Le ministre d'État Kobenan Kouassi Adjoumani conduit une délégation ivoirienne de premier plan au premier sommet des investisseurs de la Basketball Africa League (BAL), organisé à Kigali. Cette participation, en marge des compétitions de la BAL, signale l'ambition de la Côte d'Ivoire de faire du sport un levier économique à part entière. Elle s'inscrit dans une stratégie plus large de diversification des sources de croissance, alors que le pays cherche à renforcer son attractivité au-delà des secteurs traditionnels comme l'agriculture et l'énergie.

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La délégation ivoirienne, composée notamment du ministre des Sports Adjé Silas Metch et du directeur de l'Économie sportive, est arrivée à Kigali ce mardi 19 mai 2026, à l'invitation du président rwandais Paul Kagame. Cette initiative conjointe entre la BAL et la NBA Africa réunit décideurs africains, investisseurs internationaux et acteurs du sport autour des opportunités offertes par l'industrie sportive sur le continent.

Une diplomatie économique qui s'appuie sur le sport

Le choix d'envoyer une délégation de haut niveau, conduite par un ministre d'État, n'est pas anodin. Il traduit la volonté du président Alassane Ouattara de positionner le sport comme un secteur stratégique pour l'investissement et la création de valeur. La Côte d'Ivoire a déjà accueilli des compétitions majeures comme l'Afrobasket 2021 et se prépare à organiser la Coupe d'Afrique des Nations 2023 (reportée à 2024). Ces événements ont généré un écosystème d'infrastructures – stades, hôtels, transports – qui peut désormais attirer des investissements pérennes dans le sport business.

Cette démarche s'inscrit dans une tendance régionale observée lors de l'Africa CEO Forum, qui s'est tenu à Kigali au même moment, où le Premier ministre ivoirien Beugré Mambé a invité les opérateurs économiques à faire de la Côte d'Ivoire une destination privilégiée. La concomitance de ces rendez-vous – forum économique et sommet sportif – renforce le message d'une Côte d'Ivoire ouverte aux affaires, y compris dans des secteurs émergents.

La Côte d'Ivoire à la conquête de nouveaux marchés

Au-delà des retombées directes, la participation à ce sommet vise à capter les flux d'investissements générés par la croissance rapide de l'industrie sportive en Afrique. Avec un marché estimé à plusieurs milliards de dollars – notamment via les droits télévisés, le sponsoring et le e-sport – la BAL et la NBA offrent une vitrine pour les pays qui souhaitent devenir des hubs régionaux. Le Rwanda, avec son modèle de développement basé sur les grands événements, sert de benchmark, mais la Côte d'Ivoire mise sur son poids économique et sa stabilité politique pour se distinguer.

Cette stratégie intervient dans un contexte macroéconomique régional contrasté. Alors que le Ghana vient de sortir de son programme avec le FMI, signe d'une fragilité persistante, la Côte d'Ivoire affiche une croissance soutenue et des fondamentaux solides. Investir dans le sport business permet de diversifier les sources de devises et de créer des emplois, en phase avec les objectifs de développement du Plan national de développement (PND) 2021-2025.

La présence ivoirienne à Kigali illustre également une diplomatie proactive au sein de l'espace CEDEAO et au-delà. En participant à une initiative portée par le Rwanda, la Côte d'Ivoire renforce sa coopération avec des partenaires est-africains, élargissant son rayonnement au-delà de l'Afrique de l'Ouest. Ce faisant, elle se positionne comme un acteur clé dans la construction d'un marché africain intégré, où le sport devient un vecteur d'investissements transfrontaliers.

L'engagement de la Côte d'Ivoire dans le sport business soulève une question plus large : comment les économies africaines peuvent-elles transformer les événements sportifs en leviers durables de développement ? Alors que le continent s'apprête à accueillir de plus en plus de compétitions internationales, la compétition pour attirer les capitaux ne fera que s'intensifier. La Côte d'Ivoire semble avoir compris qu'il ne suffit pas d'organiser des tournois : il faut aussi se saisir des opportunités d'investissement qu'ils génèrent.