Le gouvernement ivoirien a lancé le 30 avril les réflexions sur la nouvelle Politique nationale de population (PNP) 2026-2036. Face à une population de plus de 30 millions d’habitants, dont 76% de jeunes de moins de 35 ans, le pays cherche à transformer ce potentiel en moteur de croissance. Cette initiative s’inscrit dans un contexte régional où plusieurs États ouest-africains tentent de répondre à la pression démographique par des politiques intégrées.

La Côte d’Ivoire connaît une dynamique démographique soutenue, avec plus de 30 millions d’habitants et une pyramide des âges très jeune : 38,2% ont moins de 15 ans et près de 76% moins de 35 ans. Cette structure offre un dividende démographique potentiel, mais impose aussi des défis colossaux en matière d’éducation, d’emploi et de santé publique. La nouvelle PNP 2026-2036, pilotée par l’Office national de la population, vise à coordonner les politiques sectorielles autour de cette réalité démographique, afin d’en faire un atout plutôt qu’un fardeau.

Cette démarche n’est pas nouvelle : la Côte d’Ivoire a intégré la variable population dans ses plans de développement depuis les années 1990. Cependant, les précédentes politiques ont souffert d’un manque de mise en œuvre et de financement. Le lancement d’un comité scientifique composé d’experts nationaux et internationaux suggère une ambition renouvelée d’ancrer la planification sur des données solides et de décloisonner les approches ministérielles.

Au-delà des frontières ivoiriennes, ce chantier résonne avec les préoccupations de toute l’Afrique de l’Ouest. La région affiche l’un des taux de fécondité les plus élevés au monde, et des pays comme le Niger, le Mali ou le Burkina Faso font face à des pressions similaires. L’UEMOA et la CEDEAO ont formulé des stratégies de dividende démographique, mais leur application reste inégale. La Côte d’Ivoire, en tant que pôle économique régional, pourrait servir de laboratoire pour une approche intégrée, à condition que les ressources suivent.

Le contenu précis de la PNP reste à définir, mais plusieurs axes se dessinent : planification familiale, investissement dans l’éducation technique et professionnelle, création d’emplois pour les jeunes, et amélioration du système de santé. Un autre enjeu crucial est la migration : la Côte d’Ivoire attire des travailleurs des pays voisins, ce qui complexifie la planification et nécessite une coordination sous-régionale. La politique devra également s’attaquer aux disparités régionales, entre le littoral urbanisé et les zones rurales du nord.

Sur le plan économique, le succès de cette politique déterminera la capacité de la Côte d’Ivoire à maintenir sa croissance et à réduire les inégalités. Un dividende démographique bien exploité pourrait ajouter plusieurs points de croissance annuelle, tandis qu’un échec risquerait d’aggraver le chômage des jeunes et l’instabilité sociale. Le financement reste une question ouverte : le budget national et l’appui des partenaires techniques et financiers devront être à la hauteur des ambitions.

La PNP 2026-2036 est un pari sur le long terme, qui exigera une volonté politique constante et une coordination sans précédent entre secteurs. Alors que l’Afrique de l’Ouest attend souvent des modèles de réussite, le cas ivoirien pourrait offrir des enseignements précieux – ou des mises en garde – à ses voisins. Les dix prochaines années diront si le pays sait transformer sa jeunesse en moteur de développement durable.