Le gouvernement ivoirien a dévoilé le 22 mai son Plan national de développement (PND) 2026-2030, doté de près de 209 milliards de dollars. L’objectif : franchir le seuil des revenus intermédiaires supérieurs d’ici 2030, avec un PIB par habitant de 4 500 dollars et une croissance moyenne de 7,2 % par an. Mais la réussite de ce pari repose très largement sur le secteur privé, attendu à hauteur de 70,2 % du financement total, soit environ 146,71 milliards de dollars.

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Présenté par le ministre du Plan et du Développement, Souleymane Diarrassouba, le PND 2026-2030 se veut un « accélérateur de transformation économique et sociale ». Le document fixe une trajectoire macroéconomique précise : la croissance passerait de 6,5 % en 2025 à 7,6 % en 2030, soit une moyenne de 7,2 % sur la période. Le PIB par habitant, actuellement autour de 2 500 dollars, devrait atteindre 4 500 dollars, seuil qui permettrait à la Côte d’Ivoire de rejoindre le groupe des pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure selon la classification de la Banque mondiale. Ce pari repose sur six axes : renforcement de la paix et de la sécurité, modernisation de l’agriculture, développement des chaînes de valeur locales, réduction du poids de l’économie informelle, amélioration du climat des affaires et transition écologique. Le gouvernement mise sur une hausse de la productivité agricole, l’essor du numérique et de l’intelligence artificielle, la formation du capital humain et une meilleure résilience face aux chocs climatiques. L’indice du capital humain, passé de 0,38 en 2019 à 0,50 environ, devrait grimper à 0,70 en 2030.

La dimension sociale est aussi centrale : le taux de pauvreté, qui touchait encore 37,5 % de la population en 2021, doit tomber sous les 20 %. L’espérance de vie, estimée à 61 ans, serait portée au-delà de 65 ans, tandis que la mortalité infantile reculerait de 52 à moins de 35 décès pour 1 000 naissances vivantes. Ces objectifs ambitieux reflètent la volonté d’Abidjan d’accélérer la transformation structurelle de son économie, après une décennie de croissance soutenue (6,5 % par an en moyenne entre 2011 et 2025), portée par les investissements publics et une confiance croissante des investisseurs étrangers – les IDE ayant été multipliés par 2,6 entre 2021 et 2025.

Le nouveau PND se distingue surtout par son ampleur financière : 209 milliards de dollars, soit quasiment le double du cycle précédent (2021-2025). Ce choix de financement est stratégique : l’État, qui ne contribuera qu’à hauteur de 29,8 % (62,29 milliards de dollars), cherche à éviter un endettement public excessif, alors que la dette ivoirienne avoisine déjà 56 % du PIB selon le FMI. En confiant au privé la responsabilité de près de 147 milliards de dollars, le gouvernement mise sur la maturité de son tissu entrepreneurial et sur l’attractivité retrouvée de la zone UEMOA après la réforme du franc CFA. Mais cette hypothèse est audacieuse dans un contexte régional encore fragile.

Les signaux en provenance de l’Afrique de l’Ouest sont en effet contrastés. D’un côté, le relèvement de la note souveraine du Nigeria par S&P à « B » avec perspective stable, le 16 mai, a redonné confiance aux marchés obligataires. De l’autre, l’inflation régionale atteint encore 15,7 % en avril, et la sortie du Ghana de son programme FMI en 2023 a fragilisé la dynamique d’intégration économique. Dans ce contexte, la crédibilité du PND ivoirien sera mise à l’épreuve lors du Groupe consultatif des 8 et 9 juillet à Abidjan, où les bailleurs et investisseurs potentiels seront appelés à se prononcer. Le gouvernement devra convaincre que le scénario de financement privé est réaliste, alors que les besoins d’infrastructures restent colossaux et que la concurrence pour les capitaux s’intensifie en Afrique subsaharienne.

Au-delà des chiffres, le PND 2026-2030 pose la question de la capacité de la Côte d’Ivoire à maintenir son leadership régional tout en opérant une transition vers un modèle plus sobre en dette. Si le pari réussit, le pays pourrait devenir un test grandeur nature pour les stratégies de développement reposant sur le secteur privé en Afrique de l’Ouest. Mais si les financements privés tardent à se concrétiser, Abidjan sera confrontée à un dilemme : ralentir ses ambitions ou creuser davantage son endettement.

Le PND 2026-2030 cristallise ainsi les enjeux d’un développement ouest-africain post-Covid, marqué par la recherche d’un équilibre entre croissance, inclusion sociale et viabilité budgétaire. La réussite de la Côte d’Ivoire dépendra de sa capacité à ancrer la confiance des investisseurs privés dans un environnement régional encore instable, et à transformer des objectifs chiffrés en réalités tangibles pour sa population.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 6.5% (FMI) · Inflation : 0.1% (FMI)