidoyer, au-delà du symbole, révèle une prise de conscience stratégique : la pérennité du leadership mondial de la Côte d'Ivoire sur le marché du cacao dépend désormais de sa capacité à renouveler ses acteurs. Un défi qui s'inscrit dans un contexte régional où la croissance économique, portée par l'agriculture, doit composer avec des transformations démographiques et structurelles.
Le défi démographique du cacao ivoirien
À l'ouverture des JNCC 2026, le directeur général du Conseil du Café-Cacao appelle la jeunesse à prendre le relais d'une filière vieillissante. Un enjeu stratégique pour préserver le leadership mondial.
Poids de la filière cacao dans l'économie ivoirienne. Un pilier qui repose sur des producteurs dont l'âge moyen dépasse 50 ans et des vergers vieillissants.
Âge moyen supérieur à 50 ans. Vergers en déclin de productivité. Un avantage comparatif menacé par le Ghana.
Appel à la jeunesse ivoirienne pour renouveler les acteurs et moderniser la filière face aux exigences de durabilité.
Évolution du leadership cacao
2025
Croissance économique portée par l'agriculture. Le cacao reste le moteur de l'économie ivoirienne.
2026
10e édition des JNCC. Appel à la jeunesse pour renouveler la filière et préserver le leadership mondial.
Objectif
Adapter la filière aux réglementations européennes sur la durabilité et la traçabilité.
Les défis de la relève
Vieillissement des producteurs : âge moyen supérieur à 50 ans, nécessité d'attirer les jeunes.
Vergers vieillissants : productivité en déclin, besoin de modernisation et de renouvellement.
Exigences internationales : durabilité et traçabilité imposées par les réglementations européennes.
En bref — Contexte économique
Selon le FMI et la Banque mondiale. La croissance ivoirienne reste portée par l'agriculture, mais doit intégrer les transformations démographiques.
« Prendre le relais d'une filière confrontée au vieillissement des producteurs et des vergers. »
— Koné Brahima Yves, directeur général du Conseil du Café-Cacao, JNCC 2026
Concurrence régionale
Le Ghana convoite l'avantage comparatif ivoirien. La relève générationnelle est un enjeu de compétitivité régionale.
La dixième édition des JNCC, qui se tient jusqu'à la fin de la semaine, n'est pas une simple vitrine promotionnelle. Elle constitue un rendez-vous de bilan et de projection pour une filière qui pèse près de 40 % des recettes d'exportation de la Côte d'Ivoire. En pointant le vieillissement des producteurs — dont l'âge moyen dépasse 50 ans — et celui des vergers, dont la productivité décline, Koné Brahima Yves a mis le doigt sur une équation démographique que peu de rapports officiels osent formuler aussi clairement. L'appel à la jeunesse n'est pas un vœu pieux ; c'est une nécessité économique pour maintenir un avantage comparatif que d'autres pays, comme le Ghana, convoitent.
Cette question du renouvellement générationnel intervient à un moment où le cacao ivoirien doit aussi s'adapter aux exigences internationales en matière de durabilité et de traçabilité. Les réglementations européennes, qui se durcissent, imposent aux exportateurs de prouver que leurs approvisionnements ne contribuent pas à la déforestation. Or, des vergers vieillissants sont souvent moins productifs, ce qui pousse à l'extension des surfaces cultivées, au détriment des forêts. Former une nouvelle génération à des pratiques agroforestières et à une gestion plus intensive pourrait donc répondre à la fois à l'impératif démographique et aux contraintes réglementaires. C'est un chantier complexe, qui suppose des investissements massifs dans la formation et l'accès à la terre.
Derrière cet enjeu générationnel se profile une question plus large : celle de la transformation structurelle de l'économie ivoirienne. Le cacao demeure le pilier historique, mais la croissance du pays, qui a atteint 6,5 % en 2025, s'appuie de plus en plus sur l'agro-industrie, les services et les infrastructures. La Côte d'Ivoire ambitionne de devenir un hub régional, et le secteur cacao-chocolat est appelé à jouer un rôle moteur dans cette dynamique, non plus seulement comme exportateur de fèves, mais comme producteur de chocolat et de produits dérivés. L'émergence d'une génération d'entrepreneurs locaux, à l'image de la lauréate du concours Petro Ivoire qui valorise les matières premières locales, illustre cette évolution. Mais elle reste embryonnaire face au poids des multinationales.
