Le 6 mai 2026, la Côte d’Ivoire a attribué un permis d’exploitation à SABA IVOIRE pour une unité d’eau minérale à Bonoua, investissement de 23,6 milliards FCFA, et un permis de recherche d’or à Kong. Ces décisions, prises simultanément, illustrent une double stratégie visant à renforcer l’industrie agroalimentaire et le secteur minier, piliers de la politique d’industrialisation du pays. Elles interviennent dans un contexte de demande croissante en eau potable et de diversification des sources de croissance, tout en s’inscrivant dans les objectifs régionaux de la CEDEAO et de l’UEMOA.
Eau minérale & or : la Côte d’Ivoire industrialise deux filières clés
23,6 milliards FCFA pour l’eau potable · Nouveau permis d’or à Kong · L’or, 1er export devant le cacao
- 📍 Bonoua (est d’Abidjan)
- 🏭 23,6 Mds FCFA sur 5 ans
- 🚰 Enjeu sanitaire : accès à l’eau potable
- 📈 Marché concurrentiel ouest-africain
- 📍 Kong (Nord, département)
- 📄 Permis de recherche : Exploration Mining Investment Ltd
- 🥇 1er export depuis 2023 (devant cacao)
- 📊 Incitations étatiques pour attirer les investisseurs
Le choix de Bonoua, localité située à l’est d’Abidjan, pour l’implantation de l’usine de SABA IVOIRE n’est pas anodin. Cette zone périurbaine bénéficie d’une proximité avec le grand marché abidjanais tout en offrant un accès à des ressources en eau de qualité. L’investissement de 23,6 milliards FCFA sur cinq ans traduit une montée en puissance du secteur des boissons, déjà très concurrentiel en Afrique de l’Ouest. Mais au-delà de l’aspect industriel, ce projet répond à un enjeu sanitaire et social : l’accès à une eau potable conditionnée, alors que la distribution d’eau de réseau reste insuffisante dans de nombreuses zones. En parallèle, le permis de recherche d’or attribué à Exploration Mining Investment Limited dans le département de Kong, au Nord, confirme la volonté de l’État d’exploiter le potentiel minier ivoirien. L’or est devenu le premier produit d’exportation du pays, dépassant le cacao depuis 2023, et les autorités multiplient les incitations pour attirer les investisseurs tout en imposant des normes environnementales.
Cette double autorisation s’inscrit dans une tendance plus large de la Côte d’Ivoire à diversifier son économie, encore très dépendante des matières premières agricoles. Le secteur agroalimentaire, qui représente environ 15 % du PIB, bénéficie d’une forte demande intérieure et régionale, portée par l’urbanisation et la croissance démographique. L’eau minérale, produit à forte valeur ajoutée, permet à la fois de répondre à un besoin de base et de générer des marges importantes. Quant à l’or, sa contribution aux recettes d’exportation et aux finances publiques est cruciale : en 2025, la production a atteint 55 tonnes, et le gouvernement vise 65 tonnes d’ici 2030. L’octroi d’un permis de recherche à Kong, une zone peu explorée, pourrait ouvrir de nouveaux gisements.
Sur le plan régional, ces décisions confortent la position de la Côte d’Ivoire comme hub économique au sein de l’UEMOA et de la CEDEAO. Le pays capte une part importante des investissements directs étrangers en Afrique de l’Ouest francophone, grâce à une relative stabilité politique et à des réformes favorables aux affaires. Cependant, la concurrence est vive avec le Ghana pour l’or, et avec le Sénégal et le Nigeria pour les boissons. L’enjeu pour Abidjan est de créer des chaînes de valeur locales, comme l’illustre l’usine de Bonoua qui prévoit d’employer de la main-d’œuvre ivoirienne et de sous-traiter des services locaux. Le gouvernement mise aussi sur les zones économiques spéciales, notamment à Grand-Bassam, pour attirer des industries de transformation.
Un autre aspect notable est le respect des normes environnementales. Le décret pour le permis de recherche d’or mentionne explicitement le respect des exigences techniques et environnementales. Cela reflète une prise de conscience croissante des impacts de l’exploitation minière, souvent source de conflits fonciers et de pollution. De même, l’usine d’eau minérale devra se conformer aux réglementations sur les prélèvements d’eau et les rejets. Dans un contexte où la Côte d’Ivoire fait face à une déforestation importante et à des tensions sur les ressources en eau, la durabilité devient un facteur clé de la crédibilité des investissements.
Enfin, ces deux projets illustrent la capacité de l’État à orchestrer un développement équilibré entre le Sud côtier (eau, industries légères) et le Nord savanicole (mines, élevage). Le département de Kong, dans le district du Zanzan, est l’une des zones les plus pauvres du pays. Un permis de recherche d’or peut y stimuler l’emploi et les infrastructures, mais aussi susciter des attentes et des risques de spéculation. La réussite de ces initiatives dépendra de la capacité des autorités à assurer une répartition équitable des bénéfices et à prévenir les effets négatifs.
Au-delà de ces deux projets, la Côte d’Ivoire affirme une stratégie d’industrialisation tous azimuts, mêlant ressources naturelles et transformation locale. Cette approche, si elle est bien exécutée, pourrait servir de modèle pour d’autres pays de la région qui cherchent à réduire leur dépendance aux matières premières. Mais elle pose aussi la question de la soutenabilité à long terme : comment concilier exploitation minière, production agroalimentaire et préservation de l’environnement ? Les prochains mois montreront si ces permis se traduisent par des réalisations concrètes et inclusives.