Les 11 et 12 mai 2026, Nairobi accueille le sommet Africa Forward, première édition organisée dans un pays africain non francophone. Ce choix marque une volonté française de dépasser le cadre traditionnel de la Francafrique et d’embrasser un multilatéralisme inclusif. Dans un contexte où les économies ouest-africaines affichent une vigueur retrouvée, notamment dans les secteurs pétrolier et minier, ce rendez-vous devient un test de la capacité de Paris à convertir le discours du « rapport d’égal à égal » en partenariats concrets.
Le sommet qui teste le nouveau partenariat France-Afrique
Première édition en Afrique non francophone : un tournant stratégique pour Paris
📅 Chronologie : vers un multilatéralisme inclusif
Discours de Ouagadougou
Emmanuel Macron pose les bases d’un « rapport d’égal à égal » et d’une rupture avec la Françafrique.
Sommet de Montpellier
Société civile et entrepreneurs africains au centre, mais critiques sur l’absence de chefs d’État.
Nouvelle doctrine africaine
Réduction du dispositif militaire français au Sahel, recentrage sur les partenariats économiques.
Africa Forward à Nairobi
Première édition hors espace francophone. Test de crédibilité pour le multilatéralisme français.
Ancien pré carré
Sommets historiquement organisés dans des capitales francophones (Dakar, Abidjan, Libreville).
Multilatéralisme inclusif
Nairobi (Kenya) : pays anglophone, économie dynamique, influence est-africaine.
🤝 Acteurs clés attendus
📊 Contexte : l’Afrique de l’Ouest en pleine vigueur
Ces performances renforcent le poids de la région dans les négociations du sommet
🎯 Les 3 enjeux clés d’Africa Forward 2026
Dépasser la Françafrique
Le choix de Nairobi vise à crédibiliser la rupture avec les schémas post-coloniaux.
Convertir le discours en actes
Passer du « rapport d’égal à égal » à des partenariats concrets, mesurables.
Intégrer les poids lourds anglophones
Nigeria, Ghana, Kenya : engager toute l’Afrique, pas seulement l’ancien pré carré.
L’organisation du sommet Africa Forward 2026 à Nairobi, et non dans une capitale francophone, est un signal fort. Depuis 2017, la France tente de renouveler sa relation avec l’Afrique en s’éloignant des schémas post-coloniaux. Le choix du Kenya, pays anglophone, dynamique économiquement et politiquement influent en Afrique de l’Est, vise à crédibiliser cette ambition. Il s’agit de montrer que Paris ne limite plus son horizon à l’ancien pré carré francophone, mais cherche à engager tout le continent, y compris des acteurs comme le Nigeria et le Ghana, membres de la CEDEAO, qui seront naturellement présents.
Ce sommet intervient alors que l’Afrique de l’Ouest traverse une phase économique prometteuse. Comme le rappelaient les précédentes analyses de Cauris.africa, la production pétrolière nigériane a atteint son plus haut niveau depuis cinq ans (1,71 million de bpj), et la production aurifère d’Iamgold conforte les recettes publiques de plusieurs pays. Ces performances renforcent le poids de la région dans les négociations internationales. Pour les États ouest-africains, Africa Forward 2026 offre une tribune pour attirer des investissements dans les infrastructures, la transformation locale et les énergies renouvelables, au-delà de l’extraction brute.
Mais le rendez-vous n’est pas sans ambiguïtés. Le discours de l’« égal à égal » peine à se traduire dans les faits, notamment sur les questions de souveraineté monétaire (le Franc CFA persiste dans l’UEMOA) et de contrôle des ressources. Par ailleurs, la France fait face à une concurrence accrue de la Chine, de la Turquie et des monarchies du Golfe, qui proposent des modèles de coopération moins conditionnés. Le succès du sommet dépendra de sa capacité à produire des annonces concrètes en matière de financement climatique, de transfert de technologies et d’accès aux marchés.
Un point central du sommet sera le Forum d’affaires, qui réunira plus de 2 000 acteurs. Pour l’Afrique de l’Ouest, l’enjeu est de faire émerger des projets structurants, comme le corridor gazier Nigeria–Maroc ou les zones industrielles dans les pays côtiers. La présence de la jeunesse, mise en avant dans le programme, pourrait également déboucher sur des initiatives pour l’emploi et l’entrepreneuriat, secteurs où la région affiche un retard criant.
D’un point de vue géopolitique, le sommet de Nairobi s’inscrit dans une tendance plus large de recomposition des partenariats africains. La France tente de sauvegarder son influence face à la montée en puissance des BRICS et à la défiance croissante au Sahel. L’accueil par le Kenya, un pays qui entretient des relations équilibrées avec Pékin, Washington et Bruxelles, ajoute une couche de complexité. Paris devra convaincre que son offre de « Pacte pour la prospérité, les peuples et la planète » est plus qu’un simple slogan.
Enfin, ce sommet arrive à un moment où les économies ouest-africaines cherchent à diversifier leurs partenaires. Le Nigeria, poids lourd régional, pourrait utiliser ce forum pour renforcer ses liens avec l’Europe, tout en maintenant ses positions sur la transition énergétique et le gaz. L’absence de progrès sur la question du Franc CFA pourrait toutefois freiner l’enthousiasme des pays de l’UEMOA, qui attendent des gestes forts de Paris.
Africa Forward 2026 cristallise les espoirs et les contradictions du renouveau des relations franco-africaines. Pour l’Afrique de l’Ouest, il représente une occasion de capitaliser sur sa reprise économique pour négocier des partenariats plus équilibrés. Mais la réussite du sommet se jugera à l’aune des projets concrets qui en sortiront, et non des seules déclarations d’intention. Dans un continent où les alliances se recomposent rapidement, la France n’a plus le monopole du dialogue.