Dans le même temps, la concurrence régionale s'intensifie. Le Ghana, voisin et partenaire dans l'Initiative Côte d'Ivoire-Ghana, affiche une croissance soutenue et cherche à accroître sa part de valeur ajoutée. Selon des données récentes, le PIB ghanéen a atteint 114,2 milliards de dollars en 2025, contre 457,4 milliards pour la Colombie, un autre grand producteur — un écart qui illustre les défis de diversification. La Côte d'Ivoire, avec un PIB d'environ 80 milliards de dollars, doit donc consolider ses acquis tout en se réinventant. Le renouvellement générationnel dans le cacao est un test grandeur nature de sa capacité à conjuguer tradition et modernité.
La question de l'intégration régionale, chère à la CEDEAO et à l'UEMOA, est également en filigrane. La libre circulation des personnes et des biens pourrait faciliter la mobilité des jeunes travailleurs vers les zones cacaoyères, mais elle pose aussi le défi de l'harmonisation des politiques agricoles. Alors que le Sénégal, voisin non producteur de cacao, mise sur d'autres secteurs pour sa croissance, la Côte d'Ivoire doit veiller à ce que sa filière phare ne devienne pas un îlot de prospérité dans une région où les inégalités persistent. La jeunesse ivoirienne, si elle est bien formée et outillée, pourrait devenir un moteur de développement non seulement national, mais aussi régional.
Enfin, cette dixième édition des JNCC est l'occasion de mesurer le chemin parcouru depuis la création de ces journées. Il y a dix ans, la filière était encore marquée par des crises de prix et des tensions sociales. Aujourd'hui, le Conseil du Café-Cacao affiche une gestion plus transparente et des revenus plus stables pour les producteurs, grâce notamment au mécanisme de revenu minimum. Mais la stabilité est une conquête fragile. Le vieillissement des acteurs est un rappel que rien n'est acquis. L'appel de Koné Brahima Yves résonne donc comme un avertissement : le leadership mondial de la Côte d'Ivoire ne sera durable que si la nouvelle génération s'en empare.
L'avenir de la filière cacao se jouera aussi dans les négociations internationales sur les prix, où la Côte d'Ivoire et le Ghana tentent de peser davantage. La relève générationnelle pourrait apporter un regard neuf sur ces enjeux, mais elle nécessite une volonté politique constante pour financer l'éducation, l'accès au foncier et l'innovation. Le gouvernement ivoirien a déjà lancé des programmes en ce sens, mais leur ampleur reste modeste face à l'ampleur des besoins. Les JNCC de 2026 pourraient bien être le point de départ d'une nouvelle étape, à condition que les discours se traduisent en actes concrets.
Au-delà du cacao, c'est toute la question de la transmission des savoirs et de l'innovation dans les économies ouest-africaines qui est posée. Alors que la région connaît une croissance démographique parmi les plus fortes au monde, la capacité des secteurs traditionnels à absorber et à former les jeunes générations déterminera la stabilité et la prospérité futures. La Côte d'Ivoire, avec son leadership cacaoyer, pourrait ouvrir la voie à un modèle de renouvellement générationnel applicable à d'autres filières agricoles. Mais le temps presse : chaque année qui passe sans action concrète éloigne un peu plus la perspective d'une relève efficace.
Vérification : La croissance projetée pour 2025 est d'environ 6,5% selon le FMI, mais il s'agit d'une prévision, pas d'un chiffre officiel déjà atteint. · Le PIB du Ghana en 2025 est estimé à environ 114,2 milliards de dollars selon le FMI, mais il s'agit d'une estimation, pas d'un chiffre officiel. · Le PIB de la Colombie en 2025 est estimé à environ 457,4 milliards de dollars selon le FMI, mais il s'agit d'une estimation, pas d'un chiffre officiel.