Ancien haut responsable des sciences planétaires à la NASA, W. James Adams était à Lomé fin juillet pour la 2e édition du Space Forum Africa. Son message aux pays africains est sans complaisance : ne pas reproduire le modèle américain de commande publique, ni se précipiter vers un pas de tir. Un conseil qui intervient alors que plusieurs États ouest-africains affichent leurs ambitions spatiales et multiplient les partenariats internationaux.

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Un modèle américain à ne pas reproduire

Devant un auditoire africain, celui qui a supervisé plus de 30 missions et géré un budget annuel d'environ 1,5 milliard de dollars a brisé le mythe d'un âge d'or de la conquête spatiale publique. Aux États-Unis, la demande prévisible de l'agence a certes permis aux fournisseurs privés d'investir dans des équipements et des équipes spécialisés, mais elle a aussi engendré des contrats à coûts remboursables où le risque financier bascule presque entièrement du côté de l'État. Résultat : des coûts qui dérivent, des programmes en retard et une créativité qui s'étiole. Un mécanisme que tout État, africain ou non, devrait songer à éviter.

Adams ne se contente pas de critiquer le modèle américain. Il suggère une alternative inspirée du Maroc, qui achète des satellites étrangers, mais à une condition qui a fait la réussite du Japon : bâtir une capacité d'expertise locale et de transfert technologique avant de viser l'autonomie. Le message est clair : l'enjeu n'est pas de posséder un satellite, mais de développer un écosystème de compétences et d'usages. Une nuance qui résonne particulièrement dans une région où les budgets publics sont contraints et où le spatial doit encore faire ses preuves face à d'autres priorités.

Les enjeux pour l'Afrique de l'Ouest

La venue de l'ancien responsable de la NASA à Lomé n'est pas anecdotique. Le Togo, comme d'autres pays de l'UEMOA, cherche à se positionner sur des secteurs à forte valeur ajoutée. Le Village de la Tech et les incubateurs locaux signalent une volonté de faire de la capitale togolaise un hub numérique régional. Mais ce positionnement se heurte à un paradoxe : les besoins de financement massive dans les infrastructures classiques — énergie, transport, agriculture — restent immenses. Les articles parus en juin dernier sur les grands barrages hydroélectriques en Afrique de l'Ouest et au-delà montrent que les gouvernements mobilisent déjà des milliards de dollars pour ces chantiers. Ajouter le spatial à l'équation exige une sélectivité rigoureuse des investissements.

La mise en garde d'Adams intervient aussi dans un contexte géopolitique particulier. La course internationale au spatial, avivée par les ambitions chinoises, pousse les puissances traditionnelles à courtiser les pays africains. Plusieurs États du continent ont déjà lancé des satellites ou conclu des accords de coopération. Dans cet élan, le risque est réel de céder aux miroirs aux alouettes de partenariats coûteux qui n'apportent pas d'avantages concrets. En ce sens, Adams offre aux décideurs ouest-africains une grille d'analyse précieuse : distinguer les achats utilitaires des projets industriels de long terme. Le Japon a su, en achetant des technologies étrangères puis en développant ses propres lanceurs, protéger sa souveraineté. L'Afrique de l'Ouest peut-elle suivre cette voie sans tomber dans les mêmes travers ?

Reste que l'ancien haut fonctionnaire américain ne ferme pas la porte à une ambition africaine. Il refuse simplement de la flatter. Son insistance sur les réalités budgétaires — un budget annuel de la NASA pour les sciences planétaires équivaut à plusieurs fois le PIB de certains pays de la sous-région — est un rappel brutal des contraintes. Certains y verront une manière de dissuader les États africains de développer une capacité propre. D'autres y liront, au contraire, un appel à l'intelligence stratégique : bâtir le spatial africain non pas sur le mimétisme, mais sur une identification claire des besoins et des moyens.

Cette réflexion s'inscrit dans une dynamique plus large observée depuis plusieurs mois en Afrique de l'Ouest : la volonté de diversifier les partenariats économiques et technologiques, tout en cherchant à maximiser les retombées locales. Les projets d'infrastructures hydroélectriques, sécurisés en juin avec des partenaires internationaux, témoignent de cette logique. Le spatial pourrait en être la prochaine frontière, à condition de ne pas répéter les erreurs du passé.

Au-delà du spatial, la question posée par Jim Adams est celle de la souveraineté technologique des économies émergentes. Entre l'achat clé en main, le transfert de compétences et le développement endogène, chaque pays africain devra trouver sa voie, sans illusion sur les coûts. Le débat ne fait que commencer.