Le Burkina Faso a enregistré un taux de croissance de 5,3 % en 2025, contre 4,8 % en 2024, et réduit son déficit budgétaire de 856 à 334 milliards de francs CFA. Ces chiffres, annoncés lors du Conseil des ministres du 10 juillet 2026, contrastent avec un contexte géopolitique régional tendu et des impératifs sécuritaire lourds. Ils interrogent sur la soutenabilité des réformes engagées et sur la capacité du pays à maintenir cette trajectoire.

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Une performance macroéconomique notable

Les données publiées par la ministre déléguée chargée du Budget, Fatoumata Bako/Traoré, révèlent un redressement net des comptes publics. Le résultat comptable national est passé de 4 à 72 milliards de francs CFA entre 2024 et 2025. Cette amélioration intervient dans un environnement où les dépenses de sécurité restent élevées, alors que le pays fait face à des attaques jihadistes récurrentes. La ministre a attribué cette dynamique à l’Offensive agro-pastorale et halieutique, aux investissements des Initiatives présidentielles et à une mobilisation fiscale renforcée.

Les ressorts de la consolidation

L’agriculture reste le principal levier. L’Offensive agro-pastorale, lancée en 2023, vise à réduire la dépendance alimentaire et à créer des emplois. En 2025, elle aurait contribué à hauteur de 1,2 point de croissance, selon les estimations officieuses. Parallèlement, la réforme fiscale a permis d’élargir l’assiette et de réduire l’évasion, notamment dans le secteur minier. Le nombre de contribuables actifs a augmenté de 18 % sur l’année.

Le pari minier : la mine de Bouboulou

Le Conseil des ministres a également accordé un permis d’exploitation industrielle à SOPAMIB BOUBOULOU S.A. pour la mine d’or de Bouboulou. Avec 32 milliards investis et 39 milliards de recettes attendus, cette opération illustre la stratégie de valorisation des ressources extractives. Le Burkina Faso est déjà le quatrième producteur d’or en Afrique, mais la part des recettes minières dans le budget reste inférieure à 15 %. L’ambition est de porter ce ratio à 20 % d’ici 2028, en multipliant les permis et en renforçant le contrôle de l’État.

Une signature financière reconnue

La ministre a souligné « l’excellence de la signature financière du pays sur le marché régional ». Le Burkina a en effet réussi à émettre des obligations à des taux compétitifs sur le marché de l’UEMOA, malgré la notation dégradée par certaines agences. Cette confiance des investisseurs s’explique par la discipline budgétaire affichée et les garanties de la Banque centrale. Cependant, la part de la dette intérieure s’accroît, ce qui pourrait poser des risques de refinancement à moyen terme.

Un équilibre précaire

Si les indicateurs sont encourageants, ils ne doivent pas occulter les fragilités. Le taux de croissance de 5,3 % reste inférieur au potentiel estimé à 7 %, et l’investissement privé peine à décoller hors des secteurs minier et agricole. Les dépenses de sécurité absorbent encore près de 12 % du PIB, et la situation humanitaire reste préoccupante dans les zones de conflit. La réduction du déficit s’explique en partie par une baisse des investissements publics, ce qui interroge sur la soutenabilité à long terme.

Regard régional

En comparaison, le Mali et le Niger, confrontés à des défis similaires, affichent des performances moins bonnes : croissance autour de 3,5 % et déficits plus élevés. Le Burkina semble tirer profit de sa stratégie de développement endogène, mais celle-ci dépend fortement de l’aide internationale et de la stabilité politique. Le départ de la France et le rapprochement avec d’autres partenaires (Russie, Chine) modifient la donne, sans qu’on en mesure encore tous les effets.

Le Burkina Faso parvient à conjuguer rigueur budgétaire et croissance modeste dans un environnement sécuritaire dégradé. Toutefois, ce tour de force repose sur des équilibres fragiles : agriculture pluviale, cours de l’or, confiance des créanciers. La question centrale pour les prochaines années est de savoir si le pays pourra transformer cette stabilité macroéconomique en développement inclusif, notamment au profit des populations des zones rurales et périphériques. L’exemple burkinabè pourrait, s’il se confirme, offrir un modèle alternatif pour les États sahéliens en quête de souveraineté économique.

Données de référence : Solde budgétaire : -3.5% (FMI) · Croissance du PIB réel : 5.0% (FMI)