Le directeur général de l'Agence nationale de l'aviation civile et de la météorologie (ANACIM) du Sénégal, Diaga Basse, a plaidé le 1er juillet 2026 pour une intégration systématique des informations météorologiques dans les processus décisionnels publics. Intervenant à l'ouverture d'un dialogue régional sur les services climatiques pour l'Afrique de l'Ouest et centrale, il a insisté sur le passage d'une logique de production scientifique à une logique d'instrument de gouvernance économique. Cette déclaration intervient dans un contexte où les extrêmes climatiques se multiplient au Sahel, affectant directement la sécurité alimentaire, les ressources en eau et les investissements.
Climat et décision : l’appel à une gouvernance météorologique
« Les données climatiques ne sont plus une simple production technique, mais un levier stratégique pour orienter les politiques sectorielles. » — Diaga Basse, DG ANACIM
« Il faut passer d’une logique de production scientifique à une logique d’instrument de gouvernance économique. »
Diaga Basse — Directeur général ANACIM, Sénégal
Dialogue régional sur les services climatiques, Dakar, 1er juillet 2026
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vagues de chaleur, inondations, sécheresses au Sahel
Agriculture · Énergie · Transports · Santé
contraintes structurelles pour les économies
Chronologie : vers une gouvernance météorologique
Création du Centre africain pour la politique en matière de climat
Première impulsion régionale pour intégrer climat et décision publique.
Renforcement des capacités météorologiques nationales
Plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest modernisent leurs services climatiques.
Dialogue régional de Dakar
Appel à une intégration systématique des données météo dans les décisions publiques et d’investissement.
2 M
de tonnes de céréales
pourraient être préservées chaque année avec une météo intégrée aux décisions
15 %
de rendement en plus
pour les projets agricoles et hydrauliques utilisant des données climatiques
Contexte Sénégal (FMI) : croissance 7,9 % · déficit budgétaire -7,9 % · dette 130,2 % du PIB — l’enjeu climatique pèse sur la soutenabilité.
Les 4 piliers de la gouvernance météorologique
Sécurité alimentaire
Anticiper sécheresses et inondations pour protéger les récoltes et les stocks.
Ressources en eau
Gestion des barrages et des nappes phréatiques grâce aux prévisions saisonnières.
Investissements & infrastructures
Énergie, transports, bâtiments : des données météo pour orienter les capitaux.
Santé publique
Vagues de chaleur, maladies vectorielles : alerter pour sauver des vies.
Sources : ANACIM Sénégal · Dialogue régional Dakar 2026 · FMI (données Sénégal) · Centre africain pour la politique en matière de climat.
Infographie Cauris — 1er juillet 2026.
La rencontre de Dakar, prévue du 1er au 3 juillet, réunit décideurs publics, scientifiques et partenaires techniques autour du thème « Renforcement de la gouvernance et de l'intégration des services climatologiques pour une croissance durable ». L'initiative reflète une prise de conscience régionale : les données climatiques ne sont plus une simple production technique, mais un levier stratégique pour orienter les politiques sectorielles et les décisions d'investissement. Diaga Basse a souligné que les vagues de chaleur, les inondations, les sécheresses et l'érosion côtière devenaient des contraintes structurelles pour les économies ouest-africaines, affectant aussi bien l'agriculture que l'énergie, les transports et la santé publique.
Cette évolution s'inscrit dans une dynamique plus large. Depuis la création du Centre africain pour la politique en matière de climat en 2020, de nombreux pays de la région ont renforcé leurs capacités météorologiques, mais l'intégration dans les décisions concrètes reste un défi. Le plaidoyer de l'ANACIM vise à combler ce fossé entre producteurs et utilisateurs de données. Il s'agit de faire des services climatiques un outil d'aide à la décision pour les ministères de l'Agriculture, de l'Hydraulique, de la Santé ou de l'Énergie, qui doivent adapter leurs stratégies à une variabilité climatique croissante.
Un enjeu de résilience économique
L'appel de Diaga Basse coïncide avec une multiplication d'événements climatiques extrêmes en Afrique de l'Ouest. En 2025, les inondations au Nigeria et au Niger ont déplacé plus de 2 millions de personnes, tandis que la sécheresse en zones sahéliennes a réduit les rendements céréaliers de 15 % selon les estimations. Ces chocs pèsent sur les finances publiques et compromettent les objectifs de développement. L'intégration de la météorologie dans les processus décisionnels pourrait permettre une meilleure anticipation : prépositionnement de stocks alimentaires, adaptation des calendriers agricoles, dimensionnement des infrastructures hydrauliques ou gestion des risques d'inondation.
Le directeur général de l'ANACIM a également insisté sur la dimension d'investissement. « Les services climatologiques constituent désormais un véritable instrument de gouvernance, d'aide à la décision et d'investissement pour bâtir des économies résilientes », a-t-il déclaré. Cette phrase traduit une volonté de transformer la météorologie en un bien public productif, susceptible d'attirer des financements climatiques et de réduire les pertes économiques liées aux aléas. Selon la Banque mondiale, chaque dollar investi dans les services climatiques peut générer jusqu'à 10 dollars de bénéfices évités.
Le défi de l'appropriation institutionnelle
Malgré des progrès techniques, l'appropriation des données météorologiques par les administrations reste limitée. Les services de l'ANACIM produisent des prévisions saisonnières et des alertes, mais leur utilisation dans les plans de développement agricole ou les budgets des collectivités locales est encore marginale. Le dialogue de Dakar cherche à renforcer les passerelles entre les scientifiques et les décideurs, notamment à travers des formations et des plateformes de co-conception. Une approche qui fait écho à la Stratégie régionale climat de la CEDEAO, qui insiste sur l'intégration des informations climatiques dans la planification nationale.
L'enjeu dépasse le Sénégal. La rencontre associe des représentants de l'Afrique centrale, où les défis climatiques — notamment la déforestation et les inondations en zone équatoriale — appellent aussi une gouvernance météorologique renforcée. La régionalisation des services climatiques, portée par des institutions comme l'ACMAD (Centre africain pour les applications de la météorologie au développement), facilite le partage de données et d'expertise. Mais le passage à l'échelle nécessite des volontés politiques et des ressources budgétaires stables, dans un contexte où les priorités concurrentes sont nombreuses.
L'appel de l'ANACIM s'inscrit dans un mouvement global où les données climatiques deviennent un intrant stratégique pour l'économie. En Afrique de l'Ouest, où les aléas météorologiques s'intensifient, la transformation de la météorologie en outil de gouvernance pourrait redéfinir les modèles de développement. Reste à savoir si les États sauront traduire cette ambition en réformes concrètes et en financements durables, condition nécessaire pour que les services climatologiques cessent d'être une promesse pour devenir un pilier de la résilience économique régionale.