Le 12 juin 2026, la Chambre de commerce européenne en Côte d’Ivoire (EUROCHAM) a réuni à Cocody une vingtaine de dirigeants d’entreprises et les ambassadeurs de l’UE et de l’Allemagne autour du ministre des Transports, Amadou Koné. L’objectif : présenter la vision gouvernementale 2026-2030 pour un système de transport intégré, multimodal et durable. Cette rencontre intervient dans un contexte où la concurrence pour les capitaux étrangers s’intensifie en Afrique de l’Ouest, alors que le Ghana vient de boucler son programme avec le FMI et que le Sénégal cherche à diversifier son offre touristique.

Infographie — Économie · Côte d'Ivoire

Un dialogue de haut niveau pour ancrer la confiance

La rencontre, présidée par le Dr Christian Delmotte, s’inscrit dans une série d’échanges réguliers entre le gouvernement ivoirien et le secteur privé européen. Les ambassadeurs de l’Union européenne et de l’Allemagne étaient présents, signe d’un intérêt politique renouvelé pour la Côte d’Ivoire. Les discussions ont porté sur les performances économiques récentes et les réformes structurelles, notamment dans les transports et la logistique. Les représentants européens ont salué les progrès accomplis, en particulier la modernisation des infrastructures et l’amélioration de la mobilité urbaine.

Le plan 2026-2030 : un appel d’offres géant pour les partenaires privés

Amadou Koné a détaillé la feuille de route gouvernementale pour les cinq prochaines années. Elle repose sur la création d’un système de transport intégré, combinant modes routier, ferroviaire, lagunaire et portuaire. Les opportunités d’investissement sont nombreuses : transport public de masse, transport lagunaire, logistique, infrastructures portuaires, mobilité durable. Le ministre a insisté sur le recours aux partenariats public-privé (PPP) pour accélérer la transformation du pays. Cette stratégie vise à soutenir une croissance économique qui, selon les projections officielles, devrait rester soutenue.

Pourquoi maintenant ? La course aux financements en Afrique de l’Ouest

Ce dialogue intervient dans un contexte régional marqué par une compétition accrue pour attirer les capitaux européens. Le Ghana, après avoir conclu son programme de Facilité élargie de crédit avec le FMI en mai 2026, cherche à rassurer les investisseurs sur sa soutenabilité budgétaire. Le Sénégal, de son côté, mise sur son potentiel touristique, comme l’illustre la publication récente de son répertoire touristique et culturel. La Côte d’Ivoire, elle, capitalise sur sa stabilité politique et sa position de hub logistique en Afrique de l’Ouest. La rencontre d’EUROCHAM confirme que le pays veut verrouiller les partenariats avec les acteurs européens avant que la compétition ne s’intensifie.

Des attentes réciproques et des défis persistants

Les échanges ont été qualifiés de francs et constructifs. Les opérateurs européens ont fait part de leurs préoccupations, notamment sur les délais de mise en œuvre des réformes, la fiabilité des PPP et l’environnement des affaires. Amadou Koné a réaffirmé la détermination du gouvernement à améliorer le cadre juridique et à accélérer les projets. Ce dialogue montre que la Côte d’Ivoire, bien que perçue comme une destination attractive, doit encore répondre à des exigences de transparence et d’efficacité pour convaincre les investisseurs de long terme.

Une perspective régionale : la Côte d’Ivoire comme porte d’entrée de l’UEMOA

Au-delà des infrastructures nationales, le plan 2026-2030 s’inscrit dans la volonté de faire d’Abidjan une plateforme logistique régionale. Le corridor Abidjan-Ouagadougou, l’interconnexion ferroviaire avec le Burkina Faso et la modernisation du port autonome d’Abidjan sont des leviers pour renforcer l’intégration économique au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Les investissements européens dans ces secteurs contribueraient à consolider le rôle de la Côte d’Ivoire comme hub régional, face à la concurrence des ports de Tema (Ghana) et de Dakar (Sénégal).

Ce rendez-vous entre la Côte d’Ivoire et les investisseurs européens illustre une tendance plus large : la montée en puissance des diplomaties économiques bilatérales en Afrique de l’Ouest. Alors que l’UE cherche à sécuriser ses approvisionnements en matières premières et à contrer l’influence chinoise, Abidjan utilise sa stabilité et ses réformes pour capter des financements. Reste à savoir si le rythme des réformes et la capacité d’absorption des projets permettront de transformer ces engagements en infrastructures tangibles, dans un environnement où les attentes des populations en matière de développement sont immenses.