Alors que les obligations en monnaie locale africaine affichent une performance remarquable de 5,5 % depuis le début de l'année, les pays de la zone CFA semblent en retrait de cet élan. Dans le même temps, le FMI déploie une mission de deux semaines à Dakar, du 19 août au 1er septembre, pour négocier un nouveau programme de coopération financière. Cette double actualité révèle les tensions entre l'attrait des marchés pour la dette africaine et la rigueur imposée par les institutions de Bretton Woods.

Infographie — Économie · Afrique de l'Ouest

Un appétit renouvelé pour la dette locale

Les marchés financiers africains connaissent un regain d'intérêt pour les obligations en monnaie locale. Depuis janvier, ces titres ont généré un rendement total de 5,5 %, surpassant les 3,2 % enregistrés par les obligations des 19 pays émergents suivis par Bloomberg. Cette performance, portée notamment par la Zambie (+34,6 % en dollars), témoigne d'une confiance retrouvée des investisseurs internationaux dans les économies du continent. Pourtant, les pays de la zone CFA, qui partagent le franc CFA adossé à l'euro, ne participent pas pleinement à cette dynamique. Leur dette locale, bien que plus stable, offre des rendements moins attractifs, et les marchés financiers régionaux, comme la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), restent de taille modeste comparés à ceux du Nigeria ou du Kenya.

La zone CFA, un cas à part

Cette marginalisation relative s'explique par la structure même de la zone CFA. La fixité du change avec l'euro, garantie par le Trésor français, réduit le risque de change mais aussi la prime de risque qui attire les investisseurs en quête de rendement. De plus, les émissions de titres publics sur le marché régional, coordonnées par la BCEAO, sont souvent de petits montants et manquent de liquidité secondaire. Les investisseurs internationaux, habitués à des marchés plus profonds comme celui du Nigeria ou de l'Afrique du Sud, peinent à y trouver des opportunités. Cette situation contraste avec l'enthousiasme suscité par les eurobonds émis par certains pays de la zone, comme la Côte d'Ivoire ou le Sénégal, qui ont attiré des flux importants ces dernières années.

Le FMI à Dakar : un tournant pour le Sénégal

Dans ce contexte, la mission du FMI à Dakar revêt une importance particulière. Conduite par Mercedes Vera Martin, cheffe de mission pour le Sénégal, elle doit examiner l'exécution budgétaire à mi-parcours, la performance des recettes fiscales et la soutenabilité de la dette. Cette visite s'inscrit dans le prolongement des révisions statistiques qui ont ébranlé la crédibilité des comptes publics sénégalais depuis 2024. Le précédent accord, signé en juin 2023 pour 1,8 milliard de dollars, avait été suspendu après que la Cour des comptes a révélé un endettement et un déficit plus élevés que ceux annoncés. La mission actuelle vise à valider un cadre macroéconomique révisé et à poser les bases d'un nouveau programme. Les détenteurs d'eurobonds sénégalais, échaudés par ces révélations, attendent des signaux concrets de reprise du dialogue.

Les hydrocarbures, moteur de croissance sous surveillance

Les discussions porteront également sur les hypothèses de croissance, portées depuis 2024 par la montée en régime des champs pétroliers et gaziers de Sangomar et de Grand Tortue Ahmeyim. Ces projets, qui ont fait du Sénégal un producteur d'hydrocarbures, suscitent des espoirs de recettes budgétaires accrues. Cependant, le FMI veille à ce que ces revenus soient gérés de manière transparente et ne conduisent pas à un surendettement. La mission examinera notamment l'évolution de la masse salariale publique, un point sensible dans un pays où les dépenses courantes ont tendance à dériver. Cette vigilance s'inscrit dans une tendance plus large en Afrique de l'Ouest, où plusieurs pays, dont le Ghana et la Côte d'Ivoire, sont sous surveillance du FMI pour des déséquilibres budgétaires.

Un rendez-vous décisif pour la crédibilité régionale

Au-delà du cas sénégalais, cette mission illustre les défis communs aux pays de la région. La Côte d'Ivoire, premier émetteur de la zone UEMOA, suit de près les négociations, car elles pourraient influencer les conditions d'accès aux marchés pour toute la région. De plus, la CEDEAO, dans sa volonté d'intégration économique, encourage l'harmonisation des politiques budgétaires, mais les divergences entre pays membres restent marquées. Le Sénégal, avec son nouveau gouvernement, cherche à restaurer sa crédibilité, mais les leçons de la « dette cachée » résonnent au-delà de ses frontières. La mission du FMI, qui se déroule du 19 août au 1er septembre, sera scrutée de près par les investisseurs et les partenaires régionaux, car elle déterminera les conditions du prochain appui financier et la trajectoire économique du pays pour les années à venir.

Alors que la dette locale africaine attire de nouveau les capitaux, la zone CFA reste en marge, tiraillée entre stabilité monétaire et manque d'attractivité. Le Sénégal, lui, joue sa crédibilité dans les négociations avec le FMI, dans un contexte où les hydrocarbures pourraient transformer son économie. Mais les leçons du passé récent incitent à la prudence : la transparence des comptes publics et la gestion des revenus pétroliers seront déterminantes pour convaincre les marchés et les institutions internationales. Cette double actualité, à l'aube de la rentrée, esquisse les contours d'une année 2027 où la rigueur budgétaire et l'innovation financière devront composer avec les réalités politiques et sociales de la région.