Le 10 juillet, le gouvernement malien a annoncé l’organisation d’un atelier régional, du 26 juillet au 1er août 2026 à Bamako, destiné à élaborer un guide digitalisé de bonnes pratiques pour la fonction publique des trois États membres de l’Alliance des États du Sahel (AES). Cette initiative, qui inclut aussi la mobilité professionnelle et la portabilité des prestations sociales, marque une étape opérationnelle dans la construction de la Confédération sahélienne, un an après l’adoption de sa feuille de route.

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L’annonce, faite à l’issue du Conseil des ministres présidé par le Général Assimi Goïta, s’inscrit dans le cadre de l’An II de la Confédération des États du Sahel. Elle concrétise les travaux préparatoires menés en juin à Genève, en marge de la 114e Conférence internationale du Travail, où les responsables maliens, burkinabè et nigériens chargés de l’emploi et de la protection sociale ont défini les activités prioritaires pour 2026. Le projet vise à harmoniser les pratiques de recrutement, la mobilité des travailleurs et la conservation des droits sociaux entre les trois pays, tout en maintenant la spécificité de chaque régime national.

Une intégration pragmatique au service de l’État

Si l’AES a souvent été perçue comme une alliance essentiellement sécuritaire et politique, ce volet administratif en révèle la dimension fonctionnelle. En standardisant les procédures de la fonction publique et en facilitant la circulation des agents, les trois États cherchent à renforcer leur capacité institutionnelle commune. Le guide digitalisé, qui devrait être opérationnel après l’atelier de Bamako, permettra aux administrations de partager des référentiels communs, réduisant ainsi les frictions lors des mutations ou des détachements de fonctionnaires entre les pays. La mobilité professionnelle devient un outil de consolidation de l’espace sahélien, dans un contexte où la coopération sécuritaire et économique peine encore à produire des résultats tangibles.

La portabilité des droits sociaux : un enjeu immédiat pour les travailleurs migrants

La convention destinée à faciliter le transfert des prestations sociales répond à un problème concret : de nombreux travailleurs ayant cotisé successivement dans plusieurs pays de l’AES rencontrent des difficultés pour faire valoir leurs droits à la retraite ou à des soins. En permettant la totalisation des périodes d’emploi et l’échange d’informations entre les caisses nationales, les trois États espèrent fluidifier le marché du travail régional et sécuriser les parcours professionnels. Chaque pays conservant ses propres taux de cotisation et règles de calcul, la coordination administrative sera cruciale pour éviter les doublons ou les pertes de droits. Ce chantier, bien que technique, touche directement à la légitimité de l’AES auprès des populations, souvent mobiles dans l’espace sahélien.

Des défis persistants dans un contexte de fragilité

L’initiative intervient alors que la situation sécuritaire reste précaire, notamment au Mali, et que les relations avec la CEDEAO demeurent tendues depuis le retrait des trois pays. Les récentes alertes économiques, comme la présentation des chiffres de la dette nigérienne à fin 2025 (source afrique-sur7.fr, 21 mai 2026), rappellent les contraintes budgétaires qui pèsent sur les États membres. De plus, la coordination entre régimes de protection sociale, aux systèmes parfois disparates, exigera des investissements informatiques et une volonté politique soutenue. L’atelier de Bamako devra donc non seulement produire des textes, mais aussi définir un calendrier de mise en œuvre crédible.

Une étape vers une intégration économique plus large ?

Au-delà de la fonction publique, ce mouvement d’harmonisation pourrait préfigurer une intégration économique plus poussée au sein de l’AES. La libre circulation des travailleurs, si elle est effective, encouragerait les échanges de compétences et pourrait attirer des investissements dans les secteurs clés de l’énergie et des infrastructures. Toutefois, l’absence de monnaie commune et les différences de fiscalité restent des obstacles majeurs. La portabilité des droits sociaux constitue un premier pas, mais elle devra être complétée par des accords commerciaux et financiers pour que l’AES devienne un véritable pôle de développement régional.

En avançant sur des dossiers concrets comme la fonction publique et la protection sociale, l’AES semble vouloir démontrer sa capacité à offrir des services publics transfrontaliers, au-delà des déclarations politiques. Reste à savoir si cette dynamique technique pourra compenser les fragilités sécuritaires et économiques qui pèsent sur chacun des trois pays, et si elle inspirera d’autres formes de coopération, notamment dans le domaine monétaire ou commercial, longtemps attendues.