Le gouvernement ivoirien a annoncé une hausse des prix des carburants en mai 2026, après deux mois de stabilité et un effort budgétaire de plus de 100 milliards de FCFA pour contenir l'effet de la flambée du baril de pétrole, passé de 70 à 120 dollars en moins de deux mois. Cette décision, inévitable face à l'escalade militaire au Moyen-Orient, met en lumière la fragilité du modèle de subvention et les défis de la transition énergétique en Afrique de l'Ouest. Elle intervient alors que les ambitions pétrolières de la Côte d'Ivoire, censées réduire sa dépendance, ne se concrétiseront pas avant 2030-2035.
Depuis février 2026, le baril de pétrole a bondi de plus de 70 %, franchissant le seuil des 120 dollars le 24 avril, sous l'effet des tensions au Moyen-Orient qui alimentent les craintes d'une perturbation durable des approvisionnements. Pendant les mois de mars et avril, l'État ivoirien avait choisi de maintenir les prix à la pompe, espérant une accalmie rapide. Un pari coûteux : selon des sources proches de la direction générale des hydrocarbures, sans l'intervention publique, le super sans plomb aurait dépassé 1 200 FCFA le litre, contre 875 FCFA annoncés pour mai. L'effort budgétaire cumulé sur cette période, estimé à plus de 100 milliards de FCFA, illustre le poids des subventions dans les finances publiques.
Les nouveaux tarifs officiels pour mai 2026 reflètent un réajustement partiel : le super sans plomb passe de 820 à 875 FCFA (+55 FCFA), le gasoil de 675 à 700 FCFA (+25 FCFA), et le pétrole lampant de 705 à 745 FCFA (+40 FCFA). Si le gaz domestique reste subventionné pour limiter l'impact sur les ménages, la mesure traduit un arbitrage délicat entre soutenabilité budgétaire et pouvoir d'achat des consommateurs. En comparaison, les pays producteurs de la région comme le Nigeria ou le Ghana, pourtant mieux dotés en ressources, peinent également à isoler leurs marchés intérieurs des fluctuations mondiales.
Cette situation n'est pas propre à la Côte d'Ivoire : dans l'ensemble de l'UEMOA, les États doivent composer avec des cours mondiaux volatils et des capacités de raffinage limitées. La Côte d'Ivoire, qui importe l'essentiel de ses produits pétroliers raffinés, subit de plein fouet la hausse du brut. Les ambitions affichées par Abidjan de devenir un producteur significatif à l'horizon 2030-2035, portées par des découvertes récentes en offshore, ne pourront pas atténuer la dépendance à court terme. D'ici là, le pays reste exposé aux chocs exogènes, qu'il s'agisse de tensions géopolitiques ou de décisions de l'OPEP+.
Au-delà de l'aspect conjoncturel, cet épisode soulève des questions structurelles sur l'efficacité des subventions comme outil de protection sociale. Le coût budgétaire de ces mécanismes, qui avantagent souvent les consommateurs aisés, grève les marges de manœuvre des États pour investir dans des alternatives durables. La Côte d'Ivoire, comme ses voisins, doit jongler entre une nécessaire solidarité face à la flambée des prix et l'urgence de diversifier son mix énergétique.
Le réajustement des prix à la pompe en Côte d'Ivoire n'est qu'un épisode de plus dans la longue litanie des chocs pétroliers qui frappent l'Afrique de l'Ouest. Il rappelle que, sans une accélération de la transition énergétique et un renforcement des capacités de raffinage régionales, les économies de l'UEMOA resteront tributaires de facteurs qu'elles ne maîtrisent pas. La question désormais est de savoir si ce nouveau choc servira d'accélérateur pour repenser les modèles de subvention et investir dans des solutions plus résilientes.