Le lundi 24 août 2026, l'Assemblée nationale sénégalaise a adopté une réforme majeure : les hautes autorités, dont le chef de l'État et le Premier ministre, devront désormais déclarer leur patrimoine en début et fin de mandat. Cette mesure, saluée comme une avancée contre l'enrichissement illicite, soulève une question centrale : l'OFNAC, l'organe de contrôle, dispose-t-il des capacités réelles pour vérifier ces déclarations ? Alors que le Sénégal s'inscrit dans une dynamique régionale de bonne gouvernance, l'efficacité de la réforme dépendra de la réponse à cette interrogation.

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La décision prise à l'Assemblée nationale marque un tournant dans la lutte contre la corruption au Sénégal. En élargissant le champ des personnes concernées et en imposant une déclaration en début et fin de mandat, le législateur entend créer un mécanisme de suivi continu du patrimoine des dirigeants. Cette approche, plus contraignante que le système précédent, vise à détecter les enrichissements injustifiés pendant l'exercice des fonctions. Mais comme le soulignent les observateurs, la pertinence de la mesure ne doit pas occulter les défis pratiques de sa mise en œuvre.

L'Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC), déjà chargé de ce dispositif, se trouve au cœur de l'équation. Ses missions officielles incluent l'encadrement de l'évolution du patrimoine des gestionnaires publics et la prévention de l'enrichissement illicite. Cependant, la question des moyens matériels, humains et techniques demeure lancinante. Sans une capacité d'analyse financière approfondie, sans outils de croisement de données avec les registres fonciers, bancaires ou commerciaux, la déclaration risque de rester une formalité administrative, comme ce fut souvent le cas par le passé.

Cette réforme s'inscrit dans un contexte plus large de renforcement de la transparence en Afrique de l'Ouest. La CEDEAO et l'UEMOA ont multiplié les initiatives pour harmoniser les législations anti-corruption et promouvoir la bonne gouvernance. Le Sénégal, souvent considéré comme un pôle de stabilité dans la région, cherche à consolider son image de démocratie exemplaire. Mais la crédibilité de ces efforts dépend de leur application effective. À cet égard, la comparaison avec d'autres pays de la zone, comme la Côte d'Ivoire, qui a également durci ses règles, montre que le défi est commun.

Le calendrier politique ajoute une dimension particulière à cette réforme. Alors que le Sénégal se prépare à des échéances électorales majeures, la transparence du patrimoine des dirigeants devient un enjeu de confiance pour les citoyens et les partenaires internationaux. Les bailleurs de fonds et les investisseurs scrutent ces signaux, car ils conditionnent souvent leur engagement à la qualité de la gouvernance. Une mise en œuvre efficace de la réforme pourrait ainsi renforcer l'attractivité économique du pays, tandis qu'un échec entamerait sa crédibilité.

Mais au-delà des moyens, se pose la question de l'indépendance et de l'impartialité de l'OFNAC. Pour que les déclarations soient crédibles, l'organe de contrôle doit être perçu comme autonome vis-à-vis du pouvoir politique. Or, son financement et la nomination de ses membres peuvent susciter des doutes. La réforme devrait donc s'accompagner d'une réflexion sur le statut de l'OFNAC, afin de garantir son efficacité et de prévenir tout conflit d'intérêts.

Dans la région, plusieurs pays ont tenté des expériences similaires avec des résultats contrastés. Au Nigeria, la déclaration de patrimoine existe depuis les années 1990, mais son application reste lacunaire. Au Bénin, une commission ad hoc a été créée en 2021, mais ses travaux ont été critiqués pour leur opacité. Ces exemples montrent que la simple existence d'un cadre légal ne suffit pas ; il faut des mécanismes de vérification robustes et une volonté politique affirmée.

Le Sénégal pourrait donc se distinguer en allant plus loin, mais cela nécessitera des investissements significatifs dans les capacités de l'OFNAC. Il faudra former des enquêteurs financiers, développer des outils informatiques de détection des anomalies, et établir des protocoles de coopération avec les institutions financières. Autant de chantiers qui prendront du temps et de l'argent, mais qui sont indispensables pour que la déclaration de patrimoine devienne un outil de prévention crédible.

Enfin, la société civile et les médias ont un rôle à jouer dans ce processus. En exerçant une pression constante pour la transparence, ils peuvent contribuer à ce que la réforme ne reste pas lettre morte. La publication des déclarations, sous réserve de protection des données personnelles, pourrait être un levier supplémentaire de contrôle citoyen. Le Sénégal a l'occasion de montrer la voie dans une région où la corruption demeure un frein majeur au développement.

Au-delà du cas sénégalais, cette réforme interroge la capacité des États ouest-africains à faire de la lutte contre la corruption un pilier de leur développement. Alors que les institutions régionales comme la CEDEAO prônent une intégration économique fondée sur la bonne gouvernance, les disparités entre les cadres légaux et leur application effective restent criantes. La crédibilité des engagements pris dépendra de la capacité des États à doter leurs organes de contrôle des moyens nécessaires, mais aussi de leur volonté à accepter le regard de la société civile et des partenaires internationaux. Une question demeure : le Sénégal, souvent perçu comme un modèle dans la sous-région, saura-t-il transformer cette avancée législative en réalité tangible ?