Entre juin 2024 et juin 2026, le Burkina Faso a intensifié l'usage des notices rouges d'Interpol et des gels d'avoirs contre les voix critiques, selon une enquête de Sahel Horizon. Cette pratique, qui brouille la frontière entre dissidence politique et terrorisme, a des répercussions économiques directes : fuite des capitaux, paralysie des activités des personnes visées et dégradation de la réputation du pays auprès des investisseurs. Dans la région, le Mali voisin applique des mécanismes similaires, soulevant des questions sur la conformité aux normes de la CEDEAO et de l'UEMOA.

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L'enquête de Sahel Horizon, intitulée « Terroristes recherchés, du jour au lendemain », révèle que les autorités burkinabè utilisent les notices rouges d'Interpol comme arme économique. Un militant, un journaliste et un défenseur des droits humains témoignent anonymement : ils ont vu leurs passeports annulés, leurs avoirs gelés et se sont retrouvés en situation de « précarité administrative totale ». L'un d'eux a été menotté dans un poste de police alors qu'il voyageait librement vers un pays voisin. La liste circulant dans les postes de police entretient une « confusion délibérée entre dissidence politique et terrorisme », mêlant des opposants pacifiques à des responsables djihadistes.

Cette stratégie ne se limite pas aux frontières du Burkina Faso. Au Mali, un texte de loi prévoit le gel des biens et ressources économiques pour six mois renouvelables, dans le cadre de la lutte contre l'insécurité. Les deux juntes sahéliennes, arrivées au pouvoir par des coups d'État en 2022, semblent coordonner leurs méthodes pour neutraliser les contestations internes. L'extension de ces mesures à des civils sans lien avec le terrorisme fragilise l'État de droit et expose les victimes à une asphyxie économique complète : privés de leurs ressources, ils ne peuvent plus subvenir à leurs besoins ni exercer leur profession.

Des répercussions économiques immédiates

Au-delà des personnes visées, ces pratiques pèsent sur le climat des affaires. Les gels d'avoirs, qui peuvent frapper des entreprises appartenant à des opposants ou à leurs proches, créent un climat d'incertitude juridique. Les investisseurs, notamment ceux de la CEDEAO et de l'UEMOA, redoutent de voir leurs actifs bloqués sans procédure transparente. Selon des sources locales, plusieurs opérateurs économiques burkinabè ont déjà transféré leurs capitaux vers des places jugées plus sûres, comme Abidjan ou Lomé. La réputation du Burkina Faso comme destination d'investissement s'en trouve ternie, alors que le pays cherche à attirer des financements pour relancer son économie minée par l'insécurité.

La dimension régionale est cruciale. La CEDEAO et l'UEMOA garantissent la libre circulation des personnes et des capitaux. Or, l'usage abusif des notices rouges d'Interpol par un État membre peut entraver cette liberté. Un opposant burkinabè frappé d'une notice rouge ne peut plus se rendre dans les pays voisins pour affaires, ce qui isole le Burkina Faso du circuit économique régional. De plus, ces mesures pourraient violer les engagements internationaux du pays, notamment en matière de droits humains, ce qui risque de compromettre l'aide au développement et les partenariats avec les institutions financières internationales.

Un précédent dangereux pour la sous-région

Le parallèle avec le Mali est instructif. Depuis 2023, Bamako a multiplié les gels d'avoirs contre des personnalités politiques et des ONG, justifiés par la lutte antiterroriste. Cette approche, si elle se généralise, pourrait transformer le Sahel en une zone où l'opposition politique est criminalisée financièrement. Pour les opérateurs économiques, le risque n'est plus seulement sécuritaire, mais aussi politique : toute critique envers le pouvoir peut entraîner la perte de ses biens. Cette situation érode la confiance dans les institutions judicaires et dissuade les investissements à long terme, déjà rares dans une région confrontée à l'insécurité.

Au-delà des conséquences immédiates, cette tendance révèle une fragilisation plus large de l'environnement institutionnel au Burkina Faso. Les autorités militaires semblent privilégier des outils répressifs au détriment du dialogue et de l'État de droit. Or, sans sécurité juridique et prévisibilité réglementaire, il est difficile d'attirer les capitaux nécessaires à la reconstruction économique. Les partenaires de la CEDEAO et de l'Union africaine observent avec inquiétude cette dérive, qui pourrait compromettre les efforts d'intégration régionale.

Une escalade aux conséquences régionales

L'utilisation des notices rouges comme arme politique et économique s'inscrit dans une tendance plus large de durcissement autoritaire au Sahel. Au Burkina Faso comme au Mali, les juntes cherchent à verrouiller l'espace civique tout en maintenant un contrôle sur les flux financiers. Cette stratégie, si elle n'est pas contredite par les instances sous-régionales, pourrait s'étendre à d'autres pays confrontés à des défis sécuritaires similaires. La CEDEAO, déjà affaiblie par les sorties du Mali, du Burkina Faso et du Niger, voit ses principes fondamentaux remis en question.

Au-delà de la répression politique, l'usage abusif des notices rouges et des gels d'avoirs au Burkina Faso constitue un signal alarmant pour les investisseurs et les partenaires régionaux. Si cette pratique se banalise, elle risque d'isoler davantage le pays économiquement et de saper les bases de l'intégration ouest-africaine. La question qui se pose est celle de la capacité des institutions régionales à imposer le respect des règles communes face à des États souverains qui instrumentalisent la lutte antiterroriste à des fins de contrôle interne.