Le ministre burkinabè de l’Économie, Aboubakar Nacanabo, a officiellement demandé à la Banque africaine de développement (BAD) de renforcer son soutien aux investissements productifs dans le cadre du Plan national de développement 2026-2030. Cette requête intervient alors que le pays finalise son document de stratégie pays intérimaire et prépare un nouveau cadre de partenariat avec l’institution. Elle révèle les priorités de Ouagadougou pour accélérer la transformation économique, mais aussi les tensions récurrentes entre ambition nationale et contraintes procédurales des bailleurs.
BAD sollicitée pour les investissements productifs
Le ministre Aboubakar Nacanabo demande un recentrage des financements sur le pilier « Plan Relance » du PND 2026-2030, dans un contexte de crise sécuritaire et de croissance volatile.
Industrialisation, production énergétique et compétitivité du secteur privé comme priorités du PND 2026-2030.
Croissance autour de 3,5 % en 2025 (FMI) et dépendance à l’agriculture et à l’or. Le « Plan Relance » vise à moderniser et diversifier.
Le DSP-i 2022-2025 prolongé jusqu’en 2026. Évaluation conjointe des projets pour préparer la future coopération.
La requête de Ouagadougou révèle les frictions entre priorités locales et contraintes des institutions financières.
Recentrage rapide sur l’industrialisation et l’énergie (Plan Relance)
Procédures, évaluations et calendriers de la BAD
La rencontre entre Aboubakar Nacanabo et la délégation de la BAD, conduite par Lamin Barrow, s’inscrit dans un calendrier bien précis. Le Burkina Faso achève la mise en œuvre du Document de stratégie pays intérimaire (DSP-i) 2022-2025, prolongé jusqu’en 2026, et prépare les bases de la future coopération. L’évaluation conjointe des projets financés depuis cinq ans vise à tirer des enseignements et à identifier les nouvelles priorités. C’est dans ce contexte que le ministre a plaidé pour un recentrage des financements sur le pilier 4 du PND 2026-2030, baptisé « Plan Relance », qui met l’accent sur l’industrialisation, la production énergétique et la compétitivité du secteur privé.
Cette demande n’est pas anodine. Le Burkina Faso, confronté à une crise sécuritaire persistante et à une croissance économique volatile (autour de 3,5 % en 2025 selon le FMI), cherche à diversifier son économie encore très dépendante de l’agriculture et de l’or. Le « Plan Relance » ambitionne de moderniser les infrastructures de transport, de communication et de stockage pour soutenir la production nationale. Mais pour cela, le pays a besoin de financements longs et de dispositifs d’exécution efficaces. Or, les procédures des bailleurs sont souvent perçues comme lentes et rigides, ce que le ministre a implicitement critiqué en appelant à plus de rapidité et de souplesse.
Au-delà du cas burkinabè, cette requête illustre une tendance régionale en Afrique de l’Ouest. Plusieurs pays de l’UEMOA, confrontés à des chocs exogènes (insécurité, inflation, dettes croissantes), réclament un assouplissement des conditions de financement des institutions multilatérales. La BAD, sous sa nouvelle présidence, cherche à renforcer son rôle de catalyseur des investissements privés et publics. Le fait que le ministre salue « la nouvelle dynamique engagée » suggère que les deux parties sont sur la même longueur d’onde sur le principe, mais que la traduction opérationnelle reste à construire.
Un autre enjeu de taille est la coordination entre les différents bailleurs. Le Burkina Faso bénéficie également de l’appui du FMI, de la Banque mondiale et de l’Union européenne. La multiplication des cadres de partenariat peut créer des lourdeurs administratives. L’appel à des procédures plus rapides vise donc à fluidifier l’exécution des projets, condition indispensable pour que le PND 2026-2030 ne reste pas une simple déclaration d’intention.
Enfin, cette sollicitation intervient à un moment où la BAD revoit sa stratégie pour la zone sahélienne, marquée par l’instabilité et les transitions politiques. Le Burkina Faso, dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré depuis 2022, cherche à rassurer les investisseurs tout en affirmant sa souveraineté. Le choix de miser sur la BAD plutôt que sur d’autres partenaires (comme la Chine ou la Turquie) montre une volonté de rester ancré dans le multilatéralisme africain, malgré les tensions avec la France et la CEDEAO.
La demande burkinabè à la BAD reflète un dilemme commun à de nombreux pays ouest-africains : comment concilier des besoins d’investissements massifs avec la lourdeur des mécanismes de financement multilatéraux ? La réponse de l’institution et la rapidité des réformes procédurales détermineront en partie la capacité du Burkina Faso à transformer son tissu économique et à sortir de la dépendance aux matières premières.